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Le Salon de l’agriculture reste un miroir de l’évolution du secteur

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Aujourd’hui qualifié de « foire », parfois de « parc d’attractions », le Salon international de l’agriculture a changé de visage au fil des ans. De l’agriculture, il s’est tourné vers l’agroalimentaire et s’oriente de plus en plus vers le grand public. Lieu de rencontres et de débats, il reste cependant un incontournable, donnant pendant une semaine un coup de projecteur sur une profession agricole en pleine évolution.

Au fil de ses 53 ans d’existence, le Salon de l’agriculture (Sia) a changé de visage, à l’image de l’agriculture. Dans le hall des institutionnels, cette année, un drone vole sur un large stand jaune colza – plus large que celui de la Confédération paysanne – et tout un espace est dédié à l’agriculture connectée. Farming simulator, un jeu vidéo, attire le public dès l’entrée, en face d’un immense écran diffusant des images des spectacles du Puy du Fou. « Globalement, les stands se sont réorientés vers le grand public, notamment les organismes de recherche », observe une salariée d’un institut technique. Elle vient depuis 24 ans au Salon. « Cela se traduit par un changement de discours et d’offres sur le stand, quitte à être un peu décalé pour attirer le visiteur. Avant, nous travaillions beaucoup avec les professionnels. Des étudiants venaient chercher des stages. » Claude Cadoux, éleveur de charolais et présent depuis 1981 au salon, regrette ce virage : « Avant c’étaient 99 % de professionnels, maintenant c’est 99 % du grand public. La séparation du Sia et du Sima [en 1991, N.D.L.R.] a coupé le professionnalisme. » Pourtant, les concours agricoles du Salon restent des incontournables pour les éleveurs. « Nous sommes obligés d’être là pour l’image de marque ». Il note l’arrivée de Lidl, il y a deux ans, celle de McDonald, il y a seize ans, et celle de Charal il y a six ans. « Nous sommes maintenant à côté de tous ceux qui nous mangent la laine sur le dos ! », s’exclame-t-il avec amertume.

La distribution et les industriels prennent leur place

C’est Auchan, il y a vingt ans, qui a été la première enseigne de distribution à rentrer au salon, selon Christophe Brossault, responsable de Filière responsable chez Auchan. « Nous y avions été invités par la S4R, commercialisant du veau d’Aveyron et du ségala. Ici ce n’est pas le stand Auchan, c’est un stand partagé ». Pas facile à trouver, d’ailleurs, ce stand partagé ! Il reconnaît qu’une seule fois Auchan a eu son propre stand, mais que le groupe n’a jamais réitéré l’expérience. Leclerc, lui, n’est jamais venu. Danone est là depuis plus de 15 ans, sur un stand de 350 m2 « pour accueillir un large public », note Emmanuelle Despres, directrice de la communication. Elle explique que cette année, « la présence de Danone au salon a été un vrai choix stratégique. Nous en avons pris la décision l’été dernier, en pleine crise agricole. Nous n’allions pas nous cacher, nous sommes un partenaire de la filière. De plus, il était urgent de reprendre une communication positive autour du yaourt. C’est une catégorie de produit dont la consommation décroît, moins ancré dans le quotidien des gens. Notre présence, c’est aussi un signe de transparence. Nous assumons ce que nous faisons. » La transparence, un argument que donne aussi le groupe Bigard à travers son stand Charal qui ne reçoit pas moins de 50 000 visiteurs par an.

Les stands migrent de hall au fil des Salons

Pour tous, être au salon, c’est pouvoir discuter avec les partenaires des filières, les consommateurs et les journalistes. Selon l’une des personnes interrogées, « le Sia est un incontournable car c’est l’un des seuls moments où nous sommes visibles pour le grand public. De plus, nous sommes présents avec tous nos partenaires. C’est aussi un lieu de rencontre, différent des autres moments, plus convivial, plus informel. Cela, par contre, n’a pas évolué. C’était déjà comme ça, il y a vingt ans. » C’est ce lieu de rencontre que vise aussi la Commission européenne, dont le stand cette année se trouve dans le hall des bovins, ovins et porcins (hall 1) et non dans le hall des institutionnels (hall 4). Le stand des vétérinaires a fait étonnamment le chemin inverse depuis plusieurs années. Situé depuis plusieurs années à proximité de la mini-ferme pédagogique, l’ensemble a vocation à attirer les enfants en bas âge et leur famille auprès des institutions. Les « anciens » comme les stands des syndicats, des notaires, de la MSA, du Crédit Agricole, de Groupama, de la Safer, voient arriver avec étonnement les panneaux photovoltaïques ou le cabinet d’avocat Jeantet & Associés. Présent depuis quatre ans, le cabinet a « de nombreux de clients dans ce secteur, tant en amont qu’en aval » et reconnaît « un environnement juridique de plus en plus complexe », selon l’un de ses membres. Il est le seul cabinet d’avocat présent sur le Sia, « un événement important que nous souhaitons pérenniser ».

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Un Salon de plus en plus cher pour la profession agricole

La présence régulière du ministère de l’Intérieur au Salon et l’absence de celui de l’Environnement interrogent également. Pas de stand de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) non plus ou encore concernant les traitements des déchets. Certains institutionnels se questionnent sur leur présence l’an prochain. Le salon coûte cher. L’Institut de recherche et développement (IRD) est absent depuis plusieurs années. Les Instituts techniques agricoles (Acta) et l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) ont disparu. Les organismes mutualisent leur stand, cherchent des sponsors comme le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l’Agence française de développement (AFD) avec Radio France international (RFI), ou encore l’Aprodema (agence d’emploi en agro-équipement) aidée financièrement par l’industriel Kubota. Les sources concordent : 1 m2 de salon reviendrait à 1 000 € environ voire plus. Si le montant rentre dans les budgets des entreprises privés, cela devient de plus en plus difficile pour certaines organisations professionnelles agricoles ou associations de race. Peluches, sécateurs, spas, bulbes de plantes, ceintures, vêtements, etc. grignotent petit à petit leur place. Le Salon attire toujours les citadins, malgré son prix, heureux de repartir avec des sacs Lidl, estampillé « Sur la route du Made in France ». Une nouveauté cette année, le visiteur peut lire près des vaches, sur de larges banderoles noires : « Je suis éleveur. Je meurs »…

Élevage : « Cette année, ce n’est pas un salon comme les autres » pour la FNB

« Le Salon est historiquement une fête de l’agriculture. Cette année, c’est différent. […] Nous n’avons pas abordé ce salon de façon ordinaire », explique Pierre Vaugarny, secrétaire général de la Fédération nationale bovine (FNB). « Plus que jamais, nous avions une responsabilité sur ce salon par rapport aux éleveurs qui nous regardent. C’est un salon porteur de message. Nous avons voulu un salon très digne », continue-t-il. Du côté du Herd-Book Charolais, la question du « boycott du Salon » est également abordée en conférence de presse le 3 mars. « Mais le Salon est une vitrine, une tribune aussi et les éleveurs avaient préparé leurs animaux », justifie Pascal Langevin, président du Herd-Book quant à la présence de l’association de race.