La fédération des producteurs de comté craint la surproduction. Elle appelle ses adhérents à réduire de 2 % leur production et va investir 1,5 million d’euros pour relancer la croissance de ce marché.
Quelque 2 000 à 2 500 tonnes de comté pèsent sur le marché, regrette Claude Vermot-Desroches, producteur laitier dans le Doubs et président du Comité interprofessionnel du gruyère de comté (CIGC). « Nous sommes passés d’une production de 30 000 tonnes de comté dans les années quatre-vingts à 46 000 tonnes aujourd’hui », indique-t-il. Et la hausse de la consommation de ce fromage, première AOC fromagère française, ne suffit pas à absorber le surcroît de production. Inquiet, le président du CIGC ajoute : « Fournir de grandes quantités de comté, c’est donner la possibilité à la grande distribution de faire pression sur les prix, ce qui nous conduirait, pour produire moins cher, à industrialiser la production à outrance au point de pervertir le goût du fromage ». Les producteurs de comté craignent « l’emmentalisation » de leur production, le sacrifice de la qualité pour la rentabilité.
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« Civisme »
Le problème vient avant tout des « convertis au comté », les producteurs nouveaux venus sur ce marché car il leur offre une rémunération du prix du lait nettement plus favorable que pour le reste des produits laitiers. C’est pourquoi le CIGC vient d’appeler les acteurs de la filière à faire preuve de « civisme » et a invité les producteurs de lait à détourner 2 % de leur production vers d’autres fabrications en échange de compensations financières. Gérard Aymonier, président de la Fédération des coopératives laitières (FDPL) du Jura veut croire que le mot d’ordre sera suivi, même si, explique-t-il, « il s’agit d’une contrainte de rentabilité et d’organisation pour les petites coopératives laitières ». Mais la filière comté espère également agir sur les ventes du fromage et a prévu d’investir 1,5 million d’euros pour une prochaine campagne nationale de publicité. Pour Véronique Rivoire, de la maison d’affinage Rivoire-Jacquemin à Montmorot dans le Jura, « les discours actuels sur les régimes, la santé, risquent d’effrayer le consommateur qui voit le comté comme un fromage gras, à nous d’en démontrer les vertus !».