Climat orageux au sein de l’interprofession bovine Interbev. Le discours du président du Syndicat de l’industrie des viandes (Sniv), Jean-Paul Bigard, le 26 septembre, a créé la colère et l’indignation de la FNB et d’Interbev. Le Sniv qualifie l’interprofession de « cohabitation d’intérêts sectoriels sans projet commun ni aucune solidarité ». De son côté, le président d’Interbev, Denis Sibille, accuse le Sniv « d’obstruction systématique sur toutes les décisions prises dans l’interprofession ». Ambiance…
Le Syndicat de l’industrie des viandes (Sniv) et la Fédération nationale bovine (FNB) préfèrent régler leurs comptes… en public ! Au milieu de leur discorde : Interbev, l’équarrissage, Normabev et la signature « races à viandes », rien que çà ! Le 26 septembre, le discours du président du Sniv, Jean-Paul Bigard, lors de l’assemblée générale du syndicat, déclenche la colère de la FNB et de l’interprofession Interbev. Son président, Denis Sibille, préfère quitter rapidement la salle, pour convoquer la presse dès le lendemain avec son collègue et président de la FNB, Pierre Chevalier.
« Un lieu de confrontation »
Le président du Sniv n’a pas utilisé la langue de bois lors de son discours le 26 septembre, dressant un constat sans appel de son secteur. « Le maillon central de la filière bovine est exsangue (…). Entre des prix à la production très élevés et la pression de nos clients, nous avons du mal à assumer nos charges qui explosent. Faites les comptes. Ils sont quasiment tous en rouge. Faut-il programmer un plan de restructuration ? (…) Quand nos entreprises sont menacées, c’est l’avenir de l’élevage bovin qui est en jeu », déclare-t-il. Les responsables de cette situation selon lui ? L’augmentation des taxes principalement, « de près de 50 % en quelques années » avec en premier lieu « la taxe d’équarrissage ». Pour Jean-Paul Bigard, l’interprofession Interbev n’a pas joué son rôle sur ce dossier. « Qu’avons-nous fait d’Interbev ? Une cohabitation d’intérêts sectoriels sans projet commun ni aucune solidarité », lance-t-il alors. Objet de ses critiques : le silence de l’interprofession sur le dossier de l’équarrissage. « Un vague murmure, un communiqué commun… vite étouffé puisqu’une partie de la solution passe par l’application du principe pollueur-payeur aux éleveurs bovins, comme déjà appliqué pour les éleveurs porcins. Mais là, finie la solidarité interprofessionnelle. Nous pouvons mourir, mais nous mourrons tout seuls, épuisés à payer les charges des autres » ajoute-t-il en tribune. Selon lui, Interbev est aujourd’hui « réduite à un lieu de confrontation ».
Colère et indignation des éleveurs
« Il est devenu urgent qu’une transformation profonde des modes de fonctionnement de Normabev soit opérée », ajoute-t-il, à propos de cette association interprofessionnelle dont le but est la mise en place et le suivi de l’installation des machines à classer. « Aujourd’hui, personne n’a fait la démonstration d’une plus grande équité dans le classement des bovins », estime le président du Sniv. Autre point de discorde entre Jean-Paul Bigard et les éleveurs : la signature « races à viandes » qu’il compare dans son discours à une « usine à gaz » ne pouvant pas intéresser les consommateurs. Colère et indignation de la FNB et d’Interbev dès l’audition du discours de Jean-Paul Bigard. Ce dernier a droit à une réponse point par point de la part des éleveurs et d’Interbev, dès le lendemain, devant la presse. « Une véritable provocation à l’égard des producteurs et de l’interprofession », résume alors Pierre Chevalier. « Nous n’avons pas de leçons à recevoir de quelqu’un qui ne s’est jamais déplacé lors des sommets de l’OMC pour défendre la production française, les restitutions, les droits de douane et notre filière bovine française », ajoute-t-il. « Qui sont ces industriels qui préfèrent faire baisser les prix payés aux producteurs plutôt que d’imposer leur prix à la grande distribution ? », s’interroge-t-il.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« Obstruction systématique du Sniv »
De son côté, Denis Sibille, président d’Interbev, accuse Jean-Paul Bigard de faire preuve « d’obstruction systématique sur toutes les décisions prises dans l’interprofession ». « C’est lui qui avait demandé à l’interprofession de ne pas s’occuper du dossier équarrissage », révèle-t-il. « Notre projet commun doit faire la synthèse des opinions de tous les présidents et non pas celle d’un seul qui écrase les autres », lance-t-il. « Le Sniv n’a pas compris l’intérêt du partenariat avec les producteurs, ni l’intérêt du paquet hygiène. Nous attendons toujours qu’il signe l’accord interprofessionnel sur la propreté des animaux », a-t-il indiqué. Quant à Normabev, Denis Sibille s’estime « excédé et scandalisé par le manque de vision stratégique de cette fédération d’industriels ». « Les entreprises ont voulu trois machines à classer » rappelle-t-il. « Nous avons réalisé un gros travail d’améliorations des données à la demande des industriels. Un pas important a été franchi dans le fonctionnement de la filière. La DGCCRF a d’ailleurs constaté une amélioration de la pesée et du marquage », souligne Denis Sibille.
Jean-Pierre Fleury, vice-président de la FNB, voit de son côté « un profond mépris du Sniv envers les éleveurs ». Sur le dossier de l’étiquetage races à viande, il estime au contraire que cela « rassure la filière, la grande distribution entrant même dans la démarche ». « L’idéologie du président du Sniv est-elle réellement celle de tous ses collègues adhérents ? », s’interroge-t-il, en ajoutant que « Jean-Paul Bigard se bat avant tout pour ses propres intérêts, peu importe le reste ».