Abonné

Politique laitière Le profil du producteur de lait de demain se dessine

- - 5 min

Quel visage aura le producteur de lait demain ? Selon deux économistes invités par Guyomarc’h Nutrition Animale, pour une journée de réflexion, son exploitation devrait être bien plus grande et un contrat pourrait le lier à sa laiterie en cas d’abandon de la politique des quotas laitiers. Une éventualité bien réelle à laquelle se préparent les industriels dans un contexte de course à la compétitivité.

Gérard Calbrix, représentant de l’ATLA, Association de la transformation laitière française (privés et coopératifs) a été très clair, début septembre, devant près de 700 éleveurs laitiers du Grand Ouest. ils étaient invités par leur fournisseur d’aliments, Guyomarc’h Nutrition Animale, à une journée d’informations économiques dans le Morbihan. « Les producteurs (dont les industriels ont besoin NDLR) devront être motivés, bien formés, et aussi compétitifs que dans les autres bassins de production », a-t-il indiqué. Longtemps protégée par de puissantes digues qui faisaient du système laitier européen une forteresse – 280 e la tonne contre 150 e au cours mondial, selon les chiffres de Gérard Calbrix –, l’Europe entre dans une phase de « libéralisation accrue » : effondrement des restitutions à l’exportation sans lesquelles beurre et poudre européens ne trouvent pas preneurs sur le marché mondial ; forte réduction des droits de douane sur les importations ; baisse drastique des dépenses de soutien interne des marché.

L’Europe a réformé sa politique agricole commune en 2003. Mais l’échec des négociations de l’accord agricole à l’OMC en juillet 2006 ouvre « une période de grande incertitude pour le commerce mondial », a indiqué Gérard Calbrix. Des accords bilatéraux devraient se multiplier. L’Union européenne s’expose à des plaintes devant l’OMC contre ses restitutions à l’exportation, et elle pourrait être dans l’obligation de baisser ses soutiens à l’agriculture pour des raisons budgétaires, sans contreparties de ses concurrents, selon l’économiste.

« 700 usines laitières en France c’est encore trop »

En outre, il y a un problème structurel en Europe : l’excédent de beurre supérieur de 200 000 tonnes à la consommation. Orienter ses produits industriels (beurre en poudres) vers les produits de grande consommation n’a rien d’une panacée. Mais en Europe, tout le monde voit bien que les difficultés touchent d’abord les entreprises qui ont en catalogue une trop grande proportion de produits industriels. Tous les intervenants européens entament donc une course à la compétitivité. D’abord ils augmentant leur offre. M. Calbrix note que des rapprochements d’entreprises ont eu lieu. Les Français y ont joué un rôle actif. Au classement des plus grandes entreprises laitières européennes (en volume de lait traité), Lactalis figure en seconde position (derrière Arla Foods) avec 6540 millions de kilos de lait, Bongrain est en sixième position (3700 millions), Sodiaal dixième (2400 millions), etc. Le mouvement va se poursuivre car « 700 usines laitières en France, c’est encore trop », a estimé Gérard Calbrix. Parallèlement, les intervenants européens doivent innover et investir pour trouver de meilleures marges, et optimiser tous les coûts de production, y compris la collecte.

La logique industrielle voudrait que le volume de lait à collecter par élevage grossisse. Selon les chiffres donnés par le second intervenant de la journée, Vincent Chatellier, chercheur à l’Inra de Nantes, « 108 200 élevages produisent en France en moyenne 215 000 litres de lait chacune».

C’est un peu moins qu’en Allemagne où 112 300 fermes produisent 241 000 litres de lait, et beaucoup moins qu’aux Pays-Bas et au Danemark. Au pays des polders, 23 200 producteurs produisent chacun en moyenne 461 200 litres de lait. Quant au Danemark, 6500 exploitations livrent chacune 661 800 litres de lait.

Des distorsions de coûts de collecte

La restructuration du paysage laitier est en cours en France qui a perdu depuis dix ans « entre 4,5 et 5 % de ses producteurs chaque année », a précisé Vincent Chatellier. Cependant le développement des structures est très différencié selon les bassins de production.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« En dix ans, le quota laitier moyen en zone de montagne a progressé de 45 000 kilos et de 72 000 kilos en plaine. » Ce qui pourrait créer des distorsions de coûts de collecte entre les deux zones de production. A l’entreprise des alpages de trouver des facteurs de différenciation pour compenser ce surcoût.

L’accroissement des ateliers laitiers va sans nul doute provoquer leur spécialisation et leur professionnalisation.

Vincent Chatellier n’imagine pas que les producteurs laitiers abandonneront leur production pour ne garder que leur droit à paiement unique.

Ce devrait « être différent en zone mixte lait-viande où la bonne rémunération de la viande bovine » les incitera plus facilement à abandonner le lait, a analysé l’économiste de l’Inra. L’ensemble de la filière songe d’ores et déjà à l’après quotas laitiers. Un bilan du système, figé jusqu’à la campagne 2014-2015 doit être réalisé dès 2008.

Vincent Chatellier estime que les Peco (pays d’Europe centrale et orientale) pourraient alors voter pour son abandon pour faire payer à la France le quota supplémentaire qu’elle a obtenu (+ 1,5 % entre 2006 et 2008) alors qu’elle est en sous-réalisation de quota. Dans ce cas, la relation du producteur à sa laiterie évoluerait vers un lien de contractualisation. Reste à en définir les contours.