Si les aides d’État ont permis un développement d’une irrigation plus raisonnée et d’une politique de construction de barrages à usage agricoles, la gestion de l’eau reste un enjeu primordial de l’agriculture dans le pays. Le pompage dans les nappes phréatiques est notamment la principale inquiétude.
Les rangées d'arbres s’étendent à l’infini dans la plaine du Saïss. Sur une colline qui domine les plantations de prunes, de pêches-nectarines, de raisins, d’amandiers, d’olives on peut voir au loin la commune d’El Hajeb et les premiers contreforts séchés et rocailleux du Moyen-Atlas. « Deux à trois fois par an on a de la neige sur cette montagne. À 45 min vous avez les pistes de ski d’Ifrane », pointe Réda Zniber, le directeur général des Domaines Zniber, à qui appartiennent les 740 hectares (ha) de ce domaine arboricole situé au sud de Meknès. Son père a commencé à exploiter les lieux depuis 1956 et le groupe est aujourd’hui devenu avec 8300 ha répartis au Maroc, un des principaux acteurs agricoles et le premier producteur de vins du pays.
De la neige parfois, mais peu de pluie. Dans cette plaine du centre du pays, la pluviométrie moyenne se situe entre 300 et 400 mm/an. Dès lors, la gestion du précieux liquide devient un enjeu primordial pour les cultures. Au milieu des rangées de pruniers et de vignes trônent deux bassins de rétentions, construits récemment. « Les subventions pour leur construction vont s’arrêter en 2020, il aurait été stupide de ne pas le faire », explique Réda Zniber. « C’est devenu essentiel pour les quatre mois les plus chauds », ajoute-t-il en montrant les bassins d’une contenance totale de 100 000 m3, sur lesquelles une fine couche d’algue verte a commencé à se développer. Avec une irrigation en goutte à goutte, il faut compter en moyenne pour l’ensemble du domaine 6000 m3 d’eau par hectares et par an. Des réserves qui peuvent s’avérer insuffisantes les années de sécheresse.
« L’année dernière, l’eau des réservoirs n’a pas suffi pour l’exploitation, il a fallu faire appel aux forages », explique Abdel Kader Chaddad, le responsable d’exploitation du domaine. Ce dernier peut compter sur 10 forages, lui permettant d’accéder à l’eau de la nappe phréatique. « Ici, la réglementation encadre le fait de creuser, notamment avec une limite au niveau des mètres qu’on peut forer. Mais ensuite le fait de puiser dans la nappe est libre », détaille-t-il. Même avec cette solution, l’eau reste une inquiétude. Pour y répondre, un barrage avec un bassin de rétention sur la commune de Sefrou, à quelques dizaines de kilomètres est prévu d’ici 2020. « Une fois en place, il devrait permettre d’irriguer 50 000 ha dans la plaine du Saïss, contre le paiement de droits pour l’accès à l’eau », complète Reda Zniber. Une alternative pour les agriculteurs qui auront les moyens de payer.
« C’est la surexploitation des nappes qui posent un problème »
La plaine du Saïss est un exemple des enjeux que continue de poser la gestion de l’eau au Maroc, un pays où près de 80 % des réserves sont utilisées pour l’agriculture. Le Plan Maroc Vert lancé en 2008 avait notamment pour objectif de faire passer les surfaces irriguées de 60 000 à 1,6 Mha à l’horizon 2020. Ce chiffre aurait atteint 1,5 Mha en 2017 selon Business France. Parallèlement, un Programme national d’eau en irrigation avait été mis en place pour accompagner les agriculteurs vers une irrigation maîtrisée, notamment en favorisant la dessalinisation ou les techniques de goutte-à-goutte. Les investissements des exploitations de moins de 5 ha dans le goutte-à-goutte sont ainsi pris en charge en totalité par l’État. Autant de mesures qui ont commencé à avoir un effet sur le terrain. « Pour les gens qui ont accès à des périmètres irrigués, gérés par l’État, qui payent l’eau, la majorité est passée aux goutte-à-goutte », constate Frédéric Faillières, directeur général de Maïsadour Maroc. Malgré ces progrès, l’agriculture irriguée ne concerne que 15 % des surfaces cultivées, mais produit près de 45 % de la valeur ajoutée agricole du pays. Et 70 % des exploitations restent situées dans des zones semi-arides ou montagneuses.
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Au-delà de l’irrigation, c’est la gestion globale de la ressource elle-même qui interroge avec le réchauffement climatique. « La pluviométrie du Maroc est en baisse depuis 40 ans, mais celle-ci a toujours été faible. C’est la surexploitation des nappes qui pose véritablement problème, c’est la force des prélèvements qui augmentent dans le sud du pays », détaille Frédéric Faillières. Notamment dans la région de Marrakech ou activités agricoles et touristiques donnent lieu à une forte compétition pour l’accès à l’eau.
« L’année dernière, l’eau des réservoirs n’a pas suffi pour l’exploitation, il a fallu faire appel aux forages »
« C’est la surexploitation des nappes qui pose véritablement problème »
La politique des barrages, protection du pays face au manque d’eau
Si le réchauffement climatique a notamment pour effet de changer la dynamique des flux de pluviométrie, le pays est pour l’instant relativement protégé par sa politique des barrages à usage agricole. 139 ouvrages existeraient déjà pour une capacité de 17,6 Mrds de m3 et le Secrétariat d’État chargé de l’Eau veut porter cette capacité à 25 Mrds d’ici 2030, en construisant une cinquantaine de nouveaux ouvrages. L’année 2018, année de sécheresse en Europe, se présente d’ailleurs comme plutôt positive pour le Maroc avec une pluviométrie qualifiée de « régulière » venant après un printemps clément. Au mois de septembre 2018, le niveau de remplissage des barrages à usage agricoles dans le pays était ainsi de 56 %.