Aussitôt annoncée par la commissaire européenne Mariann Fischer Boel, la mesure de retrait de 12 % prévue pour la prochaine campagne a été jugée « regrettée mais nécessaire » par la CGB (Confédération générale des betteraviers), selon les termes de son directeur général Alain Jeanroy. Elle permettra surtout une meilleure gestion des ensemencements et du marché, compte tenu de l’insuffisance des abandons de production dans le cadre de la restructuration sucrière européenne. Mais, insiste la CGB, équilibrer le marché implique aussi une aide à l’exportation suffisante pour atteindre ce que nous autorise l’OMC ; de même qu’une amélioration de l’encouragement à la restructuration européenne.
La restructuration sucrière européenne ne va pas assez vite, il va donc falloir des ajustements conjoncturels pour équilibrer le marché. Les betteraviers français en ont pris acte à l’occasion de l’annonce par la commissaire européenne Mariann Fischer Boel de la mesure de retrait de 12 % prévue pour la campagne 2007-2008. « Nous regrettons ce retrait, affirme Alain Jeanroy, DG de la CGB, il aura un impact négatif sur le revenu des betteraviers, mais il est nécessaire pour équilibrer le marché. »
Ce retrait devra être effectif par rapport à la production sous quota, mais les betteraviers sont rassérénés par le fait que la commissaire européenne a bien indiqué que la quantité concernée pourrait être vendue comme du sucre hors quota pour des utilisations industrielles (bioéthanol, chimie, etc.). Il ne sera réellement pénalisant que pour les producteurs qui n’ont aucun débouché hors quota, ce qui est peu le cas en France.
Équilibrer le marché
D’où vient en fait le problème ? De l’insuffisance d’impact de la restructuration sucrière européenne. Aidés par un fonds mis en place lors de la dernière réforme du marché, les sucriers européens les moins compétitifs étaient censés abandonner la production, tant côté industriels que côté planteurs. L’objectif était une réduction de 4 à 5 millions de tonnes d’ici la campagne 2007-2008. On n’en est qu’à 1,8 million de tonnes. Il faut donc soulager le marché faute de quoi les prix risquent de s’effondrer et les excédents s’accumuler. C’est dans ce contexte que se situe la mesure de retrait de 12 % annoncée par Mariann Fischer Boel, soit 2 millions de tonnes environ. La quantité définitive sera fixée en octobre prochain. (Pour la campagne actuelle 2006-2007, un retrait avait également été décidé, de 15,3 %. Avec un surcroît d’exportation, les stocks devraient être maintenus dans une proportion normale).
Exporter le contingent OMC
Si les betteraviers acceptent de payer leur écot à l’équilibre des marchés, ils insistent pour que des mesures complémentaires indispensables soient prises. D’une part, que l’Union européenne consacre un budget suffisant pour soutenir les exportations maximales autorisées dans le cadre de l’OMC, soit 1,3 million de tonnes environ. Un budget qui pourrait représenter 400 millions d’euros.
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D’autre part, ils demandent que soit relancé et amélioré le dispositif d’aide à la restructuration sucrière, dispositif sur lequel reposait une grande part de la réussite de la dernière réforme sucrière. Mariann Fischer Boel semble d’accord puisqu’elle a demandé à ses services d’analyser le fonctionnement du Fonds de restructuration afin de trouver les moyens de le rendre plus efficace. Du fait de son manque d’efficacité, ce fonds est encore bien doté : il a dû, justement, verser moins d’aide que prévu (730 euros la tonne) tandis que ses recettes, proportionnelles à la quantité produite, devraient être supérieures à ce qui était prévu. L’Union européenne a donc les moyens d’encourager plus fortement la cessation de production pour les opérateurs les moins compétitifs.
Réduction sous condition
Faute de résultats suffisants, Mariann Fischer Boel a prévenu qu’une réduction linéaire des quotas pourrait intervenir. Les betteraviers ne l’excluent pas, à condition que cette réduction soit au maximum de 10 %, qu’elle fasse l’objet d’une indemnisation, et qu’elle prenne effet dès la récolte de 2008.
En tout cas, tout ceci montre que l’application de la récente réforme sucrière fait l’objet d’un dialogue et d’une compréhension mutuelle entre les betteraviers et la Commission européenne. À une exception près : les planteurs ne comprennent absolument pas que la Commission prévoit l’importation d’un contingent de 200 000 tonnes de sucre à droit zéro à destination de l’industrie chimique. Une décision qui pourrait être prise au comité de gestion du 8 février. En l’état actuel du marché, fait remarquer la CGB, ce n’est pas le moment d’importer de tels contingents alors qu’il ne manque pas de sucre en Europe pour faire face aux besoins industriels.