Le lancement officiel du programme 4 pour 1000 au Bourget, le 1er décembre, a permis à près de cent États et organisations de signer pour ce programme en faveur du stockage de carbone dans les sols. Reste à convaincre quelques grands pays agricoles : États-Unis, Brésil, Argentine.
Le lancement officiel du programme 4 pour 1000 au Bourget, le 1er décembre, a permis à près de cent États et organisations de signer pour ce programme en faveur du stockage de carbone dans les sols. Selon les scientifiques, l’augmentation annuelle de 0,4 % de la séquestration du carbone dans les sols permettrait, à l’horizon 2030, la compensation totale des gaz à effets de serre produits par la planète. Le succès de la démarche est sans appel. En particulier, des pays où l’agriculture est fortement émettrice. C’est le cas notamment de la Nouvelle-Zélande. Le ministre du Commerce et du changement climatique Tim Groser analyse : « La Nouvelle-Zélande a une structure de pays en développement, mais est un pays développé. » De fait, l’agriculture est au centre de l’économie du pays, tout comme en France. Ainsi, l’agriculture néo-zélandaise est responsable de 49 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Le programme 4 pour 1000 d’envergure internationale est donc très bien accueilli par certains pays développés. Les pays en développement ne sont pas en reste non plus. « C’est cohérent avec ce que nous faisons actuellement. L’Union africaine appuie fortement le programme 4 pour 1000 », commente Ibrahim Assane Mayaki, directeur du Nepad (coordination des pays africains).
Une gouvernance pour la Cop22
Pour la suite, Stéphane Le Foll a annoncé qu’il s’agit de mettre en place « une gouvernance » de ce programme. États, ONG, agriculteurs et scientifiques y seront associés. « Il faut mutualiser nos connaissances. L’Allemagne est prête », explique Christian Schmidt, ministre fédéral de l’Agriculture allemand. Le ministère de l’Agriculture français se donne un an pour travailler au sein d’un comité de pilotage international à « gouvernance inclusive – mêlant gouvernements, investisseurs et ONG – afin qu’à l’ouverture de la Cop22 fin 2016, une « plateforme » permettant la mise en œuvre de projets concrets soit opérationnelle. »
Des absents et des sceptiques à convaincre
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Stéphane Le Foll : « Il nous faut continuer à mobiliser le plus grand nombre d’acteurs pour engager l’agriculture dans une transition »
La force de cette initiative est de rassembler le monde des ONG aux côtés des autres acteurs du dérèglement climatique. En ce sens, le programme 4 pour 1000 a réussi là où l’agriculture climato-intelligente a échoué. Cette initiative, basée sur les technologies comme la solution agricole dans la crise climatique, était fortement contestée par la société civile. « Les deux démarches sont complémentaires », préfère dire Stéphane Le Foll. Pour le programme 4 pour 1000, une quinzaine d’ONG a déjà signé. Néanmoins, Coordination Sud, signataire et sceptique, conditionne l’enthousiasme ambiant : « Cette initiative est bonne, si les agriculteurs du monde y sont associés. » D’ailleurs, le projet poursuit un double objectif, rappelait le ministre de l’Agriculture français le 27 novembre : lutter contre le réchauffement climatique et garantir la sécurité alimentaire. L’argument doit convaincre les pays en voie de développement. De fait, ils craignent que les ambitions environnementales soient contradictoires avec le développement de leur productivité agricole. Par ailleurs, certains pays développés et agricoles ne sont pas encore signataires. Il s’agit notamment des États-Unis, du Brésil, de l’Argentine, mais aussi des grands producteurs de céréales comme l’Ukraine et la Russie. « J’ai confiance. Je pense qu’ils vont s’y associer », commente Stéphane Le Foll qui devait rencontrer le secrétaire d’État à l’Agriculture des États-Unis, le 3 décembre au Bourget. « Il nous faut continuer à mobiliser le plus grand nombre d’acteurs possibles afin d’engager l’agriculture dans une transition », développe le ministre français.
4 pour 1000 : le gouvernement soutiendra financièrement les scientifiques
À l’occasion de la publication du recueil « 60 succès de la recherche pour une planète durable », réalisé par l’Alliance nationale de recherche pour l’Environnement (AllEnvi), le secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche Thierry Mandon, s’est engagé, le 27 novembre, à soutenir financièrement la recherche française pour la mise en œuvre effective du dispositif « 4 pour 1000 », qui vise à favoriser la séquestration du carbone dans les sols. François Houllier, président de AllEnvi (qui réunit 12 membres dont l’INRA, le Cirad et l’IRD), a rappelé qu’au-delà de limiter le réchauffement climatique, le 4 pour 1000 constitue également un outil remarquable pour la sécurité alimentaire.