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Commerce mondial/Russie Le secteur alimentaire européen salue l’arrivée de la Russie à l’OMC

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Après dix-huit ans de négociations complexes, la Russie, important débouché pour les produits alimentaires et les boissons européennes, est devenue – le 22 août 2012 – le 156e membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Un moment tant attendu par les professionnels communautaires qui saluent cette adhésion d’une manière unanime tout en émettant toutefois quelques mises en gardes.

« L’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce est une bonne nouvelle pour l’industrie alimentaire et des boissons européenne. Une transparence accrue et la réduction des obstacles aux échanges entre l’UE et la Russie vont ouvrir de nouvelles opportunités pour les entreprises alimentaires de l’Europe, en stimulant une croissance tellement nécessaire à notre économie à l’heure actuelle», s’est félicité Jesus Serafin Perez, le président de FoodDrinkEurope (FDE), le lobby de l’agroalimentaire européen. Parmi les avantages attendus de cette adhésion de la Russie aux règles de l’OMC, le responsable de FDE a notamment relevé « la réduction progressive prévue dans le plafond tarifaire moyen pour les produits agricoles de 13,2% à 10,8%, l’ouverture prévue de contingents tarifaires pour certains produits agro-alimentaires et la mise en place de consultations bilatérales avec l’UE sur les restrictions à l’exportation envisagée sur les produits agricoles de base ». Jesus Serafin Perez a cependant indiqué, qu’en dépit des flux commerciaux importants (exportations d’une valeur de 7,2 milliards d’euros en 2011 sur le marché russe) et le niveau de l’investissement direct de plusieurs milliards d’euros, le marché russe « est resté jusqu’à aujourd’hui en dehors du système commercial multilatéral en vigueur ».
 
Pas d’impact significatif sur les exportations européennes de produits de viande
« Depuis de nombreuses années, la Russie est un débouché majeur de la viande de l’Union européenne, principalement des espèces bovine et porcine, et de ce fait, l’adhésion de la Russie à l’OMC ne devrait pas avoir d’impact significatif sur les volumes exportés », explique à Agra Alimentation Jean-Luc Mériaux, le secrétaire général de l’UECBV (Union européenne du commerce de viande et de bétail). À titre d’exemple il a indiqué qu’en 2011, l’UE a exporté quelque 847 000 tonnes de produits du secteur de la viande porcine et 139 000 tonnes de viande bovine, soit une valeur globale de 1,738 milliard d’euros. « Les performances de l’UE s’expliquent par la qualité des produits adaptée à la demande russe et la proximité géographique », tient à souligner Jean-Luc Mériaux. Cette même adhésion induit en revanche deux avantages majeurs selon lui. D’une part, « elle clarifie les conditions tarifaires d’accès au marché russe sur le long terme (2020 et au-delà) ». D’autre part, « elle devrait se traduire par un alignement des normes russes sur les normes internationales, notamment établies par l’Office mondial des épizooties (OIE) en ce qui concerne la santé animale, et par le Codex Alimentarius en ce qui concerne la santé publique ». Considérant que les normes de l’UE sont « au moins équivalentes aux normes internationales, voire plus sévères dans de nombreux cas », le patron de l’UECBV n’en doute pas : « L’alignement escompté simplifiera l’accès des exportations européennes au marché russe »
 
Le gros lot pour les whiskies européens
L’adhésion de la Russie à l’OMC représente également un évènement positif pour le secteur des spiritueux européen. « La Russie est un de nos marchés les plus importants et en expansion. En 2011, la valeur des exportations pour les spiritueux et vins européen s’est élevée à 1 milliard d’euro », nous a confié Marie Audren, directrice des affaires commerciales et économiques à la Confédération européenne des producteurs de spiritueux (CEPS). Selon elle, « tous les produits du secteur des spiritueux européens devraient bénéficier de l’adhésion de la Russie à l’OMC avec un avantage significatif pour les whiskies ». Quant à savoir si l’accord signé avec la Russie répond entièrement aux attentes du secteur des spiritueux européen, la responsable du CEPS reconnaît que « tous les problèmes ne sont pas réglés et que certains engagements restent à clarifier et certainement à mettre en œuvre ». Cela dit, elle note toutefois : une baisse des droits de douanes pour les spiritueux de 2 euros/litre à 1,5 euro/l (1,4 euro/l pour les whiskies – grâce à l’accord avec les Etats-Unis) sur une période de trois ans (d’ici à 2015). Selon elle, la Russie devra également respecter les accords TRIPS (Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce et qui a pour but d’intégrer les droits de propriété intellectuelle : droits d’auteur, marques de fabrique ou de commerce, brevets, etc., dans le système OMC, les règles concernant les OTC (Obstacles techniques au commerce) et bien sûr la procédure du règlement des différends. « Nous serons très vigilants à la mise en œuvre par la Russie de ses engagements », a souligné Marie Audren.
 
La Russie : premier client de l’industrie laitière européenne
« La Russie est la première destination des exportations européennes de beurre et de fromages et nous espérons que son adhésion à l’OMC se traduira par un meilleur accès de nos produits et par le respect par les autorités russes des règles de l’OMC», a confié à Agra Alimentation, Bénédicte Masure, directrice des affaires économiques au sein de EDA (European Dairy Association), le porte-voix de l’industrie laitière européenne. « Nous réclamons de la part des responsables russes plus de discipline et moins de contraintes en matières de règles sanitaires et phytosanitaires », a-t-elle souligné. Faisant implicitement allusion aux règles russes (toujours en cours) exigeant une autorisation préalable de vente sur le marché russe, Bénédicte Masure espère que les autorités russes, du fait de l’adhésion de la Russie à l’OMC, « n’auront plus recours aux mesures protectionnistes » qui ont lourdement marqué les relations bilatérales ces dernières années.

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