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Le scotch assouplit ses règles de production

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La législation s’appliquant au whisky écossais autorise désormais d’avoir recours à des fûts déjà utilisés pour d’autres spiritueux que ceux à base de raisin. Une mesure réclamée de longue date par Diageo qui va pouvoir élargir ses gammes.

Le 15 juin dernier, la Scotch Whisky Association (SWA, le syndicat du secteur) officialisait un assouplissement des règles de production de la boisson emblématique de l’Écosse. Désormais, les producteurs pourront se servir de fûts de chêne déjà utilisés pour maturer d’autres spiritueux que ceux à base de raisin, ce qui était interdit jusqu’à présent. Cette décision intervient après des années de lobbying mené par des grands groupes auprès du syndicat. Parmi eux, le britannique Diageo, numéro un mondial des vins et spiritueux et premier producteur de scotch au monde, fervent partisan de la mesure. Désormais, ce dernier connu pour sa marque de scotch Johnnie Walker, pourra utiliser les anciens fûts de tequila de sa marque Don Julio pour faire vieillir son scotch, après en avoir déjà fait la demande à de multiples reprises. À la clé pour le géant des boissons alcoolisées, la perspective d’élargir sa gamme et ainsi s’ouvrir de nouveaux marchés en proposant de nouvelles saveurs.

Pas question cependant de dénaturer le scotch. Pour garder l’appellation, le whisky doit toujours être fabriqué dans les règles de l’art, avec de l’eau et de l’orge maltée provenant exclusivement d’Écosse, d’une teneur en alcool d’au moins 40 % et vieilli en fûts de chêne pendant au moins 3 ans. Il doit aussi conserver ses caractéristiques typiques de couleur et de goût.

Cet assouplissement intervient dans un contexte de perte de vitesse pour le scotch. Bien que toujours dominant, il a vu sa part de marché mondiale passer de 54 % en 2013 à 47 % en 2018, selon les chiffres de la SWA. Confrontés à une concurrence mondiale, donc non soumise aux mêmes régulations et cahier des charges, les producteurs écossais cherchent à gagner en compétitivité tout en préservant ce qui fait la popularité de leur whisky. Pour Karen Betts, la dirigeante de la SWA, « cet amendement clarifie et donne de la flexibilité sur la gamme de fûts dans lesquels le whisky écossais peut être maturé. Ce changement est cohérent avec notre héritage et nos traditions et renforce nos bases pour l’avenir. » Dans le rapport annuel du syndicat, celle-ci se réjouissait d’une excellente année 2018. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : +7,8 % d’exportation en valeur (4,7 Mrd£, soit 5,23 Mrd€) et +3,6 % en volume (1,28 Mrd de bouteilles). Malgré tout, les incertitudes soulevées par le Brexit forcent la SWA à la prudence. Ces derniers mois, la SWA a essayé de peser de tout son poids auprès des législateurs britanniques en faveur d’un accord avec l’Union européenne.

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Irina Lafitte

Diageo pourra utiliser d’anciens fûts de tequila pour faire vieillir son scotch