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Leclerc pris en étau entre Greenpeace et les producteurs de fruits et légumes

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Dans le viseur de Greenpeace et de l’UFC-Que choisir qui dénoncent la présence de résidus de pesticides dans les fruits et légumes, l’enseigne Michel-Edouard Leclerc a répondu aux attaques en assurant déclarer « la guerre aux pesticides ». Une annonce qui a scandalisé les producteurs de fruits et légumes et qui n’a pas vraiment convaincu Greenpeace.

Pas facile de trouver un positionnement qui réponde aux attentes des producteurs de fruits et légumes et à celles de Greenpeace. Michel-Edouard Leclerc a pu le constater début décembre, prenant tour à tour des coups de la part du collectif Sauvons les fruits et légumes de France, puis de Greenpeace. Répondant aux attaques de l’ONG et de l’UFC-Que Choisir, qui accusent l’enseigne Leclerc de ne pas agir suffisamment pour la diminution de l’utilisation de pesticides dans les fruits et légumes, Michel-Edouard Leclerc publiait le 8 décembre une tribune affirmant que « E. Leclerc déclare la guerre aux pesticides ». Il y décrit le plan d’action de l’enseigne pour « la réduction des pesticides dans l’alimentation ». Michel-Edouard Leclerc annonce « le lancement d’une grande campagne d’investigation confiée à des laboratoires indépendants », la mise en place dans les centres Leclerc « d’un comité scientifique capable de dire les urgences et d’évaluer les nouvelles préconisations », « une meilleure valorisation des pratiques alternatives » à travers des contrats de filières et l’évolution des « cahiers des charges qualitatifs du Groupement d’achat d’E. Leclerc » vers plus d’exigence.

Les producteurs vent debout

La tribune de Michel-Edouard Leclerc n’a pas tardé à faire réagir le collectif de producteurs Sauvons les fruits et légumes de France, irrité par les annonces du directeur général de l’enseigne. Michel-Edouard Leclerc est « atteint de cécité », affirme le collectif dans un communiqué du 12 décembre. Et de démonter, les unes après les autres, toutes les ambitions définies par l’enseigne. Un comité scientifique existe déjà, indique le collectif. « C’est le rôle de l’Agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes (Aprifel) », qui présente la caractéristique, non négligeable pour le collectif, d’être indépendant, tandis que le comité de E. Leclerc « dépendra surtout de la grande distribution ». Sur la valorisation des pratiques alternatives, le collectif rappelle à Michel-Edouard Leclerc que de nombreuses initiatives existent déjà et qu’elles fonctionnent (fermes Dephy, écophyto…). Enfin, le collectif estime que le durcissement des contraintes mentionnées dans les cahiers des charges n’aurait pour effet que de « décrédibiliser l’ensemble des cahiers des charges déjà existants ».

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Le lendemain, 13 décembre, nouvelle étape dans le feuilleton. C’est au tour de Greenpeace de réagir à la tribune de Michel-Edouard Leclerc. Plus réceptive au discours du directeur général de l’enseigne, Greenpeace estime que ce plan d’action constitue « un premier pas qui, s’il est traduit en actes, pourrait constituer une avancée significative » et se félicite de l’ambition de E. Leclerc de « réduire les pesticides de 50 % d’ici à 2020 ». Mais l’ONG reste vigilante. Elle veut des résultats concrets, pas le remplacement « d’une molécule chimique par une autre ». « La suppression des pesticides ne se fera pas du jour au lendemain », reconnaît Laure Ducos, chargée de campagne agriculture chez Greenpeace France Mais pour parvenir à cet objectif, il faut accompagner « les agriculteurs – au travers d’un soutien technique voire financier, ainsi que par la mise en place d’une sécurité contractuelle », poursuit-elle.

Michel-Edouard Leclerc est prévenu : « Greenpeace suivra de très près la mise en place des propositions de l’enseigne afin que les communications du groupe ne restent pas des paroles en l’air ». En clair, le directeur général de Leclerc va devoir jouer au contorsionniste pour éviter les attaques de l’ONG sans se mettre à dos les producteurs de fruits et légumes.

Le durcissement des cahiers des charges aurait pour effet de « décrédibiliser l’ensemble des cahiers des charges déjà existants »