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Union européenne Le secteur laitier va faire l’objet de mesures d’aide européennes

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La Commission européenne va présenter un paquet de mesures en faveur du secteur laitier avant la fin de l’année. L’annonce en a été faite à Bruxelles par Dacian Ciolos, le commissaire à l’agriculture, le 26 mars, lors d’une conférence sur l’avenir du secteur laitier puis le 29 mars lors de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE. Suite à l’effondrement des cours l’an dernier, le commissaire a estimé nécessaire d’agir en faveur du secteur laitier sans attendre le grand rendez-vous des négociations sur l’avenir de la Pac après 2013. Compte tenu de l'absence de marge de manoeuvre budgétaire, il s'agira de mesures « à caractère réglementaire », a précisé M. Ciolos. Ces mesures seront élaborées sur la base des conclusions du groupe d'experts à haut niveau qui sont attendues en juin prochain. Un premier débat sur ces conclusions aura lieu lors du Conseil agricole de juillet.

Evoquant la disparition des quotas à l’horizon 2015, M.Ciolos a estimé que l’orientation vers le marché « doit s’accompagner de la mise en place d’une forme d’encadrement rénovée (...) et de relations renouvelées entre les différents acteurs de la filière ». Pour parvenir à maîtriser l’exposition accrue des exploitations à la volatilité des prix, a poursuivi en substance le commissaire, il faut préserver des outis de marché efficaces et ,si nécessaire, les adapter, voire en créer de nouveaux. M. Ciolos a également souhaité un renforcement du pouvoir de négociation collectif des producteurs actuellement limité par les règles de concurrence. Enfin, M. Ciolos a jugé nécessaire de renforcer la solidité et la transparence de la filière. « Cela passe sans doute par des relations plus étroites entre partenaires au sein d’interprofessions ou par des relations contractuelles clarifiées », a ajouté le commissaire.

Fixer des prix acceptables
Président du groupe à haut niveau, Jean-Luc Demarty, directeur général de l’agriculture à la Commission européenne, a souligné le 26 mars lors de la conférence sur le lait, la nécessité de prendre des dispositions pour arriver à fixer des prix acceptables pour les producteurs mais aussi pour les transformateurs et les consommateurs. Il est normal que les prix fluctuent mais cela doit rester raisonnable, a-t-il indiqué en substance. Selon M. Demarty, une majorité qualifiée se dessine au sein des Etats membres pour modifier les règles de concurrence dans un sens plus favorable aux producteurs, même si certains Etats membres, en particulier la Suède et le Royaume-Uni, ont exprimé des doutes sur l’intérêt d’opérer des changements.Il a également précisé qu’il existe encore des divergences sur les dérogations à prévoir. Faut-il accorder des dérogations temporaires ou durables ? Faut-il permettre aux producteurs de se regrouper dans des organisations plus vastes que celles admises à l’échelle de leur marché ? Quel est le périmètre des marchés à prendre en compte en matière de concurrence ? Telles sont les principales questions qui sont actuellement examinées de près par le groupe à haut niveau.
Par ailleurs, le groupe à haut niveau a fait ressortir que l’ensemble des Etats membres sont d’accord pour maintenir les mesures de marché existantes qui ont eu un rôle d’amortisseur important au plus fort de la crise. Le recours à l’intervention publique en tant que filet de sécurité est notamment considéré comme un dispositif majeur. Pour de nombreux pays l’introduction de marchés à terme pour le beurre et le lait écrémé pourrait constituer un instrument complémentaire utile. Enfin, le maintien des aides directes est largement jugé primordial pour la sauvegarde du revenu agricole.

Amélioration du marché
L’annonce par M. Ciolos d’un prochain paquet de mesures législatives en vue de consolider la filière laitière a été accueillie de manière très positive par Bruno Le Maire, le ministre français de l’agriculture, qui plaide depuis plusieurs mois en faveur d’une régulation des marchés agricoles. Satisfait par la reprise des prix, M. Le Maire a néanmoins mis en garde contre « un excès d’optimisme ». La solution, a-t-il dit en substance, n’est pas de parier sur une remontée des prix mais de mettre en place les outils de gestion permettant d’éviter de trop grandes fluctuations des prix. Ne pas tirer les leçons de la crise de 2009 serait « une erreur » et « une irresponsabilité politique », a averti le ministre.
La situation de marché s’est améliorée de manière constante pour les produits laitiers dans le courant du deuxième semestre 2009, note la Commission européenne dans son premier rapport trimestriel 2010. Les prix européens et mondiaux semblent se stabiliser pour l’instant, malgré la remontée saisonnière de la collecte de lait, est-il précisé. Le prix moyen du lait cru dans l’UE est passé de 24,40 centimes par litre en mai à 28,38 en novembre 2009. La Commission constate que, conformément aux variations saisonnières, le prix du lait a légèrement fléchi en décembre (28,29 cents/litre) et en janvier (28 cents/litre).
« Les actions prises pour faire face à la crise ont porté leurs fruits », a indiqué le commissaire à l’agriculture devant les ministres. Il n’y a pas eu d’achats à l’intervention depuis septembre et les stocks privés de beurre sont à un niveau plus que raisonnable par rapport aux années précédentes, a-t-il constaté. 14 3000 tonnes de beurre ont été placées sous contrat de stockage privé en janvier et février 2010 contre 54 000 tonnes au cours de la même période en 2009.

La collecte européenne de lait en forte baisse
La collecte de lait dans l’UE en 1999 a été inférieure de 0,6 % à celle de 2008. Les livraisons ont progressé dans seulement sept Etats membres (Belgique 3,49 %, Danemark 3,36 %, Allemagne 2,85 %, Pays-Bas 1,36 %, Luxembourg 2,39 %, Finlande 1,21 % et Pologne 0,26 %). Des baisses ont été enregistrées dans tous les autres pays de l’UE dont 4,09 % en France. Selon les estimations provisoires de la Commission basées sur les dix premiers mois, la collecte de la campagne 2009/10, qui a pris fin le 31 mars, serait inférieure de 7 % en moyenne aux quotas laitiers. Seuls deux Etat membres, les Pays-Bas et le Danemark, enregistreraient des livraisons légèrement supérieures à leur quotas, tandis que pour la première fois de son histoire, l’Italie devrait avoir une production nettement inférieure à son quota (- 5,9 %). Des baisses importantes sont également enregistrées en France (8,9 %), au Royaume-Uni (12 %), en Irlande (11,2, %) en Pologne (4,2 %) et en Espagne (6,3 %). Les sous-réalisations ne seraient que de 0,1 % en Allemagne et de 2,7 % en Belgique.

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