Le projet de la Commission européenne de « renationalisation » des autorisations de commercialisation d'OGM dans l'UE a le mérite d'emporter l'adhésion… contre lui. Les organisations agricoles craignent pour le marché intérieur et les ONG déplorent le manque de démocratie dans le processus décisionnel. Bruxelles devrait présenter sa proposition le 15 avril.
Pas encore publiée et déjà attaquée de toutes parts. La nouvelle proposition de réglementation permettant une autorisation à la carte des importations d'OGM, que Bruxelles devrait présenter le 15 avril, fait déjà l'unanimité contre elle. Que ce soit les agriculteurs, les transformateurs, l'industrie agrochimique ou les organisations de défense de l'environnement, tous dénoncent – pour des raisons différentes – les intentions de la Commission européenne. Si le texte n'a, pour l'heure, pas encore fuité, les grandes lignes en sont connues : il s'agirait d'un dispositif proche de ce qui vient d'entrer en vigueur pour la mise en culture de variétés transgéniques permettant aux États membres de s'opposer à la commercialisation sur leur territoire de variétés autorisées à l'importation au niveau communautaire (1).
Quels motifs ?
Un point n'est par contre toujours pas connu : quel motifs les États membres pourront-ils invoquer pour interdire la commercialisation d'une variété transgénique, étant donné que l'évaluation sanitaire et environnementale des OGM devrait rester entre les mains de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) ?
Les organisations agricoles de l'UE – Copa-Cogeca (agriculteurs et coopératives), ESA (semences), Coceral (négociants), Fefac (alimentation animale) ou UECBV (commerce de la viande) notamment – sont vent debout contre cette proposition et demandent au président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, de ne pas la présenter. « Mettre correctement en œuvre la législation existante devrait être la principale priorité de la Commission avant de commencer de nouvelles réflexions pour modifier la procédure d'autorisation de mise sur le marché », soulignent ces organisations. Elles craignent particulièrement les distorsions de concurrence qui pourraient en découler.
Paradoxes
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Dans une lettre adressée à Jean-Claude Juncker, Greenpeace estime pour sa part que celui-ci n'a pas tenu ses promesses. En effet, dans ses priorités politiques, le président de la Commission européenne avait annoncé vouloir donner « le même poids aux gouvernements démocratiquement élus qu'aux avis scientifiques » dans les décisions d'autorisations d'OGM pour éviter que la Commission européenne soit obligée de prendre une décision alors qu'une majorité d'États membres s'y opposent. Pour Franziska Achterberg, en charge du dossier pour Greenpeace, la question des OGM aurait dû être extraite de la comitologie classique et les décisions auraient même dû impliquer le Parlement européen. Elle souligne par ailleurs que la directive sur la mise en culture des OGM, qui vient d'entrer en vigueur, prévoit explicitement que la mise sur le marché, la libre circulation et les importations d'OGM doivent être réglementées au niveau européen afin de préserver le marché intérieur, et les exclut donc du champ d'application de cette législation. Autre paradoxe : la nouvelle Commission européenne qui veut à tout prix simplifier la législation européenne, fait là une proposition qui risque d'être à l'origine de débats sans fin et de ne jamais aboutir.
Pour l'ensemble des parties prenantes, les intentions de la Commission restent floues. S'agit-il de mettre les États membres – qui s'opposent aux OGM lors de chaque vote mais en importent massivement – devant leurs incohérences ou lui était-il impossible de revoir en profondeur le dispositif de vote à la majorité qualifiée sur les OGM en pleines négociations avec les Etats-Unis pour un accord de libre-échange transatlantique ? (AG)
(1) Voir n° 3491 du 06/04/2015
Nationaliser les autorisations de commercialisation d'OGM est une « fausse bonne idée », estime le Syndicat nationale de l'industrie de la nutrition animale (Snia), dans un communiqué de presse du 8 avril. Cette décision est en cours de réflexion à Bruxelles et devrait être adoptée le 15 ou le 22 avril prochain. Pour le Snia, cette décision entrainerait des distorsions de concurrence qui se répercuteraient sur les filières d'élevage françaises, déjà très affaiblies. Ainsi, afin de « pallier le déficit de protéines destinées à l'alimentation animale » et d'« assurer un approvisionnement en matières premières compétitives, l'élevage français a besoin des importations, notamment de tourteaux de soja dont une quantité significative est issue de graines génétiquement modifiées. Limiter la commercialisation d'OGM en France induirait un très net renchérissement des coûts de production en élevage », avance le Snia. « Les produits animaux (viande, lait œuf) circulent librement à travers l'Europe et sont même soumis à une concurrence mondiale. Différencier les capacités d'approvisionnement en matières premières des différents bassins d'élevage en Europe, c'est générer des écarts de compétitivité insurmontables », conclut-il tout en rappelant que « les principes fondamentaux du marché commun » seraient également « bafoués » avec une telle décision.