« Sortir pour s’en sortir », comme l’a proclamé Laurence Parisot, présidente du Medef, exporter pour échapper aux pressions excessives qui, selon Jean-René Buisson, s’exercent sur un marché français saturé, cette thématique a eu du succès auprès des industriels réunis le 30 mars par l’Ania. La journée de mobilisation sur l’export des industries alimentaires a permis de repérer les meilleures démarches pour réussir hors des frontières. Elle a aussi mis le doigt sur d’inquiétantes pertes de parts de marché et sur les manques de pugnacité de trop d’entreprises et d’efficacité de nos structures publiques d’aide à l’export. D’où l’élaboration d’un cadre stratégique commun annoncé par le ministre de l’Agriculture – le PSEAA – qui recentre les efforts humains et budgétaires sur une douzaine de destinations et une poignée de segments de marché.
La saturation du marché français, la pression de la concurrence et de la grande distribution ont déterminé l’Ania à faire de la relance de l’export l’une de ses trois priorités à côté des relations industrie-commerce et de la thématique nutrition-santé. L’export est en effet, avec l’internationalisation, un relais de croissance indispensable pour la pérennisation et le développement des entreprises agroalimentaires, explique le président Buisson.
A la tête depuis deux ans d’un groupe de travail « développement des exportations », Frédérick Bouisset, vice-président de l’Ania, avait préparé le terrain en lançant en interne une grande enquête auprès des PME sur leurs succès ou leurs échecs à l’étranger, et en associant à ses travaux les principaux organismes publics spécialisés. L’idée, au-delà d’une grande journée de mobilisation comme celle qui vient d’avoir lieu au Medef, étant d’apporter de meilleurs services aux adhérents et d’obtenir plus de cohérence et d’efficacité de la part des nombreux acteurs impliqués.
Le PSEAA, un outil pour tous
Le ministre de l’Agriculture a jugé bon de saisir la tribune que lui offrait l’Ania pour annoncer le contenu du plan sectoriel export agroalimentaire (PSEAA) qui vient s’ajouter à sept autres plans sectoriels élaborés sous l’égide de Christine Lagarde dans le cadre de Cap Export depuis octobre dernier.
Ce recadrage des efforts publics s’impose, a-t-il commenté, pour consolider et amplifier les performances du secteur après plusieurs années qui ont vu nos positions se dégrader sur nos marchés traditionnels.
Démarche volontariste engagée avec tous les partenaires dans le but de donner « une plus grande cohérence à tous ceux qui œuvrent en faveur de l’exportation », le PSEAA consiste à concentrer les efforts sur quelques destinations et filières stratégiques et identifier pour chacun des couples pays-produits retenus les modalités d’intervention les plus adaptées. L’enjeu, puisque « l’argent public devient rare et cher », souligne Dominique Bussereau, est à la fois de maintenir des moyens sur nos marchés traditionnels sur lesquels une perte de parts de marchés est particulièrement préjudiciable (notamment dans l’Union européenne où nous réalisons 74 % de nos exportations) et de renforcer nos actions sur les marchés émergents qui sont la voie d’avenir.
47 couples pays-produits
Douze destinations prioritaires ont été décidées dans quatre zones bien différentes :
– les pays émergents et lointains, en forte croissance : Chine, Corée du Sud et Inde ;
– des pays plus proches, plus faciles d’accès, et dont la croissance est soutenue : Pologne, Russie, Algérie ;
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– les grands marchés tiers développés qui ne peuvent être délaissés en raison de leur importance dans les échanges mondiaux : Etats-Unis, Japon ;
– enfin, les pays du cœur de cible, c’est-à-dire les grands marchés de l’UE à préserver ou à conquérir sur des segments innovants : Allemagne, Espagne, Royaume-Uni et Italie.
Seuls ces 12 pays, qui représentent ensemble 50% des importations agroalimentaires mondiales et 57% de nos exportations, figurent dans le plan d’action commun défini avec le ministère du Commerce extérieur mais le ministère de l’Agriculture retient aussi des pays de « priorité 2 », où la France possède un avantage comparatif à préserver ou à acquérir sur un nombre limité de segments : Taïwan, Singapour, Thaïlande, Mexique, Hongrie, République Tchèque, Roumanie, Maroc, Tunisie, Arabie Saoudite, Turquie, Canada, Bénélux, Suisse. Ensemble ils pèsent 26% de nos ventes.
Dans les 12 pays cibles de « priorité 1 », des segments de marchés prioritaires ont été identifiés, donnant par croisement un tableau de 47 couples pays-produits (voir ci-dessous) justifié par la taille et la croissance du segment, sa pénétration effective ou potentielle ou la réussite qu’y rencontrent nos voisins européens. Une démarche équivalente a été adoptée pour les équipements agroalimentaires, les semences et le secteur de la génétique. Une matrice pays-produits-actions vient compléter cette approche pour guider les interventions régaliennes (questions sanitaires, obstacles aux échanges) et l’octroi de soutiens divers (information, prospection, mise en relation d’acteurs, promotion,...).
Pilotage trimestriel
C’est dire que tous les dispositifs d’appui auront à respecter les mêmes priorités, qu’il s’agisse de l’emploi des crédits Sopexa, du Kit Export lancé dans le cadre du PNDIAA ou des nouvelles procédures du CASE
Comité d’appui aux stratégies export - Cf Agra alimentation n°1919 du 02 03 06 p.8, a insisté le ministre. Et le PSEAA sera diffusé auprès de tous les acteurs régionaux et consulaires pour dégager avec eux le maximum de cohérence et de synergies.
Un comité de pilotage national réunira chaque trimestre les partenaires publics et une coordination dans le pays cible sera assurée pareillement par l’attaché agricole au sein de la mission économique. Qualifié par Dominique Bussereau d’« outil à l’usage des entreprises», « ce plan ne pourra fonctionner que s’il devient le vôtre », a conclu le ministre.