Une agriculture économe en intrants, centrée sur l’agronomie, respectueuse du principe pollueur-payeur et créant de l’emploi. Telle est la politique agricole souhaitée par l’organisation écologiste WWF et la fédération des CIVAM (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural).
L’environnement s’invite chaque jour un peu plus dans l’agenda des politiques. Michel Barnier et John Bensted-Smith, directeur à la Commission européenne, ont répondu présents à l’invitation adressée par le WWF et la FNCIVAM pour débattre de la mise en place d’une politique agricole européenne « durable ». Un débat tenu le 14 octobre à Paris dans le cadre d’un colloque monté par les deux organisations.
Les griefs de ces dernières à l’égard de la Pac sont nombreux : « L’agriculture dite moderne s’est coupée de la terre et de l’animal », résume Claude Dumont président du WWF France. « Il faut proposer un projet alternatif crédible qui réduise l’empreinte écologique de l’agriculture », ajoute-t-il. Cette agriculture « durable », Denis Gaboriau, président de la FNCIVAM, la décrit comme suit : autonome et économe en intrants, productrice de valeur ajoutée, créatrice d’emploi et abandonnant les DPU (droits à paiement unique) « relique d’une ancienne Pac dont il faut tourner la page ». Le réseau européen de WWF se dit prêt à se mobiliser pour obtenir une Pac « ambitieuse pour 2013 » si elle intègre dans son fonctionnement le strict respect du principe pollueur-payeur et la valorisation de la biodiversité, avertit Claude Dumont.
« Réformer avec les agriculteurs »
« On ne fera pas bouger les lignes sans les agriculteurs, et encore moins contre eux », explique, en réponse, le ministre de l’Agriculture Michel Barnier. Soucieux de convaincre, le ministre rappelle qu’une des volontés de la France, dans le cadre du bilan de santé de la Pac, est de réorienter une partie des aides agricoles en direction de l’élevage à l’herbe, des ovins, de la production laitière en zone fragile ou de montagne. De manière plus large, Michel Barnier plaide pour une autre approche du commerce mondial : « On ne peut pas parler seulement d’alimentation et d’agriculture à l’OMC. Il faut créer un autre forum. Il faut aussi un groupe d’expert de très haut niveau – type GIEC – sur l’agronomie, le climat, l’agriculture… ». Des réformes internationales, le député socialiste européen Stéphane Le Foll en appelle aussi de ses vœux. « On ne pourra pas nourrir la planète sans soutenir toutes les agricultures du monde,explique-t-il en tribune. On a trop laissé croire qu’on pourrait spécialiser quelques contrées ». Fustigeant l’éco-conditionnalité mise en place au niveau européen, le parlementaire souhaite la mise en place de modèles de production agricoles qui intègrent « réellement » l’environnement « dans le cadre d’une Pac qui joue la carte de la qualité et de la diversité des agricultures ».
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Une agriculture économe en intrants pourra-t-elle nourrir le monde ? Oui, répondent les intervenants des différentes tables rondes. « On a besoin d’une révolution agro-écologique », insiste Benedikt Haerlin, directeur de la Foundation for Future Farming, basée en Allemagne, affirmant que les petites fermes – notamment biologiques – assurent actuellement la majeure partie des besoins alimentaires des populations sur la planète. Autre leitmotiv : produire au plus près du lieu de consommation. Dans cette logique, Emmanuel Bailly, directeur d’une société de conseil, propose la mise en place d’un « indice de souveraineté alimentaire » permettant à chaque pays, voire à chaque région, de connaître son niveau de dépendance. Aborder la question par l’angle du seul transport ne convainc pas Ariel Brunner, en charge du suivi des politiques agricoles européennes à l’ONG Birdlife International. « Je ne crois pas à une agriculture où chaque région doit tout faire. Il faut penser en termes d’analyse de cycle de vie complète. Souvent le côté transport est moins important (en termes d’impact écologique, ndlr) que celui des investissements pour la production et les intrants ». En outre, viser l’autosuffisance pour tous les produits agricoles est jugé irréaliste pour John Bensted-Smith, directeur à la Commission européenne (DG Agri), notamment pour les protéines végétales en Europe. « Si on veut maintenir les échanges internationaux sur le non-agricole, il faudra probablement conserver ce même principe pour les échanges agricoles », estime-t-il.
« Renforcer la culture agricole des écologistes »
Soucieux de conserver une politique agricole européenne, les participants ont insisté sur la nécessité de relégitimer la Pac, Stéphane Le Foll et Ariel Brunner appelant chacun de leur côté à redonner du sens à la notion de contrat et d’objectif. Une légitimité de la Pac qui passe également par une lisibilité des aides, selon Jacques Morineau, agriculteur et président du réseau agriculture durable. Ce dernier, qui a fait de l’autonomie le principe de base de la conduite de son GAEC, appelle à la mise en place d’un progressivité des aides en fonction de l’environnement.
« Il faut renforcer la culture écologique des agriculteurs et, de l’autre, renforcer la culture agricole des écologistes », selon l’expression de Claude Dumont, le président du WWF France.