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Circuits courts Le succès croissant des contrats locaux entre agriculteurs et consommateurs

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Le premier colloque international sur les contrats locaux entre agriculteurs et consommateurs s'est tenu à Aubagne les 26 et 27 février. Le concept, qui permet aux agriculteurs de vendre leur récolte à l'avance, connaît un succès croissant. Le mouvement, qui concerne surtout des petites exploitations biologiques, surfe sur la vague altermondialiste.

Jean Roussel, agriculteur au Québec, a eu du mal à contenir son émotion. Cela fait 35 ans qu'il a quitté sa ferme de Bourgogne pour aller vivre l'aventure au Canada. Elle a failli échouer jusqu'à ce qu'un groupe de consommateurs montréalais lui propose en 1995 de lui acheter sa récolte à l'avance. Aujourd'hui, à 60 ans, sa ferme est sauvée. « Cela fait deux ans que je paie des impôts », s'étonne ce producteur bio, isolé dans « un océan de mais transgénique ». Il est venu raconter son expérience au pays natal devant presque cinq cents personnes venues de 15 pays assister au premier colloque international sur les contrats locaux entre agriculteurs et consommateurs. Un colloque qui s'est tenu à Aubagne les 26 et 27 février.

Une initiative de l'Alliance paysans écologistes consommateurs de Provence Alpes Côtes d’Azur (Paca) dont le président, Daniel Vuillon, a créé la première association de ce type en avril 2001. Son association pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap) repose sur le principe d'un contrat entre un agriculteur et un groupe de consommateurs. Ceux-ci achètent à l'avance une partie de la récolte qui leur est fournie une ou plusieurs fois par semaine. Les consommateurs disposent de produits frais, généralement bio, à un prix raisonnable. L'agriculteur, pour sa part, est assuré d'un revenu correct et à peu près constant. Naturellement, le principe s'adapte mieux aux exploitations légumières et fruitières mais on trouve aussi des Amap en viande, produits laitiers et bientôt en pain.

50 exploitations sauvées en Paca

En tout cas, la formule est un réel succès. En à peine trois ans, 25 Amap se sont constituées en Paca qui, selon Daniel Vuillon, « o nt contribué à maintenir 50 exploitations agricoles». Dans un mois, quinze nouvelles Amap vont démarrer et l'Alliance Paca a reçu des demandes d'interventions de 20 départements de France. « Nous cherchons davantage à pousser le phénomène qu'à le freiner car nous estimons qu'il existe une réelle urgence à sauver les exploitations en zone périurbaine», explique Daniel Vuillon. Il existerait même une liste d'attente de consommateurs à Marseille, certains d'entre eux n'hésitant pas à démarcher les agriculteurs. « Nous avons été surpris de voir que quatre jeunes ont pu ainsi s'installer. Ce n'était pas prévu », s'émerveille M. Vuillon.

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Le silence des ministères

Son initiative a reçu le soutien du conseil régional de Paca, ainsi que de l'Union européenne qui a financé la moitié du budget du colloque. En revanche les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement, pourtant sollicités, n'ont pas répondu.

Les Amap sont la version française des CSA (Community Supported Agriculture) qui existent depuis 1986 aux États-Unis. D'après Nancy Vail, de l' Université de Santa Cruz, il en existe entre 1500 et 1700. Le concept qui, ironie du sort, est inspiré des expériences menées antérieurement au Japon et en Europe, a fait florès au sein de la communauté alternative très active aux États Unis. Au Canada, il y aurait aujourd'hui entre 200 et 300 CSA. On trouve des actions similaires au Brésil, au Japon, dans la plupart des pays d'Europe des 15 et même en Afrique. Malheureusement, les représentants togolais et ivoiriens n'ont pas pu faire le déplacement, les autorités françaises ayant semble-t-il trop tardé à leur délivrer un visa. En tout cas les membres de ces associations, tous très proches du mouvement altermondialiste, ont pu avec ce colloque montrer qu'on peut concilier initiative locale et réflexion internationale.