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Paris climat 2015 L'économie du carbone agricole est quasi-désertique

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Les outils de maîtrise des émissions des gaz à effet de serre seront au cœur de la conférence Paris Climat 2015. Pour l'instant, l'agriculture est peu concernée par les crédits carbone. Si les pratiques agricoles vertueuses pour le climat existent, les efforts doivent se concentrer aussi sur des outils économiques.

« Pour l'agriculture, il n'y a pas grand-chose », explique Claudine Foucherot, chargée de recherche agriculture et forêt à CDC Climat, à propos des outils pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Le marché du carbone, créé en 2005 en Europe, concerne directement l'industrie et l'énergie, mais pas l'agriculture. D'une part, le secteur de l'agriculture n'est pas bénéficiaire des quotas d'émissions distribués chaque année par la Commission européenne. Et même si c'était le cas, l'efficacité de cet outil ne fait pas l'unanimité. « La baisse des émissions de gaz à effet de serre constatée ces dernières années en Europe est surtout liée à la baisse des activités industrielles à cause de la crise économique de 2008 », soutient Geneviève Azan, maître de conférence en économie à l'Université Toulouse II, porte-parole d'Attac écologie et société. Elle remet en question l'efficacité du marché du carbone pour inciter les industriels à atténuer leurs émissions. Au contraire, Emilie Alberola, chef de pôle recherche marché du carbone et des énergies à CDC Climat affirme : « Le marché du carbone est efficace pour les grandes sources d'émissions de gaz à effet de serre (énergie et industrie) ».

Le débat est très animé et relève parfois du débat d'idées sur le modèle économique du monde : « Le marché du carbone, c'est la réponse néolibérale de la question climatique », critique l'économiste toulousaine qui préconise une fixation du prix par l'Etat à travers une taxe carbone. L'experte du CDC Climat rappelle pour sa part que « le marché du carbone sera l'outil principal pour atteindre l'ambition climatique de l'Union européenne ».

Un petit pas pour l'agriculture

Pour autant, la Politique agricole commune n'ignore pas le dérèglement du climat. « Nous avons sélectionné vingt mesures de la Pac entre 2003 et 2013. L'objectif est de déterminer leur impact sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces mesures ont permis, en France, de réduire les émissions de deux millions de tonnes équivalent CO2 chaque année », rapporte Claudine Foucherot.

En outre, si l'agriculture ne bénéficie pas directement des quotas d'émissions du marché carbone, elle peut être émettrice de crédits d'émissions. « Si un opérateur (public ou privé, ndlr) investit dans un projet peu émetteur de GES, il peut obtenir des crédits d'émissions de carbone (1)», décrit Genevière Azan.

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« L'agriculture pourrait mieux faire »

« L'agriculture pourrait mieux faire », continue Claudine Foucherot. Car les outils à disposition du carbone agricole manquent. Politiques d'abord. « En ce moment, il y a des débats au sein de l'Union européenne sur la mise en place d'une éventuelle politique climat spécifique aux secteurs agricole et forestier », raconte Claudine Foucherot. Par ailleurs, il est urgent d'améliorer les techniques de quantification des émissions agricoles de gaz à effet de serre. « A titre d'exemple, nous avons plus de 100% d'incertitudes sur les émissions agricoles du protoxyde d'azote », regrette la spécialiste. Le Forum international de l'agriculture et du climat, qui devait se tenir le 20 février à Paris, avait pour objectif de préparer la position « offensive» de l'agriculture pour les négociations de décembre prochain. Une nécessité, car l'agriculture reste, pour l'heure, l'enfant pauvre des outils économique de lutte contre le dérèglement climatique.

(1) voir, dans ce numéro, l'article « La forêt de Kinshasa, une banque de crédits carbone en nature »

« L'accord de Paris ne permettra pas de fixer un prix mondial du carbone »

« Aujourd'hui, l'enjeu n'est pas du tout le même qu'à Kyoto. En 1997, le protocole avait deux enjeux : fixer un plafond d'émissions industrielles et répartir l'effort entre les pays signataires », relate Emilie Alberola, chef de pôle recherche marché du carbone et des énergies à CDC Climat. Si de nombreux politiques clament ici et là qu'il faut fixer le prix du carbone à Paris en 2015, l'experte rationalise le débat : « L'accord de Paris ne permettra pas de fixer un prix mondial du carbone ». Elle rappelle que le pragmatisme doit être de mise : « On ne peut pas prétendre faire signer un accord international uniquement contraignant sur un objectif de réduction d'émissions de gaz à effet de serre quantitatif ». L'enjeu de Paris climat 2015 sera double. En premier lieu, « chaque Etat devrait s'engager à être transparent sur le niveau de ses émissions de gaz à effet de serre et sur l'ambition de sa contribution à l'effort mondial de réduction ». En second lieu, il faut que « les pays présents aux négociations parlent de la même tonne de carbone. »