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Recherche Le réseau ENDURE continue sa mission et produit ses premiers résultats

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Bilan positif pour le réseau européen ENDURE, lancé en 2007, dont l’objectif est de rendre l’agriculture moins dépendante des produits phytosanitaires. Les travaux menés ces trois dernières années à l’échelle internationale ont permis des avancées qui vont se concrétiser sous différentes formes. Aussi, l’Inra a décidé de maintenir le réseau, même si le financement de Bruxelles s’arrête.

«Le mot d’ordre d’ENDURE était de passer d’une protection qui repose sur la lutte chimique à une protection s’appuyant sur un éventail de méthodes plus large », a expliqué Pierre Ricci, chercheur à l’Unité prospective de l’INRA, lors du bilan du réseau, le 26 novembre à Paris.
« En fait, la recherche a obtenu des résultats intéressants mais ces derniers n’ont pas d’effet significatif sur les pratiques des agriculteurs. Il faut comprendre pourquoi. La recherche doit être renforcée vers la mise en application », a poursuivi Pierre Ricci. Ne serait-ce que pour répondre à « une directive cadre sur l’utilisation durable des pesticides » qui « vise à réduire l’usage des pesticides ». « Elle a été traduite en France par le plan Ecophyto 2018. L’article 14 de ce plan prévoit le principe de la protection intégrée des cultures. C’est une approche de gestion des bio-agresseurs qui prend en compte tous les aspects », a poursuivi le chercheur.

Un réseau de 300 chercheurs dans 10 pays

Concrètement, le réseau ENDURE, qui regroupe 300 chercheurs avec des spécialités différentes, issus de 16 institutions dans 10 pays européens, a mené neuf études inédites à l’échelle européenne qui portent sur les maladies aériennes du blé, le désherbage du maïs, la protection des vergers, les problèmes phytosanitaires des vignobles… Des problèmes tous générateurs d’une forte utilisation des pesticides.
« En comparant entre pays européens les problèmes des bio-agresseurs et les pratiques de protection des cultures, ces études ont permis de partager des solutions explorées localement et d’évaluer leur potentiel d’application à une échelle plus large », explique l’Inra. « Sur le blé par exemple, en plus des différences climatiques, interviennent des facteurs comme le choix des techniques de production et le recours aux variétés résistantes, l’organisation du conseil agricole, l’existence de système nationaux de prévision des risques et d’expérimentation, mais aussi la taille et la structure des exploitations », poursuit l’institut.

Les premières études génèrent les premiers outils

« Nous allons essayer de créer une méthodologie pour permettre à des chercheurs de se retrouver en ateliers de travail », explique encore Pierre Ricci. « Notre regard va dans différentes directions : système d’agriculture de précision, lutte biologique, variétés résistantes, processus de régulation des bio-agresseurs, rotations… », ajoute-t-il.
L’institut a également jeté les bases de nouveaux outils d’aides à la décision pour appliquer l’agriculture de précision à l’optimisation des traitements. Ressources expérimentales, bases de données, modèles et outils produits par le réseau ont été rassemblés dans une ressource partagée, le Laboratoire virtuel, afin de servir les recherches à venir. On y trouve une base de données sur l’écologie de 21 espèces d’adventices, une plateforme de partage d’informations pour venir en appui à la gestion intégrée des maladies du blé ainsi qu’une plateforme collaborative pour harmoniser la caractérisation des bio-agresseurs et l’évaluation de leurs dommages.

Un rôle d’expert auprès des autorités

ENDURE a choisi d’adresser ses résultats en priorité aux conseillers techniques et réalise des guides pratiques à leur attention. Il a créé un centre d’information consultable en ligne donnant accès aux méthodes les plus efficaces expérimentées à travers l’Europe.
Comme le lui demandait la Commission européenne, le réseau a également apporté un éclairage scientifique pour la mise en œuvre du « paquet pesticides ». Il a produit une prospective sur la protection des cultures en Europe en 2030 qui aide à orienter les systèmes de protection des plantes.
Même si les financements de l’Union européenne se sont arrêtés, les 16 institutions partenaires du réseau ont voulu continuer ENDURE, sous forme d’un groupement de recherche européen, « pour constituer en Europe le point de référence scientifique en protection des cultures ». L’Inra a ouvert un poste à plein temps pour gérer ce réseau. L’institut va maintenir les outils en place sur fonds propres et chercher un partage des ressources. Il envisage la création de forums et l’initiation de séminaires nationaux avec des actions concrètes. Un premier séminaire est prévu en 2011. Des projets de recherche sont également en cours de création avec des partenaires industriels.

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