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Lait/Négociations prix Le projet d’accord sur le lait ne fait toujours pas l’unanimité

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Le 18 avril au soir, le Premier ministre en personne s’impliquait dans le dossier du prix du lait, annonçant qu’un accord était en vue entre distributeurs, industriels et éleveurs pour s’orienter vers une revalorisation « d’au moins 25 euros les mille litres le prix du lait payé aux producteurs pour les mois d’avril, mai et juin sur l’ensemble des laits produits en France». Un compromis qu’il jugeait « possible et souhaitable ». Quelques jours plus tard, rien de concret n’est encore définitivement scellé, même si beaucoup de propositions ont été faites, en ordre dispersé, pour tenter de sortir de cette crise.

Recevant en fin de journée, le 18 avril, le Médiateur des relations commerciales agricoles, Francis Amand, en compagnie de son ministre de Stéphane Le Foll, Jean-Marc Ayrault avait soutenu les propositions que celui-ci faisait de « revaloriser d’au moins 25 euros les mille litres le prix du lait payé aux producteurs pour les mois d’avril, mai et juin sur l’ensemble des laits produits en France ». Il estimait « possible et souhaitable » de mettre en œuvre « ces orientations avant la fin de la semaine prochaine, afin que la revalorisation soit effective pour l’ensemble des producteurs dès le paiement de la collecte d’avril ». Concrètement, les industriels auraient la possibilité et l’obligation de faire passer auprès des grandes surfaces une « hausse technique » de prix équivalente à 2,5 centimes du litre pour le lait de consommation. Ces 2,5 centimes seraient reversés aux éleveurs. Pour les produits transformés, un coefficient serait défini en fonction de la quantité de lait nécessaire pour produire un fromage, un litre de crème, un kilo de beurre, etc. Ces coefficients, non négociables avec la distribution, indiqueraient quel pourcentage de hausse serait appliqué. Pour éviter un impact inflationniste, le gouvernement compte d’une part sur un partage de la charge au niveau des deux derniers maillons de la filière (industriels, distributeurs) mais aussi et surtout sur la concurrence entre distributeurs pour ne pas perdre des parts de marché. Cet accord serait valable jusqu’à fin 2013. Un point d’étape devrait être prévu en septembre pour le cas où la flambée actuelle des prix mondiaux vienne se répercuter sur le prix français.

Des réactions très contrastées

La FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution), qui regroupe les grandes enseignes réagissait dès le lendemain, se disant « très attentive aux difficultés des éleveurs laitiers français mais jugeant les annonces du gouvernement prématurées, alors même qu’une médiation est en cours, car risquant d’augmenter jusqu’à 8% les prix des produits laitiers et donc d’impacter très fortement le pouvoir d’achat des consommateurs ». À titre individuel, les dirigeants de ces grands groupes réagissaient différemment. Ainsi, Auchan proposait d’augmenter le prix payé aux producteurs de trois centimes par litre de lait de consommation, au lieu de deux centimes proposés le 8 avril et de ne pas répercuter cette hausse sur le consommateur. De même, dans l’entourage du ministre de l’Agriculture et de Matignon, on indiquait que le patron de Carrefour, Georges Plassat, avait eu un échange téléphonique avec Stéphane Le Foll au cours duquel il aurait indiqué que son groupe était tout-à-fait en phase avec le ministre et avait la conviction qu’il était nécessaire d’accompagner ce mouvement de hausse. Du côté des indépendants, sur son blog, Michel-Edouard Leclerc confirmait la disponibilité des adhérents E.Leclerc pour contribuer (via un fonds de soutien ou un versement aux collecteurs) à un effort de solidarité avec les producteurs de lait, fonds temporaire de soutien à hauteur de 180 millions d’euros permettant d’agir dès la paie d’avril. Il se disait néanmoins prêt à « étudier tout autre dispositif qui présenterait la même efficacité (rapidité du paiement, souplesse de mise en œuvre, non remise en cause des négociations commerciales avec les industriels, absence de sanctions pour Entente) et qui permettrait de s’assurer que ce sont bien les producteurs français qui bénéficieraient de cette aide temporaire ». Système U, via son dirigeant Serge Papin rappelait également son engagement en faveur de mesures de soutien aux éleveurs.

Un écran de fumée

Pour les industriels, la réponse était moins enthousiaste. Dans un communiqué du 22 avril, la Fédération nationale de l’industrie laitière estimait que « l’hypothèse des pouvoirs publics qui consiste à augmenter le prix du lait des mois d’avril-mai-juin ne répond pas à la situation de la filière laitière française ». Elle qualifie cette mesure « d’écran de fumée », estimant que la hausse des cours mondiaux du lait était partie pour durer et atteindrait des niveaux records au second semestre 2013. Pour eux, le véritable problème en France est de préserver durablement les marges des industriels, non seulement pour trois mois, mais en permanence, et quelle que soit la destination du lait, fromage, yaourt, lait de consommation, beurre… De son côté, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), via son président Dominique Chargé, « trouve pleinement justifiée la demande de 3 centimes supplémentaires par litre pour les producteurs mais il demande qu’il y ait, en plus, une prise en compte des charges des coopératives elles-mêmes ». Le médiateur a encore du pain sur la planche pour parvenir à mettre tout le monde d’accord. Il espère un accord avant début mai.

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