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Réactions de la profession agricole Le rapport Chalmin ne fait pas l’unanimité dans la profession agricole

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Le deuxième rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, a été présenté à Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, le 13 novembre, à Paris. Ce rapport dévoile, entre autres, les marges nettes de la grande distribution en rayon boucherie, fruits et légumes, charcuterie, produits laitiers et volailles. Les résultats sont contestés par la filière bovine et la filière fruits et légumes.

Le rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a été présenté le 13 novembre à Paris par Philippe Chalmin, économiste et président de l’Observatoire. Deux résultats ont particulièrement surpris et soulevé la contestation des professionnels agricoles. En filière bovine, la marge nette des distributeurs est négative en 2011 (-1,9%) et en filière fruits et légumes, elle est à peine positive (+0,6%). Des résultats vivement contestés par les filières concernées qui affirment depuis plusieurs mois, voire des années, le contraire. À savoir que la grande distribution capte de la marge au détriment du reste de la filière. L’enjeu est de taille car c’était un de leurs arguments clés pour justifier l’urgence à rééquilibrer les négociations commerciales avec la grande distribution. D’autant que Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Guillaume Garot, ministre délégué à l’Agroalimentaire, ont annoncé la tenue d’une table ronde sur les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs, le 21 novembre.

Transparence et stratégie de la distribution toujours discutée

Face à de tels résultats, la Fédération nationale bovine (FNB) s’interroge : « La revente à perte étant interdite », comment les GMS parviennent-elles à un résultat négatif ? ». En fruits et légumes, Luc Barbier, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), explique que « ce n’est pas la justesse des calculs et des chiffres de l’Observatoire dont on doute. C’est le manque de transparence de la distribution ». En résumé, la FNB et la FNPF ont encore des doutes sur la transparence des données fournies par la distribution. « Les centrales d’achat de la grande distribution, n’ont-elles pas “oublié” ou masqué leurs vrais bénéfices », se demande la FNB. Interrogé à ce sujet par Agrapresse, Philippe Boyer, secrétaire général de l’Observatoire, insiste : « Les calculs de marge nette sont faits sur l’ensemble centrales d’achat/magasins. Nous n’avons rien oublié ».
La réaction des éleveurs ne s’arrête pas là. La FNB sera représentée à la réunion du 21 novembre et elle ira avec d’autres arguments en poche. « Si les données sont correctes et les marges nettes de la distribution effectivement négatives, c’est que la distribution fait mal son travail », analysent les professionnels de la filière bovine. « La distribution devrait commencer par réviser sa stratégie de rayon. Les promotions à prix cassés, ça ne valorise pas nos productions », précisent-ils. Une stratégie aussi montrée du doigt par les chambres d’agriculture : « Les distributeurs jouent-ils aux apprentis sorciers en sacrifiant la valeur de la production agricole au profit d’importations ou de promotions excessives ? ».

Pas de surprise en porcs et en volailles

Autre discours en charcuterie et volailles où les marges nettes de la distribution sont, elle, positives (respectivement +5,1% et +5,9%). Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP), rappelle que les charcutiers sont « prisonniers » de la grande distribution et que le rapport Chalmin le confirme. C’est à Guillaume Garot « de redonner les moyens réglementaires d’équilibrer les relations commerciales dans les filières ». Cela passera par la révision de la Loi de modernisation de l’économie (LME) dont il sera question le 21 novembre et dont il a été question le 14 novembre au conseil des ministres, notamment sur le renforcement des sanctions du contournement de la LME. En volailles, Christian Marinov, directeur de la Confédération française de l’aviculture (CFA), soutient que les résultats du rapport sont sans surprise. L’objectif est aujourd’hui d’avancer sur la répartition de la valeur ajoutée le long de la filière. « Il faut pouvoir répercuter les coûts de production jusqu’à la distribution », avait insisté Michel Prugue, président de la CFA, le 7 novembre dernier.
Quoi qu’il en soit, le rapport Chalmin a suscité de nombreuses réactions au sein de la profession agricole à quelques jours de la très attendue table ronde du 21 novembre. Mais pour les professionnels de l’élevage, la priorité est d’avancer sur le rééquilibrage des relations commerciales avec la grande distribution.

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