Unilever prévoit de créer une nouvelle structure d’achat qui inquiète la CGT. Le projet « Mountain » du géant de l’agroalimentaire consiste à créer une centrale géante qui puisse gérer et posséder les matières premières comme les produits finis de ses sites de production européens. Ce plan de réorganisation juridique et financière fragiliserait les usines, à en croire le syndicat, qui dénonce par ailleurs un « détournement fiscal » : basée en Suisse, cette structure permettrait à Unilever d’économiser en France 20 millions d’euros, dont 10 millions en impôts.
La CGT tire la sonnette d’alarme. Selon le syndicat, le nouveau « projet Moutain » d’Unilever risque de se traduire directement sur la viabilité des usines hexagonales du groupe. Ce nouveau programme de réorganisation de la société anglo-néerlandaise vise à créer une centrale d’achat géante, l’Unilever Supply Chain Company (USCC), pour centraliser au niveau européen la gestion des matières premières, emballages et produits finis de ses sites de production. L’USCC deviendra ainsi « propriétaire de tout ce qui rentre et sort des usines » indique la CGT, « et déciderait du niveau de production et des investissements. »
Des usines transformées en simples « centres de coûts »
« Après leur mise en auto-gestion, c’est une nouvelle fragilisation des usines : la centrale leur imposera de produire à moindre coût et les mettra en concurrence entre elles », analyse Gérard Cazorla, représentant CGT d’Unilever au niveau européen. « Nous allons devenir des sous-traitants, façonniers, des “services de transformation” ». De fait, cette organisation devrait permettre au géant de l’agroalimentaire d’y voir plus clair dans les coûts salariaux, la main-d’œuvre devenant la seule variable d’ajustement pour les sites. Mais ce mode de gestion empêchera tout contrôle par les comités d’entreprise, s’alarme la CGT, qui craint pour la pérennité des emplois. « Par une diminution du budget (…) et par une baisse de la qualité des matières premières, la Centrale peut construire la faillite d’un site », note le syndicat.
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Un « détournement fiscal »
Cette nouvelle réorganisation juridique et financière qui devrait se mettre en place d’ici 2008 concernera dans un premier temps la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ; elle entraînera pour Unilever « une économie de 20 millions d’euros en France » selon le syndicat, « dont 10 millions d’économie d’impôts ». Car l’USCC sera implantée… en Suisse ! La centrale d’achat géante d’Unilever devrait être en effet « située dans le canton de Schaffhausen, là où l’impôt sur les sociétés est des plus faibles», explique la secrétaire fédérale CGT Jocelyne Hacquemand, qui dénonce « un détournement fiscal».
4500 emplois supprimés depuis 2000
« Unilever multiplie les plans de restructuration », déplore Gérard Cazorla. Depuis 2000, la société a en effet réduit son portefeuille de 1 200 à 450 marques, supprimé 4 500 emplois dans l’Hexagone et fermé 130 usines dans le monde. Son plan « One Unilever », mis en place depuis deux ans, a entraîné la suppression de son siège social de Londres à la faveur de celui de Rotterdam. Aujourd’hui, en France, Unilever regroupe sous son ombrelle les sociétés Amora-Maille, Fralib (thé Lipton et infusions Eléphant), Cogesal-Miko et Bestfoods (Knorr, Alsa), rachetée en 2000. En espérant limiter les effets négatifs de cette nouvelle centrale d’achat, la CGT demande « que le budget de chaque site fixé part l’USCC prenne en compte un investissement et un volume de production et d’effectif qui permette à chaque site de fonctionner ».