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Elections législative Le programme de Jacques Mézard en suspens

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Comme l’ensemble du gouvernement d’Edouard Philippe, l’avenir du nouveau ministre de l’Agriculture, Jacques Mézard, et de son programme va se jouer aux élections législatives le 18 juin prochain. Des élections qui promettent un important renouvellement au Palais Bourbon, y compris chez les députés spécialistes de l’agriculture. Dans le cas où Jacques Mézard resterait en place sans majorité absolue pour La République en marche (LREM), le ministre devrait alors trouver des majorités à géométrie variable à l’Assemblée. Les députés sortants de droite semblent prêts à voter le volet « baisses de charges » et « simplification administrative » du programme d’En Marche !, mais se disent inquiets du volet environnement. L’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, candidat dans la Sarthe, l’accueille avec bienveillance. Beaucoup plus de circonspection et de questions du côté de la député sortante EELV Brigitte Allain.

Au soir du 18 juin prochain, trois scénarios sont envisageables. Soit Emmanuel Macron parvient à obtenir une majorité absolue au premier tour, et son ministre de l’Agriculture pourra mettre en œuvre, sans entrave, le programme agricole qu’il avait défendu durant la présidentielle. Alors on peut supposer que Jacques Mézard resterait ministre de l’Agriculture, comme il l’a assuré lors de sa première sortie devant l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, le 18 mai.

Soit La république en marche (LREM) obtient une majorité relative à l’Assemblée, et le ministre de l’Agriculture tentera de faire passer ses lois en essayant de trouver des majorités avec les groupes de droite et de gauche au cas par cas. Le sort de l’actuel ministre de l’Agriculture est incertain dans un tel scénario. Du nouvel équilibre trouvé au parlement dépendra sûrement son avenir rue de Varenne.

Dernière option : Emmanuel Macron n’obtient pas de majorité, ni relative, ni absolue, et il sera dans ce cas obligé de nommer un Premier ministre de cohabitation qui conduira une autre politique pour l’agriculture. Un nouveau ministre de l’Agriculture sera nommé, à coup sûr, en remplacement de Jacques Mézard.

Stéphane Le Foll s’y retrouve

Le deuxième scénario, celui des majorités à géométrie variables, est intéressant à investiguer car il met en lumière les points de convergence et de divergence entre les programmes agricoles des principaux partis politiques, voire des sensibilités politiques au sein même des partis. Dans l’aile sociale-démocrate du PS, le programme de Jacques Mézard devrait être vu avec bienveillance. « Il y a des grands sujets sur lesquels je me retrouve », confie l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll qui est candidat PS dans la Sarthe. Je suis très favorable à son plan de 5 milliards d’euros d’investissement dans l’agriculture, où il y a beaucoup à faire. Sa volonté de développer la méthanisation et la biomasse est aussi une bonne idée. Je suis évidemment très attaché à l’avenir de l’agro-écologie, mais je pense que cette approche sera poursuivie par le nouveau gouvernement ».

Même positionnement au centre droit. Dans la Somme, l’UDI Stéphane Demilly, très au fait des filières biocarburants, estime qu’Emmanuel Macron « a pris conscience que le monde agricole est en pleine mutation et qu’il faut l’accompagner, mais qu’il est aussi en pleine crise, ce qui se traduit par un nombre de suicides saisissant. »

Antoine Herth trouve le programme « sibyllin »

Plus à droite, Antoine Herte, députés LR dans le Bas-Rhin et spécialiste de l’agriculture, proche de Bruno Lemaire, est un peu moins enthousiaste. « Je trouve le programme agricole d’Emmanuel Macron relativement sibyllin face à celui que j’ai contribué à construire avec François Fillon ». Pour autant, il promet de ne pas « s’inscrire dans une posture idéologique », car « les gens veulent que le pays sorte du blocage dans lequel il est et de l’absence de développement ».

Antoine Herth relève quelques inquiétudes par exemple concernant les perturbateurs endocriniens et les néonicotinoïdes : « On nous dit que la France sera championne contre les pesticides, mais malheureusement, nous n’avons encore pas les alternatives », estime l’auteur d’un rapport parlementaire sur le biocontrôle en 2011. « Il ne faudrait pas qu’il soit trop hasardeux sur la signature de certains accords commerciaux », estime-t-il. À l’inverse, « j’ai vu avec beaucoup d’intérêt la volonté affichée de réduire les contraintes administratives, les baisses de charges », note Antoine Herth. Tout comme les volontés de renforcer les entreprises à l’export, ou les marchés locaux.

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Marc Le Fur votera les baisses des charges

Plus à droite encore, Marc Le Fur, député LR des Côtes d’Armor, proche de François Fillon, a du mal à cacher son hostilité au programme de LREM. Son opinion n’est « pas négative a priori », mais « le programme de Macron consiste à faire en sorte que des agriculteurs puissent rejoindre Pôle emploi, mais ce n’est pas ce qu’ils veulent ! », dégaine-t-il. Il promet qu’il votera « tout ce qui ira dans le sens d’une baisse des charges et des contraintes ». Marc Le Fur se dit inquiet de voir « un ministre de l’environnement qui pèse » face un ministre de l’agriculture qu’il juge « très faible ». Il redoute à ce titre ce qui pourrait ressortir des États généraux de l’alimentation. Il se dit par exemple hostile à la hausse de la CSG annoncée par Emmanuel Macron, et attend des mesures à l’encontre de l’association L214, que l’on abandonne le compte pénibilité et le projet de vidéosurveillance dans les abattoirs.

Brigitte Allain cherche la cohérence

Si la droite se dit prête à voter le volet « compétitivité » et « soutien aux investissements » du programme d’Emmanuel Macron, la gauche et les écologistes valideront-ils son pendant « écologie » ? Rien n’est moins sûr. « Vous avez compris le programme d’Emmanuel Macron sur l’agriculture ? Moi je cherche encore la cohérence », s’impatiente Brigitte Allain, députée EELV-PS de Dordogne. Elle s’interroge notamment sur les orientations qui seront prises à l’échelle européenne : « est-il porteur d’un changement d’orientation de la PAC ? », se demande-t-elle. Et sur le contenu du plan de soutien à la modernisation, « quand on me parle d’agriculture moderne ou d’innovation, je ne sais pas ce que cela veut dire », ajoute-t-elle. Elle non plus ne veut pas s’afficher « dans une opposition frontale ». Mais elle « regrette d’avoir trop peu entendu Emmanuel Macron s’exprimer sur l’agriculture, la ruralité et l’agroécologie ».

Le candidat Stéphane Le Foll veut réduire la fracture entre ville et campagne

L’ancien ministre de l’Agriculture est candidat PS dans la 4e circonscription de la Sarthe. Il sera face à 14 autres candidats. « Du jamais vu. C’est le symptôme d’une déstructuration des partis politiques ». Dans son département, Stéphane Le Foll est le témoin de la difficulté, voire de la souffrance, du monde rural qui se traduit notamment par la montée du vote FN, et il veut y répondre. « Il faut changer l’approche qui est la nôtre, avec une politique d’investissement très forte dans ces zones, c’est pourquoi je propose un doublement de la dotation à l’investissement pour les communes », explique-t-il. Pour lui, il faut les orienter vers trois axes : la santé, les économies d’énergie et les transports. « Les ruraux ont des charges bien plus élevées que les urbains en matière de transports – avec l’obligation d’avoir plusieurs véhicules par foyer pour aller travailler – et d’énergie, dans les carburants mais aussi le chauffage. Il faut aussi être sensible aux populations périurbaines et leur volonté d’accès à la propriété. « C’est pourquoi je suis favorable à la proposition d’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % de ceux qui la paient actuellement », précise-t-il.

Les syndicats agricoles veulent interpeller les candidats aux législatives

Jérémy Decerle, président des Jeunes agriculteurs (JA), a confirmé la tenue d’une action « Porte-voix » sur toute la France, le 30 mai, orchestrée par les JA et la FNSEA afin d’alerter l’ensemble des candidats aux législatives sur les problématiques du milieu agricole. Les candidats aux législatives recevront une invitation pour se rendre sur une exploitation et pour échanger avec les adhérents, selon Jérémy Decerle. La Confédération paysanne va organiser des actions similaires en amont du scrutin sur le thème du revenu des agriculteurs. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a elle aussi lancé un mot d’ordre auprès de ses adhérents. Elle exposera trois propositions de plus par rapport aux treize propositions avancées par la FNSEA. Parmi celles-ci, « la politique laitière européenne doit permettre aux éleveurs laitiers de prévenir et d’atténuer les crises de marchés » en limitant la production et en définissant des seuils d’alerte ; « le secteur laitier a besoin d’un meilleur fonctionnement de la chaîne alimentaire », nécessitant l’application de la loi Sapin 2 tant sur les marques nationales que sur les marques de distributeurs. Pour finir, la FNPL réclame un « socle social pour les éleveurs » afin de rendre le métier plus attractif et de répondre au besoin de main-d’œuvre dans les exploitations.