Une récolte record de 86,6 Mt de soja est prévue au Brésil sur 2014. Malgré l'annonce par le gouvernement d'une série de mesures logistiques, les professionnels du secteur craignent la persistance des blocages.
LE SEMIS du soja touche à sa fin au Brésil et les professionnels du secteur prévoient un nouveau record de production en 2014 mais ils s'inquiètent des blocages logistiques et administratifs qui ont déjà amputé leur marge cette année. Le Brésil a produit 81,6 Mt de soja en 2013, une augmentation de plus de 20 % en un an. Pour 2014, le plafond devrait être encore crevé avec une récolte jamais vue de 86,6 Mt, prédit l'Association brésilienne des huiles végétales (Abiove). Pour la première fois, les exportations de l'oléagineux ont dépassé cette année les 30 Md de dollars, soit près de 12 % de toutes les ventes du Brésil à l'étranger. Mais cette abondance ne résout pas le casse-tête majeur des producteurs : la logistique. Le maïs ou le soja doivent parcourir des milliers de kilomètres entre les plaines du centre du pays et les ports d'exportation. Or, malgré des investissements publics récents, le transport fluvial et ferroviaire fait gravement défaut et certaines routes nationales sont encore en terre battue.
Un « coût Brésil » endémique dans le pays« Nous portons la balance commerciale du pays mais nous ne sommes pas soutenus de façon adéquate », s'est plaint le 12 décembre à la presse Carlo Lovatelli, président de l'Abiove. D'après l'organisme, en rapportant les frais à la distance, transporter une tonne de soja jusqu'au port coûte 92 dollars au Brésil, soit près de cinq fois plus qu'en Argentine et aux Etats-Unis, ses deux grands concurrents. Ce surcoût du transport, lié à l'obsolescence des infrastructures et aux innombrables obstacles administratifs, est surnommé « coût Brésil » tant il est endémique dans le pays. Il s'est élevé à 2,5 Md de dollars en 2013 et pourrait atteindre 4,5 Md de dollars avec la hausse des exportations attendue en 2014, d'après l'Association nationale des exportateurs de céréales. « Cette somme justifie n'importe quels travaux sur un fleuve ou dans un port pour arranger les choses ! », s'insurge Sérgio Mendes, président de l'association.
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Après des années d'inaction, le gouvernement a annoncé le 11 décembre une série de mesures logistiques, telles que l'extension des horaires de travail dans les ports ou des travaux dans le port de Santos, le plus important d'Amérique du sud. Le pays, qui abrite le deuxième plus grand réseau routier de la planète, vient aussi de céder à des exploitants privés l'aménagement et l'exploitation de la route nationale 163, qui relie la région très agricole du Mato Grosso au fleuve Tapajos, dans le nord du pays. « Malheureusement, il est probable qu'on ne l'utilise qu'à l'horizon 2015 », regrette Daniel Furlan, responsable logistique de l'Abiove, qui revient d'une mission dans la région. « L'asphalte manque sur 328 kilomètres et certains ponts semblaient à peine capables de supporter le poids de notre camionnette, alors imaginez des remorques ! », souligne-t-il.
Le Brésil pourrait produire 200 Mt de grains en 2014 mais le deuxième port du pays, celui de Paranagua, n'a pas le dragage suffisant pour recevoir des navires de grande taille à marée basse. Les professionnels s'inquiètent aussi de la désindustrialisation relative du secteur : pour la première fois en 2013, le Brésil a exporté plus de soja qu'il n'en a transformé sur son territoire. L'Abiove attribue cela à l'excédent d'impôts et de taxes sur les produits industrialisés. Le Brésil, cinquième puissance agricole de la planète, est au coude à coude avec les États-Unis pour devenir le premier producteur mondial de soja en 2014.