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Fin des quotas laitiers Le secteur laitier doit se tourner vers les marchés extérieurs, selon l’Inra

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La France aurait la capacité de conquérir de nouveaux marchés laitiers à l’export, a avancé Vincent Chatellier, lors d’une conférence au Space le 12 septembre. Mais pour y parvenir, elle devra se positionner sur les bons produits, et affirmer ses ambitions par une politique de soutien au secteur.

«Le lait est un produit d’avenir », a soutenu Vincent Chatellier, économiste à l’Inra, lors d’une conférence au Space de Rennes le 12 septembre. « Tous les ans, il faut 12 milliards de litres de lait supplémentaires pour satisfaire la consommation mondiale, c’est l’équivalent de la production annuelle du Grand Ouest », a-t-il argumenté. Et « cette hausse ne se passe pas chez nous. En Asie, la consommation va augmenter de 20 % d’ici 10 ans », continue l’expert de l’Inra. Pour profiter de cette explosion de la demande, il faut donc « aller capter des marchés en dehors de l’Europe (et) ne pas fermer la porte aux produits industrialisés », en déduit Vincent Chatellier. Le marché du fromage, sur lequel la France est déjà présente, promet également de belles perspectives de croissance. « On s’attend à une augmentation importante des importations de fromages en Russie, au Japon, et aux Etats-Unis », rappelle Vincent Chatellier.

Un marché très concurrentiel

La France devra pourtant faire face à une forte concurrence. « D’ici dix ans, on s’attend à une augmentation de la production mondiale de lait de 170 milliards de litres, soit plus que la production européenne d’aujourd’hui », annonce Vincent Chatellier. Et quasiment un tiers de cette hausse proviendra d’Inde, promet l’économiste. « Le taux de croissance de la production laitière sera de 0,5% par an en Europe. En Argentine et en Inde, elle atteindra 3%, et 2,5% en Nouvelle-Zélande », prévient-il. La Nouvelle Zélande représente d’ailleurs déjà 28% des échanges mondiaux de produits laitiers. Mais Vincent Chatellier s’interroge : « Et si elle se mettait à caler ? Plus la Nouvelle-Zélande va s’écarter du modèle historique qui a été gagnant en termes de coût de production, et plus nous serons nous-mêmes plus compétitifs ».

Moderniser la politique agricole française

Pour être préparé à l’ouverture de ces marchés, la France devra dans tous les cas modifier sa politique agricole. « Il faut mettre un terme au tabou historique sur la spécialisation territoriale et la diversité des systèmes », défend Vincent Chatellier. Outre la suppression des quotas laitiers, la réforme de la Pac pourrait représenter une opportunité historique, explique l’économiste : « Jamais dans l’histoire de la Pac nous n’avons eu autant de possibilités pour opérer la redistribution des aides publiques ». Un virage à ne pas rater, au risque de desservir le secteur laitier. « Si on pratique l’uniformisation du montant des DPU (droits à paiement unique) à l’hectare à l’échelle nationale comme proposé actuellement, les laitiers vont perdre beaucoup », avertit Vincent Chatellier. Afin de soutenir l’élevage français et de lui donner des objectifs durables, « il faut que le syndicalisme, la profession, le ministère, prennent un cap », appelle Vincent Chatellier. Mais aussi que les pouvoirs publics s’investissent davantage en finançant « l’innovation technique », plaide-t-il. « Une partie de la décroissance du nombre d’agriculteur est liée à un manque de projet clair et partagé », estime en effet l’économiste de l’Inra, avant d’admettre avoir « été attristé de la pauvreté des débats que l’on a eus pendant la crise laitière de 2009 ».

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