Le prix du porc vif en France a dévissé en un an de 9,36 % alors que les spécialistes prédisaient début 2014, une année exceptionnelle. Le Marché du Porc Breton dresse le bilan et prévoit une année 2015 encore très compliquée pour la profession.
« Une année atypique » : c'est ainsi que le Marché du Porc Breton (MPB) à Plérin, (Côtes d'Armor), seul cadran en France à fixer la valeur du porc vivant, caractérise l'année 2014. Le prix fixé deux fois par semaine au MPB sert de base de négociation à la filière en France. L'éleveur touche ce prix de base additionné de 15 centimes, qui correspondent aux primes de traçabilité et de qualité. Il perçoit donc 1,48 euro du kilo vif quand « le coût de production se situe autour de 1,52 euro », précise Jean-Pierre Joly, directeur du Marché du Porc. L'éleveur perd donc en moyenne 5 euros par porc produit.
Le début de l'année porcine se présentait pourtant sous les meilleurs auspices. Autant dans un pays exportateur comme les Etats-Unis que dans une zone importatrice comme l'Asie, les élevages étaient sous l'emprise, il y a un an, de la diarrhée épidémique porcine, appelée DEP. Sur un marché porcin mondialisé, les problèmes sanitaires des uns font toujours le bonheur des autres. En début d'année, le cours démarré à 1,30 € était monté normalement à 1,354 € au vu de la demande, et de nouvelles hausses étaient attendues pour février. Mais la détection, fin janvier, de quelques cas de peste porcine africaine diagnostiqués en Lituanie sur des sangliers allait changer entièrement la donne.
BAISSE DE LA PRODUCTION EN FRANCE DEPUIS 2008
La Russie décidait de suspendre, le 29 janvier, l'importation de viande de porc non pas seulement de Lituanie, mais de toute l'Europe. La viande de porc fait l'objet d'un certificat sanitaire unique. Les relations commerciales avec la Russie en viande de porc n'ont pas été rétablies depuis. L'UE exportait 750 000 tonnes de viande par an vers la Russie. « La quasi-totalité de ces volumes ont trouvé preneur ailleurs hors d'Europe, que ce soit aux Etats-Unis ou en Asie », poursuit Jean-Pierre Joly. Mais forcément à une valeur moindre que celle négociée habituellement avec les importateurs russes. Il y a cependant quelques volumes qui n'ont pas trouvé preneur et ont continué de peser sur le marché.
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Fin d'année 2014, « des volumes (…) très importants en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne ont pesé sur les tendances des cours de toute l'Europe », précise le MPB dans son bilan. En France, la production continue de baisser. Dans les abattoirs présents sur le territoire français où elle intervient pour ses opérations de classement et de pesée des animaux, l'association interprofessionnelle Uniporc Ouest a observé une baisse de 1,5 % des abattages à 18,5 millions de porcs dans l'année. Ainsi la production française reste-t-elle sur la même trajectoire de baisse depuis 2008. Ce qui explique que des usines ferment (Gad Lampaul en 2013) ou rencontrent des difficultés quand elles réduisent leur rythme de production (AIM a été placée en redressement judiciaire le 6 janvier).
POURSUITE DE DIFFICULTÉS EN 2015
Le problème, c'est que cette baisse va vraisemblablement se poursuivre en 2015. Tous les éleveurs n'ayant pas procédé à la mise aux normes bien-être de truies, les cochons des élevages désormais fermés manquent à l'appel depuis la fin 2014 (-3 % de production). La restructuration industrielle du secteur porcin va donc se poursuivre. La France est en train de perdre le niveau d'autosuffisance qu'elle avait atteint en porc il y a une vingtaine d'années. Pour le MPB, « le bilan 2014 est très négatif pour l'Europe porcine qui perdra de l'influence sur l'échiquier mondial ». Le MPB en impute la responsabilité à la Commission européenne, par sa « gestion dogmatique du certificat vétérinaire russe (qui a eu pour conséquence) d'avoir stimulé la production en Russie » et fait entrer de nouveaux fournisseurs. Le MPB déplore « l'absence d'ambition et de perspectives pour la production européenne ».