Deux enseignes de grande distribution, E.Leclerc et Mousquetaires, se sont engagées à soutenir le cours du porc par l'intermédiaire de leurs outils industriels. Le 11 juin, leurs acheteurs ont appliqué des hausses de 5 centimes sur le marché au cadran : résultat, la cotation a grimpé de 3,8 centimes le kilo, dans une période cependant déjà haussière. Pour le directeur du cadran, la hausse des cours français ne peut être durable, dans un marché européen, que si la grande distribution met en avant plus sensiblement le porc français.
Après une séance particulièrement longue, la cotation du marché du porc breton (MPB) de Plérin du 11 juin s'est fixée à 1,311 euro le kilo, en hausse de 3,9 centimes par rapport à la semaine précédente. Conformément à leurs annonces du 9 juin, les acheteurs des outils industriels d'Intermarché (Josselin Porc Abattage) et de Leclerc (Kerméné) ont appliqué des hausses de 5 centimes dans leurs achats. Les deux enseignes de grande distribution avaient annoncé qu'elles mettraient en place, au travers de leurs outils industriels, des mesures visant à faire remonter les prix payés aux producteurs de porc (et de bovins viande dans le cas des Mousquetaires). Josselin Porc Abattage (ex-Gad) augmentera ses prix d'achat au cadran de 5 cts le kilo par semaine, « jusqu'à ce que le prix du porc atteigne un niveau proche de 1,40€ le kilo », a annoncé le groupe dans un communiqué. De la même façon, E. Leclerc s'est engagé à « continuer » à acheter exclusivement du porc français au travers de ses outils industriels (Kerméné), à privilégier les approvisionnements « sur le marché au cadran » et à s'organiser pour « soutenir le marché dans la perspective d'atteindre un prix du porc au cadran proche de 1,40€ le kilo ». Ces annonces interviennent quelques jours avant l'assemblée générale de la Fédération nationale porcine (FNP), au cours de laquelle le ministre de l'Agriculture devait annoncer des mesures d'encadrement des promotions et des ventes à perte, si aucun accord n'a été pris au sein de l'interprofession (Inaporc).
Pas de hausse durable sans les GMS
Jeudi, à Plérin, les acheteurs de JPA et de Kerméné ont été suivis dans leur hausse de 5 centimes par Cooperl. Ces trois acheteurs représentent plus de la moitié des achats au cadran (28 000 porcs achetés, sur 53 000 ventes ce jeudi), et ont un impact fort sur la cotation bretonne. Mais cette hausse, sur le seul cadran, n'est durable « que si elle est en harmonie avec les autres marchés européens », prévient Jean-Pierre Joly, directeur du MPB. C'est ce qui s'est passé cette semaine. La hausse à Plérin a suivi une hausse de 5 centimes en Allemagne la même semaine, et a précédé des annonces de cotations, de hausse sur les autres bassins. « Si demain, il n'y a des hausses qu'en France, la viande étrangère va inonder les salaisons », prévient Jean-Pierre Joly. Pour lui, une seule solution : « Il faut que la grande distribution mette beaucoup plus en avant le porc français, surtout sur la salaison. Il y a plus de demandes sur le jambon français, mais il faut que les saucisses et les lardons suivent. Allez trouver du lardon français en grande distribution ! » Dans un billet paru sur son blog le 9 juin, le directeur général de l'enseigne de grande distribution Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, demande, quant à lui, que « les grandes marques industrielles type Herta, Fleury-Michon, etc. » prennent également des engagements en faveur des producteurs de porcs. Le dirigeant de Leclerc constate que, le 9 juin, l'Ania (association des industries agroalimentaires, ndlr) « n'avait pas encore bouclé son tour de table ». De la même façon, Coop de France a salué « l'initiative de certaines enseignes de la distribution de mieux rémunérer le travail des éleveurs de porcs et de bovins », et appelé à « amplifier ce soutien ».
AVEC un mois de mars record à + 14 %, la production espagnole est en croissance de 8,37 % à 12 millions de porcs animaux abattus (porcs, coches et porcelets) sur le 1er trimestre 2015. Une progression phénoménale pour les analystes du MPB qui rapportent ces chiffres du ministère de l'Agriculture espagnol dans leur note mensuelle, parue le 8 juin. Il s'agit d'une progression « de plus de 920 000 animaux », constatent-ils. « Cette activité est dans la continuité de la fin d'année et annoncée dès le début 2014 par une forte augmentation du cheptel truies », expliquent-ils. « Avec une telle production supplémentaire, les exportations ne pouvaient être qu'à la hausse dans un pays où la consommation a beaucoup de mal à se tenir (moins 0,5 % en viande fraîche et moins 6,5 % en produits transformés pour 2014), analyse le MPB, qui rapporte que les exportations totales de l'Espagne vers les pays tiers ont progressé de 43 % et représentent aujourd'hui 16% des exportations totales pays tiers de l'UE. En carcasses et pièces, les ventes vers les pays tiers explosent + 58 % : Chine (+ 38 %), Japon (+ 36 %), Corée du Sud (+ 138 %) pour les principaux débouchés.
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Les cours ne décollent pas
Depuis le début de l'année, les cours du porc ne décollent pas, constatent les analystes du MPB dans un note mensuelle parue le 8 juin. Les cinq premiers mois de l'année sont « marqués par une abondante production dans l'UE, la poursuite de l'embargo russe et une baisse inopportune de la consommation en Europe», constatent-ils. Dans ce contexte, « malgré la hausse des exportations vers d'autres pays tiers, il est difficile de provoquer un déséquilibre offre / demande favorable à la hausse du prix du porc », regrettent-ils. Sur 5 mois, le prix est en repli de 13,5 % par rapport à l'année dernière, à 1,189 € cumulé depuis le 1er janvier. Même avec les plus-values techniques qui portent le prix payé à environ 1,35 € le kilo, le coût de production, compris entre 1,50 et 1,55 € du kilo selon le MPB, est loin d'être atteint. « La fin 2014, ce début 2015 est un marasme sans nom pour les éleveurs, l'avenir s'inscrit en pointillé dans de telles conditions », prédit le MPB.
Des agriculteurs ont mené, dans la nuit du 10 au 11 juin, des actions coup de poing contre une trentaine de supermarchés d'Ille-et-Vilaine, pour protester contre les prix trop bas pratiqués, selon eux, par la grande distribution, a-t-on appris de source syndicale. Entre 21H00 mercredi et 3H00 jeudi matin, les manifestants ont déversé des gravats, de la terre, des pneus, de la paille, des palettes et parfois même du lisier devant les entrées des grandes surfaces de toutes enseignes, en bloquant les accès. La ville de Vitré a été particulièrement « ciblée » avec au moins cinq établissements visés. Des actions ont également eu lieu dans des grandes surfaces de Fougères, Dol-de-Bretagne, Bain-de-Bretagne et dans plusieurs localités de la périphérie rennaise. « Les grands surfaces tirent les prix au plus bas. Les agriculteurs sont étranglés », a justifié une des porte-parole des Jeunes agriculteurs d'Ille-et-Vilaine.