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« G22 agricole » Le syndicalisme uni dans l’espoir d’un nouveau cadre pour la Pac

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Les syndicats agricoles français attendaient beaucoup de la réunion initiée par Bruno Le Maire avec le « G 22 agricole » sans pour autant se bercer d’illusions. L’ensemble des syndicats agricoles considèrent comme la FNSEA que « la définition d’une nouvelle politique agricole est devenue une nécessité ». Celle-ci passe par la régulation des marchés. Cette belle unanimité sur l’objectif cache évidemment des divisions sur les modalités pour y parvenir. Mais « l’appel de Paris » lancé par Bruno Le Maire ne se limite qu’à des grands principes sans rentrer dans les détails. Difficile alors de ne pas y souscrire.

Le diable se niche toujours dans les détails, dit-on. Les 22 États membres réunis à Paris à l’initiative du ministre Bruno Le Maire, devaient, selon la FNSEA, « obtenir une plate-forme ambitieuse et non un minimum commun ». Pas certain que la FNSEA, qui n’a pas réagi au contenu de l’appel de Paris signé par 22 pays membres de l’Union européenne, estime au final qu’il soit « ambitieux ». « Le retour du politique est une bonne chose », rappelait par ailleurs le syndicat. C’est une chance car l’appel de Paris est avant tout une initiative politique de Bruno Le Maire comme le conseil des ministres de l’Agriculture du 28 novembre 2008 l’avait été pour Michel Barnier, son prédécesseur. (Cf encadré). Un an après, Bruno Le Maire réitère l’exercice en (re) prenant l’initiative politique. Et le syndicalisme agricole français ne peut que s’en féliciter au regard du risque d’une renationalisation pure et simple de la Pac défendue par les pays dits libéraux. Philippe Mangin, le président de Coop de France, s’est d’ailleurs fendu d’un communiqué « pour soutenir l’appel de Paris ». Un appel « en faveur d’une politique publique européenne agricole et alimentaire ambitieuse qui soit l’affaire de tous les Européens ».

« Oser changer le cadre de la Pac »
Dans une lettre ouverte aux 22 ministres datée du 9 décembre, la coordination européenne de Via Campesina à laquelle la Confédération paysanne appartient, demandait aux 22 ministres de l’Agriculture réunis à Paris « d’oser changer un cadre actuel de la Pac » jugé « périmé ». Le syndicat plaide pour une « politique agricole et alimentaire légitime, juste, durable, solidaire et citoyenne » et réclame « un large débat public dans les pays de l’Europe ». La FNSEA ne dit pas autre chose dans un communiqué où elle explique que « la définition d’une nouvelle politique agricole est devenue une nécessité ». « Elle devra être accompagnée d’un budget à la hauteur des ambitions dont les principales sont d’assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire (…) ». Autre point d’accord : la régulation des marchés. « Régulation quand tu nous tiens ! » lançait la FNSEA la veille de la réunion du « G22 agricole ». « Une politique agricole régulée ; celle-là même que la FNSEA revendique et porte depuis de nombreuses années », souligne le syndicat qui prévient contre le risque d’en faire « un mot à la mode ». « L’appel de Paris » mentionne simplement « la régulation européenne qui permet d’affronter les situations de crises et de volatilité extrême des marchés ». Sans rentrer dans les modalités. Ce qui n’est pas un hasard.

Divergence sur les modalités
Si plaider pour la régulation des marchés est aujourd’hui fédérateur voire « à la mode », les moyens d’y parvenir créent des clivages. Ainsi Via Campesina dans sa lettre ouverte explique qu’« accompagner cette dérive de la dérégulation initiée par le cadre actuel de la Pac avec des assurances risques n’empêchera pas des excédents ou des pénuries et coûtera cher ». À l’opposé, la FNSEA, quant à elle plaide, au moins depuis le bilan de santé de la Pac, pour un système assurantiel. Quant à la contractualisation défendue par la FNSEA, elle est vivement combattue par les syndicats minoritaires. « Passer d’une régulation publique à une régulation privée sous forme de contrats (…), c’est mettre les producteurs à la merci de l’industrie » souligne Via Campesina dans sa lettre ouverte. Plus globalement une multitude de contrats privés ne fait une régulation européenne estiment les détracteurs de la contractualisation. C’est aussi ce que pense la Coordination rurale via l’OPL et le syndicat européen EMB. Ceux-ci réclamaient de rencontrer les ministres présents à Paris afin de leur présenter « leurs propositions et réflexions sur la régulation européenne ». Ils n’ont pas été reçus. L’heure n’était pas aux modalités mais aux grands principes de la future Pac. Des orientations volontairement « libérées » des contraintes budgétaires fixées à la politique agricole.

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