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Conjoncture Chine L’économie chinoise dans l’impasse

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« La Chine, le prochain cygne noir de l’économie mondiale ? », telle était la question posée par le Cercle Turgot, un centre de réflexions et d’analyses financières de l’association des élèves et anciens élèves de l’Institut de haute finance de Paris, lors d’une conférence le 14 juin. Une réelle incertitude pour les marchés mondiaux des matières premières, notamment agricoles, qui, depuis quelques années, sont tirés par la demande chinoise.

«De 2011 à 2015 la Chine participera pour 61% à la croissance de la demande en pétrole dans le monde », explique Jean-Luc Buchalet, associé fondateur de PrimeView, cabinet indépendant de recherche économique et financière. Un pays dont il faut suivre la consommation, selon lui, car elle influence celle des pays émergents et explique la demande mondiale en pétrole. D’après Jean-Luc Buchalet, « les pays émergents contribueront à plus de 85% à la croissance de la demande en pétrole d’ici à 2035 », avec une part toujours majoritaire de 36% pour la Chine sur la période 2015-2035. La demande en pétrole et les cours de l’énergie expliquant en bonne partie l’évolution des prix des matières premières, notamment agricoles, l’appétit chinois pourrait conduire les évolutions de ces marchés à court et moyen terme.

Une croissance chinoise qui s’érode

Le gouvernement chinois ayant récemment revu à la baisse ses perspectives de croissance pour 2012 à 7,5%, le modèle économique du pays basé sur les exportations et l’investissement, notamment dans la construction, pourrait être remis en cause. « Nous allons vers la fini de ce modèle », déclare Jean-Luc Buchalet, pointant du doigt la fragilité de la bulle immobilière chinoise. « Le secteur de la construction immobilière constitue 15% du produit intérieur brut (PIB) en Chine, contre 13% en Espagne au plus fort de la bulle immobilière », indique-il. « Actuellement le modèle tient grâce à une orgie de crédits », explique l’économiste. Avec une hausse du stock de prêts de 1,1% par mois entre 2005 et 2009, ce chiffre s’est établi à 1,7% par mois en 2012. « Ça commence à bloquer », lâche Jean-Luc Buchalet. À ceci s’ajoute une dépendance forte aux importations de matières premières et une économie industrielle tournée vers l’exportation, souffrant actuellement d’une croissance en berne chez ses principaux clients, à savoir les Etats-Unis et l’Union européenne. En 2011, les exportations nettes de la Chine étaient déficitaires de 5,8%. Selon Jean-Luc Buchalet, « il faudrait développer en Chine une économie de services pour développer la consommation intérieure », peinant aujourd’hui à prendre le relais du ralentissement du commerce extérieur. Et, même si le marché chinois consommait d’avantage, avec d’importantes marges de progression à l’heure actuelle, « la planète ne le supporterait pas », d’après Jean-Luc Buchalet. De plus, selon lui, la dépendance énergétique de la Chine est déjà telle, qu’une hausse importante de sa consommation ferait s’envoler les cours de l’énergie, ce qui bloquerait de fait la croissance.

La Chine en manque de ressources

« 30% des terres en Chine pourraient disparaître avec le réchauffement climatique », explique Jean-Luc Buchalet, montrant de plus un net ralentissement de la progression annuelle des productions de céréales en Chine. Celle-ci est passée de 4,9% sur la période 1960-1990, à 0,7%/an entre 1990 et 2010. En France, la production ralentit aussi, passant de 3,9%/an à 1,3%/an sur les mêmes périodes. Seul le Brésil voit le rythme annuel de ses quantités de céréales produites augmenter, passant de 2,6%/an sur la première période à 4,2%/an sur la seconde. Avec près d’un quart de la population mondiale en Chine, et seulement 8% des terres arables dans le monde, le pays essaye de gonfler ses rendements à grands coups d’intrants. Mais Jean-Luc Buchalet souligne « qu’avec une utilisation d’engrais cinq fois plus importante en Chine qu’aux Etats-Unis, afin d’optimiser la production alimentaire et de limiter l’inflation, le pays allait au devant de graves problèmes écologiques ». Selon lui, ceci induirait une dégradation des terres et des eaux qui pourrait conduire, au contraire, à une hyper inflation alimentaire. Le spécialiste pointe aussi un problème dans l’efficience de l’utilisation des ressources en Chine. Selon lui, le rapport entre la consommation de matières premières par dollar de produit intérieur brut (PIB) généré s’établi à 1,1 kg/$ au niveau mondial, ce chiffre tombe à 0,7 kg aux Etats-Unis, mais monte à 8,8 kg en Chine. « Un gâchis énorme, qui induit qu’au moindre ralentissement de l’économie chinoise les marchés des matières premières pourraient s’effondrer », souligne Jean-Luc Buchalet. Mais, selon lui, si à court terme « nous allons assister à la poursuite de l’effondrement des matières premières », à l’image des cours du pétrole aujourd’hui bien au-dessous des 100$ le baril, « à moyen ou long terme l’envolée est inévitable ». Les relais se trouveraient d’ailleurs dans d’autres pays en développement ou dans des pays comme le Brésil ou la Russie.

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