Le débat autour des semences anciennes prend de l’ampleur avant même l’examen du pourvoi en cassation demandé par Kokopelli après le jugement du 22 décembre en appel. Alors que deux syndicats agricoles apportent leur soutien à l’association Kokopelli, le Groupement national interprofessionnel des semences (Gnis) s’attaque aux arguments de l’association.
Le jugement en appel à Nîmes du 22 décembre, qui condamne notamment l’association gardoise Kokopelli à 3 426 amendes de 5 euros, a suscité des réactions de soutien du Réseau des semences paysannes (RSP), de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale. Le RSP demande au gouvernement de mettre en place un « dispositif respectant l’objectif communautaire de favoriser la conservation et la valorisation de la biodiversité dans son environnement naturel ». De son côté, la Confédération paysanne « demande à l’Etat français de mettre en place un règlement permettant la commercialisation des semences destinées à conserver la biodiversité dans les champs et l’échange libre de quantités restreintes de semences de variétés non inscrites ». La Coordination rurale « dénonce cette action en justice qui consiste à conforter le quasi-monopole des grands groupes semenciers dans la distribution des cultivars et leur stratégie d’appropriation du génome végétal ».
Le Gnis très critique à l’égard de Kokopelli
Le Gnis a réagi de son côté en expliquant qu’« une liste particulière a été spécialement créée en France en 1997 (…) qui permet d’inscrire ces variétés (semences anciennes, ndlr) et de les vendre aux amateurs ». Presque dix ans plus tard, la liste réunit 300 variétés anciennes.
Raoul Jacquin, de Kokopelli, observe que plusieurs demandes d’inscription à ce catalogue adressées au Gnis n’ont jamais obtenu de réponse. « Il s’agissait d’une demande d’inscription sur une liste de conservation qui n’existe pas », répond Jean Wohrer du Gnis.
« L’inscription est gratuite car son coût est totalement pris en charge par le Gnis, la FNPSP Fédération nationale des professionnels de semences potagères et florales et le Géves Groupe d’etude et de contrôle des Variétés et des Semences », précise le communiqué du Gnis pour répondre aux arguments financiers invoqués par Kokopelli. Le coût est de 242,90 euros.
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« Il faut trois ans de culture avec une vingtaine de témoins avant d’inscrire une variété, le coût est de 1500 euros par variété. C’est beaucoup pour notre association », poursuit Raoul Jacquin.
Enfin, le Gnis critique la vocation « conservatoire de semences » de Kokopelli en affirmant que certaines des variétés vendues par l’association proviennent des Etats-Unis où elles ne sont pas menacées de disparition et que d’autres variétés sont inscrites au catalogue. Le Gnis estime encore que l’application de la directive 98/95 ne permettra pas à Kokopelli « de vendre des variétés américaines non inscrites, nullement menacées d’érosion génétique ».
KoKopelli demande pour sa part « un répertoire de la diversité biologique cultivée existante pour lequel l’inscription doit être libre, gratuite et facultative ».
L’association Kokopelli, qui compte 5500 membres, reproduit et distribue 2000 variétés ou espèces de fleurs, céréales et légumes anciens dont 550 variétés de tomates, 300 de piments, 130 de laitues, 150 de courges, 50 d’aubergines… Le Gnis représente l’ensemble des professionnels de la filière semences, constituée de 71 entreprises de sélection (dont 80% de PME), 243 entreprises de production, 20 300 agriculteurs-multiplicateurs, 15 000 salariés et 24 000 points de vente.