Comme ses concurrents et peut-être même encore plus, car elle s’intéresse au travail du sol simplifié, l’entreprise suédoise Väderstad, spécialisée dans les semoirs et les outils de travail du sol, profite de l’embellie qui touche le secteur du machinisme agricole. Ses exportations se développent, son chiffre d’affaires également.
Quelque 152 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2007, soit 43 % de hausse par rapport à 2006, et 200 millions d’euros prévus pour 2008. L’entreprise suédoise Väderstad, spécialisée dans la construction de semoirs et d’outils de travail du sol, affiche une santé éclatante. « Pour les quatre premiers mois de l’année, notre chiffre d’affaires progresse de 44 % par rapport à l’an passé », a indiqué Christina Stark, directrice générale du groupe depuis deux mois, lors d’un voyage de presse organisé au siège de l’entreprise les 16 et 17 juin. Comme ses concurrents, la société a des carnets de commande pleins à ras bord. Une situation qui devrait durer encore au minimum un an. Il faut dire que cette petite entreprise familiale créée en 1962 par Rune Stark, agriculteur à Väderstad, et actuellement dirigée par ses quatre enfants (Christina, Bo, Andreas et Krister) occupe un créneau porteur : le semis simplifié. « Avec la hausse du prix du fuel, les agriculteurs cherchent à réduire leur consommation de diesel à l’hectare », analyse Lars Thylen, en charge du développement des produits. Or, le semis simplifié, qui permet de réduire le nombre de passage, est l’un des moyens à leur disposition.
De grandes fermes comme clients traditionnels
Depuis ses débuts, la société s’est positionnée sur le créneau du matériel haut de gamme, privilégiant la robustesse et l’innovation au prix. En 2007, son budget recherche et développement représentait 11 % de son chiffre d’affaires. Toute la production est localisée en Suède, pour profiter d’un savoir-faire haut de gamme et conserver des liens étroits avec les équipes de développement. Assez naturellement, ce sont donc les fermes de plusieurs centaines d’hectares qui forment la cible de Väderstad. Si la Scandinavie constitue toujours son premier marché et l’Europe de l’Ouest son débouché traditionnel, des filiales dynamiques se sont développées dans les pays de l’Est de l’Europe où les fermes sont de grande taille. En Hongrie et dans les pays baltes, la firme s’estime leader du marché des semoirs et des outils de préparation du sol.
Boom en Russie
« Nous sommes arrivés tôt sur ces marchés, dès 1998 », observe Christina Stark. Et les conditions agronomiques sont proches de celles rencontrées en Suède. « Les sols lourds, argileux, parfois pierreux, exigent comme chez nous un matériel lourd et robuste », explique Johan Orrenius, directeur des ventes et du marketing. La société a également fait une percée fulgurante en Russie. Elle vend depuis cinq ans son matériel dans le pays grâce à un importateur mais ne s’est installée que depuis deux ans à Krassnodar. Or, en 2007, les agriculteurs russes sont devenus les premiers clients de l’entreprise. Les ventes ont atteint 18 à 20 millions d’euros, contre 16 millions d’euros seulement en Suède, le marché de prédilection de Väderstad. Au-delà du matériel lui-même, les acheteurs semblent séduits par le service après-vente que fournit la société, une clé essentielle pour pérenniser la clientèle russe.
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Viser les fermes de 150 hectares
La société suédoise compte sur le renversement de tendance que vivent les marchés agricoles depuis plus d’un an pour conquérir de nouveaux clients. « En 2006, les fermes de 150 hectares perdaient de l’argent, analyse Johan Orrenius. Mais en 2008, elles vont en gagner et pouvoir investir ». La société se prépare donc à lancer des matériels de plus petite taille. Le Cultus, un outil de pseudo-labour, devrait par exemple être commercialisé dans une version de 3 à 4 mètres contre un minimum de 4 mètres actuellement. Il pourrait notamment convenir au marché français. La société a bien sûr d’autres idées dans sa besace. « Nous avons en moyenne 3 à 4 projets dans les tuyaux du service développement », estime Johan Orrenius. Parmi les pistes de réflexion : développer des outils adaptés à des conditions très sèches et améliorer leur flexibilité.
Rester centrer sur ses fondamentaux
Väderstad n’est en tout cas pas inquiet pour son avenir. Notamment parce que le semis direct ou simplifié est tout à fait compatible avec le changement climatique, la hausse des prix du fuel ou des engrais. Pour Lars Thylen, la technique aide à lutter contre l’érosion ou les pluies torrentielles. Le spécialiste s’attend au développement de la « double culture », qui consiste à mettre en place une première production à l’automne récoltée en juin, suivie immédiatement d’une seconde culture récoltée en septembre. « Les machines serviront deux fois plus », observe-t-il. Ce qui augmentera leur rentabilité… Et leur attractivité. Lars Thylen mise également sur le développement de la fertilisation azotée au semis, une option que la société propose depuis longtemps sur ses outils. Quasiment généralisée en Suède, cette technique a du mal à percer en France, car elle demande un investissement supplémentaire à l’agriculteur et n’est pas dans les habitudes. Mais elle permet de limiter encore un peu plus les passages, donc la consommation d’énergie, et éventuellement les besoins en azote.
La société compte en tout cas rester centrée sur ses fondamentaux. Hors de question d’attaquer d’autres segments de marché que le travail du sol, de délocaliser la production ou d’ouvrir le capital à des investisseurs extérieurs. « Nous travaillons dans ce que nous savons faire », résume Christina Stark.