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Herbicides Le Roundup est toxique sur des cellules de placenta humain

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Le Roundup est toxique sur des cellules de placenta humain à une dilution 100 à 1 000 fois inférieure à la solution de Roundup épandue (dilution pour l’usage agricole) selon les résultats d’une étude publiée fin février dans la revue scientifique américaine Environnemental Health Perspectives (S. Richard et collaborateurs). Elle est signée de l’unité mixte de l’Université de Caen associée à l’Inra, travaillant sur le thème « Pesticides, reproduction et cancer ».

L’étude de l’Université de Caen fait suite à une autre étude, américaine, rapportant des problèmes de grossesse chez des agriculteurs utilisateurs de glyphosate. Pour tenter de comprendre les effets de l’herbicide sur les cellules humaines, les chercheurs de l’équipe de recherche de Caen ont réalisé deux expériences. La première consistait à soumettre une lignée de cellules de placenta humain à une solution de Roundup (à 360 g/l de glyphosate). La deuxième consistait à soumettre les cellules à une solution de glyphosate seul, non formulé avec le même dosage en matière active. Et cela afin de faciliter les comparaisons. Résultat : si la mortalité cellulaire reste limitée pour une solution de glyphosate (de 0 à 20 % de mortalité cellulaire pour des dilutions variant de 0,1 % à 2 %), il n’en est pas de même pour le Roundup. La mortalité des cellules de placenta atteint alors 50 % à une dilution de 0,2 % et va même jusqu’à 100 % à une dilution de 0,4 % en 18 heures.

Rôle des surfactants

La DL50 (ou dose qui engendre 50 % de mortalité cellulaire) est au moins deux fois inférieure pour le Roundup que pour le glyphosate. Ce qui veut dire que le Roundup est entre deux et six fois plus toxique que sa matière active seule. « C’est bien le rôle des adjuvants ou des surfactants qui aident la matière active à pénétrer dans la cellule pour une plus grande activité. Ces surfactants agissent de la même façon sur la cellule humaine que sur la cellule végétale », explique le professeur en endocrinologie moléculaire Gilles-Eric Séralini, qui a piloté ces travaux.

Pour confirmer le rôle des surfactants, les chercheurs ont ajouté une quantité infime de Roundup (0,1 %) à la solution de glyphosate. Et aussitôt la toxicité a augmenté significativement. « Lorsque le glyphosate se retrouve dans les cours d’eau ou dans l’organisme vivant, il est sans doute capable de se recombiner avec les détergents de lessive ou des molécules plastiques, ce qui facilite sa pénétration dans les cellules humaines », continue le professeur.

Autre résultat obtenu : la toxicité augmente avec la durée d’exposition. Ainsi, à la même dose, l’effet est plus marqué après 18 heures d’exposition qu’après une heure d’exposition.

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Perturbateur endocrinien

Les chercheurs ont ensuite tenté de mesurer l’effet dans le système endocrinien du Roundup et de sa matière active sur la cellule humaine, à des dilutions 10 fois inférieures aux précédentes. Ils ont montré qu’après 18 heures d’incubation, le Roundup agit comme un perturbateur endocrinien en bloquant l’action d’une enzyme dite aromatase. « Cette enzyme est cruciale dans la formation des organes génitaux chez le fœtus. Elle a un rôle dans la reproduction. Par ailleurs, 60 % des cancers du sein sont traités en maîtrisant cette enzyme », explique Gilles-Eric Séralini.

Une lacune dans le système d’autorisation européen

Le chercheur insiste sur l’originalité de ses travaux : c’est la première fois que l’on a mesuré les effets du Roundup sur des cellules humaines. Mais le placenta humain peut-il être en contact avec le Roundup aux concentrations étudiées ? « Pas forcément, reconnaît le professeur, mais le risque existe, d’autant que la durée d’exposition augmente le niveau de toxicité ».

Le fait d’avoir systématiquement comparé le produit commercial et sa matière active seule a également pour but de démontrer aux autorités européennes les lacunes de la législation européenne (directive 91/414), qui autorise au niveau de l’Union européenne uniquement les matières actives et non les produits formulés. De ce fait, les études de toxicité réalisées par les fabricants en vue d’obtenir une autorisation de Bruxelles concernent la matière active seule ou les adjuvants séparément. Ce sont ensuite aux Etats membres d’autoriser les produits commerciaux. « De plus, les surfactants sont considérés comme des diluants alors qu’ils sont synergisants (ils renforcent l’effet de la matière active, insiste le professeur en endocrinologie. Donc la formulation agit sur le niveau de toxicité de la matière active ».