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Assemblée générale de la CGB Le syndicat betteravier redéfinit sa mission syndicale

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Alors que le marché du sucre est en plein bouleversement, la CGB se dote d’une nouvelle charte syndicale pour les dix ans à venir. Planteurs et pouvoirs publics s’inquiètent d’une mise en application difficile du nouveau régime sucrier.

La CGB, Confédération générale des planteurs de betteraves, a présenté, lors de son assemblée générale le 5 décembre, sa nouvelle charte syndicale pour 2006-2015. Le syndicat a voulu remettre à plat ses missions, alors que le contexte commercial de la betterave est en pleine mutation. En effet, les planteurs devront désormais faire face à une moindre rentabilité et à une absence de garantie des prix, ce qui est un véritable tournant dans l’histoire sucrière européenne, après 40 ans de quasi-stabilité. « Nous devons repositionner les revendications de notre syndicat par rapport aux réglementations qui ont changé », a justifié Dominique Ducroquet, président de la CGB. A cela s’ajoutent le développement du bioéthanol, avec ses revendications bien spécifiques, ainsi que le « nouveau rôle assigné à l’agriculture dans tous les aspects du développement durable », explique la charte.

Syndicat et coop doivent bien se différencier

La CGB affiche sa volonté de rester indépendante. « Un rapprochement avec Orama n’est pas à l’ordre du jour », a précisé le président, en marge de l’assemblée générale. Elle se donne comme premier objectif la défense du revenu, en fédérant les planteurs, quel que soit leur statut. « Aujourd’hui, il ne reste qu’une dizaine de groupes sucriers, dont la majorité sont des coopératives. On peut se demander si la CGB a encore sa place dans ce schéma. La réponse est oui, car le syndicalisme est là pour défendre les agriculteurs, alors que les coopératives ont le rôle de créer de la valeur ajoutée», a expliqué Dominique Fievez, président de la commission action syndicale à la CGB. Le syndicat veut se doter de nouveaux outils pour développer la communication tant vers le grand public, avec un site internet relooké (www. labetterave. com), que vers le monde agricole « avec des services par SMS, internet, E-mail et pourquoi pas des blogs», s’est enthousiasmé Dominique Fievez. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, est venu rappeler aux congressistes que la CGB était une section spécialisée de la FNSEA et qu’il comptait sur eux lors des élections pour les représentants des Chambres d’agriculture en janvier 2007.

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La réforme sucre est mal engagée

La mise en place de la nouvelle réforme de l’organisation commune de marché (OCM) sur le sucre est en tout cas une vraie révolution pour le secteur sucrier. Les effets sont déjà visibles sur le revenu des planteurs dès la première année d’application. Mais la réussite de la réforme est entièrement basée sur le fait que les industriels des pays les moins compétitifs abandonnent la production de sucre. Et c’est là que ça coince ! Klaus-Dieter Borchardt, directeur adjoint du cabinet de Mariann Fischer-Boel, s’est montré très pessimiste lors de l’assemblée générale. « Nous sommes aujourd’hui assurés d’un abandon de quota de seulement 2,3 millions de tonnes. Nous devrions être à 4,5 Mt. Si ça continue, c’est une catastrophe. Au bout de quatre ans, nous serons obligés d’appliquer une réduction linéaire du quota de 25 % dans tous les Etats-membres », a-t-il lancé. Brouhaha dans la salle. Le ministre français de l’Agriculture a beau assurer en tribune que « si les intentions d’abandon ne sont pas à la hauteur, nous devrons envisager des mesures complémentaires notamment pour rendre le fonds de restructuration plus attractif », la commissaire à l’agriculture n’a pas, pour l’instant, l’intention de prévoir une rallonge financière.

La CGB demande un retrait préventif de quota

Dominique Ducroquet, quant à lui, demande à la Commission d’appliquer un retrait préventif en 2007, comme ce fut le cas en 2006. Pour Klaus-Dieter Borchardt, les choses ne sont pas si simples. « Nous n’avons plus les bases juridiques légales pour rendre obligatoire le retrait préventif. Nous cherchons les solutions». Le syndicat betteravier demande aussi d’augmenter les restitutions à l’exportation de sorte que l’UE vende sur les pays tiers au maximum de ses possibilités qui lui sont accordées dans le cadre de l’OMC, c’est-à-dire 1,7 Mt pour 2006 et 1,3 Mt en 2008. Or, actuellement, la Commission européenne a prévu une enveloppe budgétaire correspondant à 0,8 Mt de restitutions en 2007, mais rien en 2008 ! « Nous avons déjà dépensé le budget équivalent aux restitutions pour payer les compensations aux betteraviers», a lancé l’adjoint de Mariann Fischer-Boel aux planteurs, histoire de la culpabiliser. Pour la CGB, il est important de rechercher un équilibre de marché sans avoir recours uniquement au retrait préventif car ce dispositif pèse lourd sur le revenu des planteurs. Klaus-Dieter Borchardt condamne le comportement des Etats membres signataires de la réforme « qui font tout pour la saboter ». Il règne donc une certaine fébrilité à Bruxelles sur ce dossier brûlant, mais pas encore caramélisé !