Abonné

ROYAUME-UNI Le référendum outre-Manche, un risque pour l'UE et les agriculteurs britanniques

- - 3 min

L'éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, qui dépendra des résultats de la consultation promise par David Cameron, grand vainqueur des élections législatives, serait une très mauvaise affaire pour les agriculteurs du pays, si l'on en juge par les projets du parti conservateur au pouvoir pour le secteur. En tout cas, l'UE est partie pour de longues discussions avec Londres qui risquent de la paralyser.

Après sa victoire incontestable aux élections législatives du 7 mai, le premier ministre britannique, David Cameron, va devoir respecter sa promesse d'organiser fin 2017, voire l'année prochaine, un référendum « pour décider de l'avenir (du pays) en Europe ». La perspective de cette consultation va se traduire par des négociations difficiles entre Londres et les autres États membres de l'UE, même si ces derniers sont quelque peu lassés par les revendications d'un partenaire qui a déjà obtenu bon nombre de dérogations et exemptions. Dont le très durable « chèque » obtenu par Margaret Thatcher pour compenser le coût de la Pac. Une éventuelle sortie de l'Union, le « Brexit » (« British exit »), serait plutôt catastrophique pour le revenu des agriculteurs britanniques, et pourrait précipiter celle de l'europhile Écosse du Royaume.

« Brexit »

Liz Truss est maintenue au poste de secrétaire d'État à l'environnement, l'alimentation et les affaires rurales dans le nouveau cabinet formé par David Cameron après sa victoire électorale. Un « Mani-feste pour le changement » publié en 2013 par le gouvernement conservateur et portant sur les conditions du maintien du Royaume-Uni dans l'Union donne, entre autres, une idée de l'approche qui pourrait être suivie au niveau national dans le domaine agricole en cas de « Brexit ». Bien entendu, la Pac y est considérée comme excessivement dépensière, mais elle est également critiquée parce que « les agriculteurs de l'UE sont aussi protégés par des droits de douane qui faussent les échanges, poussent à la hausse les prix au Royaume-Uni et menacent les producteurs du monde en développement ». Sur la période 2007-2013, les subventions de la Pac aux exploitants britanniques ont atteint en moyenne 3,2 milliards € par an, soit quelque 200 € par hectare et 35 à 50 % du revenu brut. Pour une majorité d'entre eux, elles représentent la différence entre profit et perte. Seuls les 10 % les plus efficaces pourraient survivre sans ce soutien européen.

Europe à géométrie variable

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

élections
Suivi
Suivre
élections législatives
Suivi
Suivre

Les concessions que va vouloir maintenant obtenir le Royaume-Uni de Bruxelles dans la perspective du référendum sur l'avenir du pays dans l'UE ne devraient pas porter spécifiquement sur la Pac. Bien que le débat sur la simplification de cette politique risque d'être l'occasion pour lui de réclamer encore plus de flexibilité dans l'application au niveau national (1). Une flexibilité qui, au demeurant, séduit aussi d'autres États membres (2).

En revanche, les tractations, financières et autres, qui s'annoncent risquent de faire vivre à l'UE de longs mois de paralysie, même si les partenaires de Londres jugent pour la plupart très difficile de donner encore plus à un pays qui a déjà obtenu dans de nombreux domaines l'Union à géométrie variable à laquelle il aspire.

(1) Voir même numéro

(2) Voir n° 3496 du 11/05/15