En dépit de la fermeture du marché russe, le 7 août 2014, les exportations agroalimentaires de l'UE, qui ont chuté de près de 43 % sur cette destination, ont globalement progressé de 5 % entre cette date et mai 2015, comparé à la même période de l'année précédente, selon les chiffres publiés par la Commission européenne douze mois après l'instauration de l'embargo décrété par Moscou.
Un an après l'instauration de l'embargo russe sur les produits en provenance de l'UE, « il est clair que la filière agroalimentaire européenne a remarquablement bien résisté », a assuré la Commission de Bruxelles le 6 août, ajoutant que, « dans la plupart des régions, la majorité des secteurs affectés a été capable de trouver des marchés alternatifs, dans l'Union ou au-delà ».
Alors que la Russie représentait 10 % des exportations agroalimentaires de l'UE en 2013 (et les produits sous embargo 4 %), précise la Commission, les exportations totales dans ce domaine ont progressé en valeur de 4,8 %, à 105,6 milliards €, d'août 2014 à mai 2015 par rapport à la même période de l'année précédente, selon les chiffres les plus récents.
Dans le même temps, les ventes à la Russie ont régressé de 42,7 %, à 5,4 Mrd €.
Les gains les plus importants ont été enregistrés sur les marchés des États-Unis (+15,1 %, à 14,9 Mrd €), de la Chine (+30 %, à 7,4 Mrd €), de la Suisse (+3,6 % à 6,2 Mrd €) ainsi que sur d'autres débouchés asiatiques tels Hong Kong (+24,8 % à 4,3 Mrd €) et la Corée du Sud (+30,8 % à 2,1 Mrd €).
Parmi les produits sous embargo russe, la viande s'en est particulièrement bien sortie, avec une augmentation des exportations, précise Bruxelles. Les ventes de produits laitiers et de fruits et légumes ont, en revanche, diminué respectivement de 10 % et 12 %, « ce qui n'est pas surprenant compte tenu des volumes importants destinés auparavant à la Russie », mais les exportations vers les autres pays tiers ont « fortement progressé ».
Destruction
« À partir d'aujourd'hui, les produits agricoles, matières premières ou nourriture venant d'un pays ayant imposé des sanctions à la Russie ou à ses citoyens (...) et qui sont interdits sur le territoire russe doivent être détruits », a annoncé le 6 août le ministère russe de l'agriculture, conformément à un décret publié le 29 juillet par le Kremlin.
Cette décision a alimenté les critiques dans le pays, venant de la société civile et de personnalités de tous horizons politiques. Le 13 août, le Parti communiste russe a proposé de distribuer ces produits aux pauvres, estimant que leur destruction était une « mesure extrême, excessive ».
Par ailleurs, la police russe a annoncé le 18 août le démantèlement d'un réseau « criminel international » qui a produit pour 30 millions de dollars de fromages de contrebande grâce à des présures de pays occidentaux dont l'importation est interdite.
Extension
« L'Albanie, le Monténégro, l'Islande, le Liechtenstein et l'Ukraine sont désormais placés sur la liste des pays visés par l'embargo alimentaire », a annoncé le 13 août le gouvernement russe dans un communiqué, l'Ukraine n'étant concernée qu'à partir du 1er janvier en l'absence d'un accord avec Moscou sur les conditions d'application de l'accord de libre-échange entre Kiev et l'UE.
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Cette décision s'explique par le « degré d'implication de ces pays dans le régime des sanctions » occidentales prises l'année dernière par les États-Unis et l'Union européenne contre la Russie (1).
Les fleurs néerlandaises dans le viseur...
L'agence fédérale sanitaire Rosselkhoznadzor a annoncé le 4 août qu'elle n'autoriserait l'entrée sur le territoire des fleurs coupées originaires des Pays-Bas qu'après « des expertises en laboratoire concernant leur situation phytosanitaire », expliquant avoir détecté des bactéries nocives à de nombreuses reprises. Elle avait menacé en juillet d'interdire purement et simplement l'importation de ces marchandises, invoquant une « menace » sanitaire.
Les nouvelles procédures risquent de perturber les échanges entre les deux pays. Selon les chiffres de l'association des producteurs de fleurs aux Pays-Bas, les exportations de fleurs et plantes vers la Russie ont représenté sur le seul premier semestre 102 millions €, en baisse de 25% par rapport à la même période un an plus tôt.
... de même que les vins californiens
Les autorités russes de protection des consommateurs ont annoncé le 17 août le retrait de la vente de trois vins californiens, jugeant leur composition dangereuse pour la santé.
Le vin rouge Geyser Peak Merlot ainsi que les blancs Crane Lake Moscato et Gnarly Head Chardonnay ont présenté des concentrations de phtalates ou pesticides dépassant les normes autorisées, a précisé l'agence fédérale Rospotrebnadzor.
L'embargo russe ne s'applique pas au vin.
(1) Voir n° 3495 du 04/05/15 et n° 3498 du 25/05/15
« Les exportations agricoles allemandes vers la Russie ont été divisées par deux, de 1,8 milliard à 900 millions € », selon un bilan publié le 6 août par la fédération DBV, un an après l'entrée en vigueur de l'embargo instauré par Moscou. Le manque à gagner annuel pour la filière agricole allemande découlant de ces sanctions est estimé à au moins 600 millions €, et pourrait atteindre jusqu'à un milliard € en incluant les effets indirects, estime le DBV. Les produits qui n'ont pas pu être exportés vers la Russie se sont retrouvés sur d'autres marchés européens déjà saturés, conduisant à une baisse des prix sur certains segments.