Abonné

Le projet Optimistii parie sur la double stérilisation contre la Drosophila suzukii 

- - 4 min
La mouche Drosophila suzukii est une espèce invasive s’attaquant aux fruits. Crédits : © Katja Schulz/Wikimedia Commons

Originaire d’Asie, la mouche Drosophila suzuki, ou mouche aux ailes tachetées, provoque d’important dégâts dans les cultures de cerises, de fraises et de framboises. Pour diminuer sa population, un projet de l’Inrae et du CTIFL veut utiliser deux techniques complémentaires de stérilisation des mâles. 

Présent en France depuis 2010, le ravageur des petits fruits Drosophila suzukii, ou mouche aux ailes tachetées, occasionne des dégâts importants dans les cultures fruitières. Depuis le retrait en Europe de l’insecticide Phosmet fin 2022, les producteurs doivent trouver d'autres solutions contre ce ravageur. 

C’est l’objectif du projet Optimistii, mené par Nicolas Rode, chercheur à Inrae basé au Centre de biologie pour la gestion des populations (CBGP) à Montpellier, et Ghais Zriki, ingénieur de recherche au CTIFL et responsable de programme de recherche sur la technique de l’insecte stérile (TIS). Prévu pour durer cinq ans, Optimistii entend proposer une solution innovante pour la filière des fruits en procédant à une double stérilisation des mâles Drosophila suzukii avant de les lâcher.  

Lire aussi : Terratis compte s'attaquer aussi aux insectes ravageurs agricoles

L’Inrae entend utiliser deux techniques de stérilisation complémentaires, la technique de l’insecte stérile (TIS) et la technique de l’insecte incompatible (TII). Alors que la première fait appel aux rayons ionisants pour stériliser les mâles d’une espèce, la seconde va utiliser la bactérie Wolbachia, naturellement présente chez la drosophile. D’après Nicolas Rode, « le taux de stérilité mâle induite par la bactérie varie de 0 à 70%. Comme la bactérie provoque une stérilité partielle, l’idée est de combiner deux stérilités partielles afin d’avoir une stérilité à plus de 95%. » 

L’équipe espère qu’avec cette double approche, il sera possible de rendre les mâles relâchés plus compétitifs face aux mâles sauvages. « Nous voulons combiner la TIS avec la TII pour produire des mâles stériles sans avoir besoin de doses d’irradiation très fortes et avoir la synergie des deux techniques pour obtenir des mâles compétitifs », explique Ghais Zriki. 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Drosophila suzukii
Suivi
Suivre

Premiers lâchers en 2027 

Dans le cadre du projet Optimistii, l’Inrae veut aussi mettre au point une méthode automatique de sexage des mouches Drosophila suzukii afin de ne relâcher que les mâles. « Les mouches à ailes tachetées ont un fort dimorphisme sexuel de taille, les larves femelles sont 30% plus grosses que les larves mâles », souligne Nicolas Rode. « Notre idée est d’utiliser une machine pour trier et séparer automatiquement les mâles et les femelles. On espère y arriver dans deux ans, d’ici 2027. » 

Lire aussi : Innofenso diffuse ses cocktails d’insectes dans les champs

Un autre volet du projet sera de développer un marquage génétique des mâles pour les suivre sur le terrain, une fois lâchés. « Jusqu’à présent, les techniques utilisées pour le marquage sont laborieuses, coûteuses et peuvent affecter les fonctions sensorielles de l’insecte », note Ghais Zriki. « Nous voulons avoir recours au marquage génétique, avec une souche qui possède naturellement une couleur différente pour les yeux. » 

Les premiers lâchers en plein air de mâles doublement stérilisés sont prévus pour 2027 dans des ceriseraies en Occitanie. À l’issue du projet, l’équipe pourra passer le relai à la filière ou aux industriels intéressés. Pour Ghais Zriki, « notre objectif est de proposer une population d’insectes prête pour l’élevage industriel, avec les paramètres biologiques nécessaires pour une bonne efficacité sur le terrain, afin qu’un industriel prenne la suite. »