La hausse des prix internationaux des grandes cultures n’a pas eu d’effet bénéfique sur les productions vivrières locales des pays pauvres. Les paysans n’ont pas pu en profiter pour augmenter leur production car ils restent confrontés à des obstacles considérables par manque d’infrastructures. C’est ce qui ressort d’une rencontre internationale organisée le 16 décembre à Paris par Farm, Pluriagri, le CSAAD et l’GPDE.
Prix bas ou prix élevés… ce ne sont pas les fluctuations tarifaires des matières premières internationales qui changeront la vie des paysans des pays en développement. Ce sont les infrastructures et la capacité de mieux vendre leurs productions qui comptent. Tous les témoignages recueillis lors d’une journée internationale à Paris le 16 décembre l’ont bien montré. Selon une analyse du Cirad, la hausse des prix des matières premières ne s’est que très modérément diffusée sur les productions locales. Celles-ci dépendent d’abord des circonstances et des marchés locaux. La raison en est l’éloignement de ces régions des marchés internationaux, le fait qu’il s’agit de produits différents (mil, sorgho plutôt que riz) de même que les énormes frais d’approche.
Préfinancer les récoltes
En revanche, toute la question est de mobiliser les ressources suffisantes pour pouvoir préfinancer des récoltes et payer ainsi des semences et des engrais qui arrivent, de bonne qualité, à l’heure. L’autre question est celle des capacités de stockage qui permettraient aux agriculteurs, plutôt qu’aux négociants, de profiter des hausses de prix saisonniers. Ce qui s’est passé l’an dernier est éloquent : au Niger, témoigne un responsable local, les prix ont été encore particulièrement bas entre novembre et février ; c’est à ce moment que les producteurs ont vendu l’essentiel de leur moisson ; c’est entre juillet et septembre que les prix ont en fait flambé. Là, les agriculteurs n’avaient plus rien à vendre alors même qu’il leur fallait rembourser leurs crédits. Une capacité de stockage pour écouler progressivement leur récolte leur aurait donné un surcroît de revenu, donc de capacité d’emprunt pour financer la récolte ultérieure.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Accès aux intrants
« L’accès physique aux intrants et au crédit est difficile dans ces régions », insistait à ce sujet Hafez Ghanem, venu présenter les perspectives de la FAO, dont il est un des directeurs adjoints chargé du développement économique et social. L’urgence, pour l’Occident, est donc de renouveler l’aide à ces régions pour la constitution d’infrastructures et d’accès au crédit. Elle est aussi, politiquement, pour les aider à se constituer en régions homogènes, à même de développer leurs propres marchés. Le ministre de l’Agriculture du Burkina, Laurent Sedego, a été sensible, de ce point de vue, aux propos de Michel Barnier, son homologue français bientôt candidat aux élections européennes, affirmant que l’Europe devrait renforcer son partenariat avec la CDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest).