Que l’on soit amateur de bons vins ou simplement à la recherche d’un placement plus rentable que les produits d’épargne classiques, ou les deux à la fois, l’investissement dans des vins millésimés est une opportunité attrayante. Les risques cependant ne doivent pas être méconnus. Pour les atténuer, l’intermédiation en biens divers est très encadrée et le rôle de l’Autorité des marchés financiers (AMF) étendu afin de protéger les épargnants.
Quel est le lien entre un arbre, une bouteille millésimée, ou encore un diamant ? Tous entrent dans la liste des "biens divers", des produits atypiques qui peuvent être proposés par des intermédiaires à tous les particuliers désireux de diversifier leurs placements financiers. Mais attention, s’il n’est nul besoin d’être ni un spécialiste du bois, ni un négociant en vin et encore moins un diamantaire pour investir dans ce type de biens, l'encadrement légal reste strict, à la suite de divers abus et autres scandales.
Sur son site, l’AMF (Autorité des marchés financiers) met en garde les particuliers contre les arnaques éventuelles et tient régulièrement à jour la liste noire des sociétés non habilitées à effectuer du démarchage pour proposer ce type d’investissements. Parmi les quatre sociétés disposant du précieux sésame pour le placement en biens divers délivré par l’AMF, trois sont présentes dans le vin, mais deux seulement sont en activité, U’Wine et Cavissima et une, EcoTree, propose d’investir dans les forêts. Acheter « des arbres pour soutenir la forêt française et en récolter les bénéfices », est-il indiqué en préambule sur son site. Pour U’Wine comme pour Cavissima, investir dans le vin est avant tout un investissement plaisir, qui peut également se révéler très rentable.
Un marché d’expert du vin millésimé
Thierry Godet, le fondateur de Cavissima recommande à ses clients l’achat de deux bouteilles, afin d’en boire une et de revendre la seconde avec une plus-value. Créée en 2009, la société a ciblé dès le départ "les Français expatriés, très attachés aux bons vins quand ils sont loin de leur pays", souligne le fondateur. Cavissima qui se présente comme la première cave en ligne, spécialisée dans la vente de vins de garde, est enregistrée auprès de l’AMF en tant qu’intermédiaire en biens divers depuis février 2019. Le client choisit et achète lui-même son vin sur la plateforme sur la base d’un catalogue sourcé par Cavissima.
En revanche, chez U’Wine, l’investisseur signe un mandat de gestion d’un montant annuel de 10 000 € minimum, sachant qu’il peut choisir la composition de sa future "cave", formée par exemple de deux tiers de vins de Bordeaux et le reste en vins de Bourgogne. Pionnière dans la gestion de cave pour les particuliers, la société a obtenu l’enregistrement de son offre d’intermédiaire en biens divers auprès de l’AMF en 2014. U’Wine ne se revendique pas comme une société de gestion, mais bien comme un négociant en vins, spécialiste de la sélection et du conseil d’achat de bouteilles millésimées. "Pendant 5 à 8 ans, le client peut suivre l’évolution de sa cave et bénéficier de visites privées dans les châteaux", souligne Dorothée Berny, la responsable marketing & communication, sachant que, évidement dès la mise en bouteille, le client peut boire son vin quand il veut. La bouteille lui sera alors expédiée à sa demande.
Un stockage des bouteilles sécurisé
Les experts d’U’Wine suivent les valorisations des vins de leurs clients tous les mois. Une fois le bon délai atteint selon eux, qui correspond à l’apogée du millésime, l’investisseur peut réaliser son investissement et donc vendre ses bouteilles, soit en BtoB, la solution la plus rapide, soit à un consommateur, "une vente qui prend plus de temps, mais qui est mieux valorisée", insiste Dorothée Berny. Et celle-ci de préciser également que "la vente de petits lots est plus intéressante pour nos investisseurs au niveau fiscal étant donné qu’au-dessous de 5 000 euros, il n’y a pas d’imposition sur la plus-value". Chez Cavissima, le fondateur Thierry Goddet, en tant qu’expert, assure non seulement la provenance, mais aussi la livraison sur le lieu choisi ou la revente de gré à gré. "La société prend une commission de 8,4 %, alors qu’elle atteint 20 % dès lors qu’une bouteille doit être expertisée par un spécialiste, avant une vente aux enchères", précise ce dernier.
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Qu’il s’agisse d’U’Wine ou de Cavissima, le client/investisseur est propriétaire de ses bouteilles, celles-ci sont simplement stockées dans des conditions optimales respectivement dans le Bordelais et en Bourgogne. Du même coup, les clients échappent aux problèmes inhérents à la détention de bouteilles millésimées : casse, vol, place… Dans un souci de transparence, U’Wine fait d’ailleurs réaliser un audit par KPMG tous les trois ans, pour attester de l’existence de chaque bouteille achetée. La société totalise 8,5 millions d’euros d’actifs sous gestion, avec un stock d’environ 150 000 bouteilles à Bordeaux. Et d'un point de vue comptable, aussi bien chez Cavissima qu’U’Wine, une fois le vin mis en bouteille, celles-ci sont acheminées à Genève en port franc, bénéficiant ainsi du régime de suspension de TVA pour leurs clients investisseurs.
Un rendement appréciable
S’il ne peut garantir avec certitude le niveau futur de l’investissement, U’Wine revendique néanmoins un rendement annuel compris entre 5 et 8 % sur les bouteilles des millésimes 2008 et 2009, vendues en 2014 et 2015. Un rendement quoi qu’il en soit supérieur aux produits d’épargne classiques. Et ses frais de gestion sont de 2 % par an du contrat de vente (plus les frais de transport/stockage correspondant à 1,10 € par bouteille par an).
De son côté, Thierry Godet revendique un rendement positif moyen de 22 % sur trois ou quatre ans de détention pour 79 % des transactions, "soit en retirant les frais de stockage notamment, autour de 4 à 5 % de rendement annuel net". Et "21 % ont perdu 10 % de leur placement. Mais les clients qui sont en perte sont souvent des investisseurs trop pressés, ils confondent vitesse de liquidité et prix", estime le dirigeant.
Un mandat de gestion d’un montant annuel de 10 000 € minimum
8,5 millions d’euros d’actifs sous gestion, un stock d’environ 150 000 bouteilles à Bordeaux
Autour de 4 à 5 % de rendement annuel net