Dakar – La hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires a provoqué des tensions sociales au Sénégal, dont le point culminant a été atteint le 30 mars dernier, avec une tentative avortée de « marche de protestation », non autorisée, contre la vie chère, organisée par des associations de consommateurs. Elle fut violemment dispersée par la police. Le prix des aliments de base a subi des hausses considérables. Le gouvernement tente d’encourager la production locale.
En un mois (entre mars et avril), à Dakar, le prix du sac de riz est passé de 13 000 francs CFA (19,32 euros) à 17 000 francs CFA (25,92 euros). Une hausse à l’impact considérable quand on sait que le salaire moyen dans le pays va de 30 000 à 100 000 francs CFA (45,73 à 152,44 euros). À l’intérieur du pays où les conditions de vie sont plus précaires, les prix varient d’une localité à l’autre. Avec cette flambée des prix, « les populations vivent le calvaire » affirme l’agronome Ibrahima Sène. Dans les quartiers populaires, des habitants en sont arrivés à réduire la quantité et la qualité des repas. La situation est « dramatique en milieu rural où, dans certaines localités, les populations ne mangent qu’une fois la journée », a ajouté Ibrahima Sène. À cause des mauvaises récoltes dues à un déficit pluviométrique en 2007, il y a moins de céréales locales dans les marchés.
Équiper les riziculteurs
Pour atténuer les effets de la flambée des prix, l’État a annoncé une subvention de 10 milliards de francs CFA (15,2 millions d’euros) au monde rural (agriculteurs et éleveurs), mais pour les ruraux, cette somme est jugée insuffisante. D’autres mesures visent à encourager l’agriculture du pays. Début avril, le ministre de l’Agriculture, Amath Sall, a annoncé un programme national d’autosuffisance en riz à l’échéance 2015. L’aide concerne aussi bien les petits exploitants (1 ha) que les gros (100 ha). Un budget de 13 milliards de francs CFA (19,8 millions d’euros) est destiné à équiper les riziculteurs. Des motopompes seront distribuées pour remplacer le matériel obsolète dont ils disposaient, de sorte à augmenter les surfaces culturales et de pouvoir faire de la riziculture à tout moment de l’année : en saison froide et en saison chaude, soit deux récoltes par an. Déjà, l’État a subventionné l’achat d’intrants agricoles parfois à hauteur de 70 %. D’anciennes parcelles ont été réhabilitées tandis que d’autres sont réaménagées. Résultat : pour la première fois cette année, 13 500 ha nouveaux ont été aménagés pour la production de riz dans la vallée du fleuve Sénégal et dans le bassin de l’Anambé (sud-est). L’objectif global est de produire 1 million de tonnes à l’horizon 2015 pour un investissement total de 119,5 milliards de francs CFA (près de 183 millions d’euros).
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Dans le même temps, les pouvoirs publics ont initié un projet de développement de culture du blé dans la vallée du fleuve Sénégal (nord).
Devenir autosuffisant est un défi considérable mais pas inaccessible pour le pays : le Sénégal dépense chaque année 172 milliards de francs CFA (262,2 millions d’Euros) pour l’importation de produits céréaliers à l’étranger : riz et blé notamment. Pourtant, il dispose de près de 300 000 hectares de terres cultivables, aménagés dans la vallée du fleuve Sénégal, ainsi que 1 000 autres hectares dans la vallée de l’Anambé. Cependant, un programme de relance de la production de maïs, lancé en 2004, n’a pu donner de résultats.