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Prix agricoles Le reflux

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Retour à des stocks importants de produits laitiers, hausse de production et reflux des prix des grandes cultures, stabilité des prix des viandes cet été, forte baisse des prix des pommes de terre… la rentrée agricole de cet automne 2008 est aux antipodes de celle de l’an dernier. À la «flambée » des prix qui, fin 2007 et début 2008, a marqué les marchés et les médias succède une situation presque inverse. Les prix sont à la baisse, même s’ils sont loin de rejoindre les niveaux antérieurs à ceux de début 2008. «Les prix vont rester durablement hauts mais ils ne vont plus augmenter », explique le ministre de l’Agriculture Michel Barnier. Pour le monde agricole, en tout cas, l’euphorie qui marquait les producteurs de grandes cultures n’est plus au rendez-vous. Dans certains secteurs comme le lait, ce nouveau contexte est même l’occasion de conflits entre industriels et leurs fournisseurs.

La flambée des prix agricoles est stoppée. S’ils restent, pour certains produits, à des niveaux élevés, ils ont cessé de progresser comme ils le faisaient encore au printemps. Dans bien des cas, ils se situent dans des étiages d’avant la flambée. À 178 euros tonnes, la cotation du blé tendre (rendu Rouen) se retrouve au niveau de celle de juillet 2007 ; même phénomène pour le maïs ; le colza et le sucre restent, eux, à des niveaux sensiblement supérieurs à juillet de l’an dernier. Mais il faut savoir qu’à 398 dollars la tonne cotée à Londres, le sucre se retrouve tout juste au prix de novembre 2006. Ce produit qui, jadis, faisait les beaux et mauvais jours des spéculateurs, n’a pas suivi le sillage des hausses de fin 2007-début 2008.

Retour à 2005 pour le lait

Il n’y a pas que les grandes productions végétales qui deviennent plus sage. Si le conflit laitier opposant Entremont et ses producteurs a été si vif, c’est qu’il se situe dans le contexte d’un marché qui commence à déprimer. Les grands produits industriels voient leurs cotations s’effondrer et rejoindre les niveaux de… 2005. Exemple, le beurre : à 2 770 euros la tonne, la cotation moyenne de juillet dernier est largement au-dessous de celle de juillet 2007 (3 450 euros). Légèrement supérieure à celle de 2006 (2 416 euros), elle est équivalente à celle de l’année précédente (2 762 euros). La situation est similaire pour les autres grands produits industriels laitiers. Pour le lactosérum, c’est même un véritable effondrement. Pour les produits vendus au détail, on n’en est pas encore là. Sur un an, la hausse des prix est encore d’environ 8 % ou 9 % pour les yaourts, produits laitiers frais, beurre ou fromages. Mais une correction risque vite d’arriver car la consommation s’effondre. Depuis août 2007, la consommation d’ultra-frais s’affiche presque systématiquement à la baisse ; les ventes de fromages sont elles aussi à la baisse depuis début 2008. À la faveur de la loi LME et des négociations pour 2009, les grandes surfaces, tous les industriels en témoignent, se font particulièrement dures. C’est bien pour cela que des industriels comme Entremont, qui n’avaient pas vu l’intensité du retournement conjoncturel, demandent une plus grande flexibilité dans la fixation des prix du lait à la production.

Les autres domaines agricoles logent, peu ou prou, à la même enseigne. Le prix de la pomme de terre bintje se retrouve aujourd’hui, à 92 euros la tonne, en dessous des 250 euros de 2006/2007 et même des 131 euros de 2005/2006.

L’offre s’adapte

Qu’est-ce qui explique ce reflux ? Pour l’essentiel, la vitesse à laquelle s’est adaptée l’offre agricole à la demande. Celle-ci reste soutenue. La consommation des pays émergents, celle de la Chine, la demande complémentaire provenant des producteurs de biocarburants… Tous ces facteurs restent à l’ordre du jour. Ce qui change, c’est la production, tant du fait de la volonté des hommes que du climat.

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blé tendre
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Au niveau mondial, 433 millions d’hectares ont été ensemencés en céréales pour la campagne 2007/2008, soit une progression d’1,1 % par rapport à la campagne précédente. Cette légère hausse des surfaces, plus nette en blé (+3,6 %), s’est accompagnée de conditions climatiques plutôt favorables partout dans le monde. Conclusion : en ce début de campagne, les cours des céréales sont partout orientés à la baisse du fait d’une production mondiale record (lire page 4). En France, la hausse des surfaces est encore plus nette : 9,5 millions d’ha y ont été ensemencés en céréales en 2008 contre 9 millions en 2007. Toutes les tensions ne sont pas pour autant évacuées. La récolte remonte, mais la consommation est appelée à rester importante. Au final, les stocks mondiaux ne se reconstitueront qu’en partie. Ce qui devrait limiter la baisse des prix. Mais le mouvement de baisse est lancé.

Retour des stocks

Le cas du lait est également révélateur de la vitesse à laquelle la production s’adapte. Fin 2007, c’était l’inquiétude dans les organisations laitières. La France allait manquer de lait. Toute la filière, alors, se mobilise et les pouvoirs publics viennent en aide pour rendre possible et moins coûteux des dépassements de quotas. Résultat, explique-t-on chez Atla (Association de la transformation laitière) : la hausse de la collecte atteint 7 % au premier semestre 2008. Certains industriels, dans l’Ouest notamment, auraient connu des hausses de 20 %. Du coup, les machines à fabriquer du beurre ou de la poudre tournent à plein régime. Les surplus de lait sont vendus sur le marché spot. Les stocks s’accumulent. Les résultats des entreprises, eux, fondent (baisse de 57 % du résultat de Bongrain). On compte sur l’été pour résorber les stocks mais ils restent importants. En cette veille d’automne – printemps pour l’hémisphère sud –, on attend en plus la pleine saison de production de pays comme la Nouvelle-Zélande (+7% prévus) et l’Australie (2 %). La Chine elle-même serait devenue exportatrice de poudre de lait. En France, les industriels voient avec souci arriver les nouvelles négociations avec les grandes surfaces. La baisse de consommation, de même que la montée en puissance du hard discount, ne leur laissent augurer rien de bon.

Aucun expert ne s’attend, cependant, à ce que les prix agricoles atteignent les cours d’avant la flambée. «Les prix vont rester durablement hauts mais ils ne vont plus augmenter », estime pour sa part le ministre de l’Agriculture Michel Barnier. Toute la question est donc de savoir à quel niveau vont se stabiliser les prix… si même ils se stabilisent.