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L’année 2009 aura été celle de fortes amplitudes à la baisse des prix agricoles. Une preuve du manque de régulation de la part des instances européennes.
Lait : volumes et prix en repli
La chute sans précédent du revenu des éleveurs laitiers pour l’année 2009 qui enregistre une baisse de 54 % en 2009 s’explique logiquement par la forte diminution du prix du lait payé aux producteurs. Alors que les prix à la production s’étaient fortement accrus en 2008 sous l’effet d’une flambée des prix des produits industriels tels que le beurre et la poudre, le retournement imprévu de tendance a surpris et mis sous tension la filière laitière française. Le prix à la production a baissé de 16 % en 2009 selon la commission des comptes de l’agriculture. L’année 2009 restera dans toutes les mémoires comme celle d’un revenu moyen des producteurs de lait de
9 000 euros annuel, soit moins de 750 euros par mois ! Elle a été aussi marquée par d’extrêmes tensions dans la filière et notamment une grève du lait qui laissera des traces. Les producteurs de lait ont, en quelque sorte subi une double peine cette année ne bénéficiant ni d’un effet prix ni d’un effet volume. La collecte laitière qui avait sensiblement augmenté en 2008, se replie en 2009 en raison de la reprise des abattages des vaches laitières de réforme du fait de… la chute du prix du lait. Le volume de la production a ainsi diminué de 3 %. En plus, il s’agit de rembourser les investissements faits pour certains dans l’euphorie de 2008 mais pas seulement. « Pour la mise aux normes de mon exploitation laitière en Gaec, je sais combien je rembourse chaque mois après subventions, explique Luc Guyau, président de l’APCA. Ma facture est de 600 euros. Le vieux que je suis prend sur mon capital. Mais comment peut faire mon neveu qui a sa part à payer dans le Gaec ? » s’interroge-t-il.
Élevage viande : un rattrapage insuffisant
Selon les statistiques, le revenu des éleveurs de bovins à viande a augmenté de 17 % en 2009 par rapport à 2008, selon Agreste. Mais parmi les éleveurs, c’est celui des producteurs d’ovins et autres herbivores qui a le plus augmenté (+22%). Quant au revenu des producteurs hors-sol de porcs et volailles, il connaît une légère amélioration de 10 %. Des hausses qui succèdent à plusieurs années de marasme dans ces secteurs. Selon les professionnels, le rattrapage est insuffisant.
D’après les comptes de l’agriculture 2009 publiés le 14 décembre, la hausse des revenus des éleveurs spécialisés en viande provient de la baisse des dépenses en alimentation animale. La diminution du prix de l’aliment de 11 % dû à la baisse des cours des grandes cultures est l’une des causes. Cependant, la réduction des volumes utilisés a également compté (-11 % pour les aliments bovins, -3 % pour les volailles et -6 % pour les porcins). Cela a permis de compenser un contexte de baisse globale de production, tant en valeur (-5,8 % pour le bétail et 8,6 % pour les produits avicoles) et qu’en volume (-1,9 % en bétail et -4 % en produits avicoles). Les producteurs de viande ont une nouvelle fois été confrontés, pour la plupart, à une réduction de la consommation par les ménages.
Vins : une année paradoxale
En matière de vins l’année 2009 tranche avec la tendance générale des années passées. Jusqu’alors, les producteurs de vins AOC s’en sortaient en général mieux que les tenants des vins sans appellation. Cette année, ce fut l’inverse. Sans doute en raison de la crise économique générale. Les vins de qualité courante ont bénéficié d’une demande qui a permis de revaloriser les prix. En plus, les professionnels ont réussi à résorber une partie des stocks de ces vins notamment grâce à une récolte supérieure à celle de 2008 mais inférieure à la moyenne quinquennale. Les vins AOC ont continué, eux, à subir une commercialisation difficile. Les prix des vins d’appellation reculent de 8 %, les vins de Bordeaux et de Bourgogne étant plus touchés avec des reculs de prix respectivement de 8 % et 21 %.
Fruits et légumes : baisse générale des prix
Dans le secteur des fruits et légumes, c’est une baisse générale des prix qui a déterminé le revenu des producteurs. Les récoltes ont progressé (après une année 2008 avec beaucoup de problèmes de récolte) mais n’ont pas été en mesure de compenser la baisse des prix. La météo maussade n’a en effet pas été bonne en été et la consommation s’en est ressentie. La valeur de la production de légumes a également diminué. Comme pour les fruits, la concurrence étrangère a été très vive, souvent avec des coûts de production nettement inférieurs à ceux des ›Français. La situation des courgettes et des tomates où la production s’est réduite montre que la maîtrise de l’offre sur certains marchés rencontre vite ses limites. La production de pommes de terre connaît elle aussi un recul de sa valeur malgré une hausse du volume de 5 %. C’est que, là encore, le prix en baisse a été déterminant.
Grandes cultures : effondrement des cours des céréales
Voilà qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps. Les producteurs de grandes cultures vont connaître sur 2009 une baisse de leurs revenus de 47 % par rapport à 2008. Une réduction qui se cumule à celle de 34 % enregistrée entre 2008 et 2007. Cette chute est étroitement liée à l’effondrement du cours des céréales : en volume, la récolte a augmenté de 0,4 % entre 2008 et 2009, mais en valeur, elle s’est réduite de 23,7 %. L’abondance de la moisson et les stocks importants de début de campagne ont plombé les cours. Les exploitations exclusivement en Scop (surfaces en céréales et oléoprotéagineux) ont même vu leurs revenus s’effondrer de 51 %. Pour amortir un tant soit peu cette chute, mieux valait disposer dans son assolement d’un peu de betterave. Les rendements élevés (+ 9 %) et un marché mieux orienté (+ 1 % sur les prix) ont permis une progression de 10 % en valeur pour les betteraviers. Grâce à une hausse de la récolte de 29 %, les protéagineux ont, eux aussi, vu leur valeur s’accroître, de 9,7 %. Sauf que le poids de ces deux productions reste mineur dans les exploitations de grandes cultures. Au final, le bilan est plus que sévère pour le secteur : « pour l’ensemble des grandes cultures, après le pic inégalé de 2007, le revenu redescend en deçà du niveau historiquement bas de 2005 », signale la note de conjoncture d’Agreste.
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