Une société de biotech américaine vient d’annoncer la création des premiers porcs résistants au SRRP, grâce aux techniques d’édition de gène. En débat à Bruxelles dans le domaine végétal, ces techniques, qui ont le potentiel d’accélérer considérablement la sélection génétique, frappent pour la première fois à la porte de la sélection animale.
La société américaine de biotechnologies Genus a annoncé, début décembre, avoir développé des porcs résistants au virus SRRP – une maladie très coûteuse en production porcine – grâce aux techniques d’édition de gènes, et envisage de les commercialiser. La recherche, menée par des scientifiques de l’Université du Missouri, publiée dans la revue Nature Biotechnology le 7 décembre, montre que ces porcs ne produisent pas une protéine spécifique nécessaire à la propagation du virus chez les animaux. L’édition de gène fait partie des nouvelles biotechnologies dont Bruxelles examine actuellement le statut juridique, mais seulement pour l’instant, dans le domaine végétal. L’application de cette technique à la sélection des animaux d’élevage est une première. « C’est la première application animale qui est annoncée », estime Joël Bidanel, directeur du pôle génétique de l’Ifip-Institut du porc. Toutefois, il faudrait « au moins cinq ans avant que les animaux résistants soient commercialisés aux producteurs », annonce le communiqué. Au travers de cette annonce, les techniques d’édition génétique frappent pour la première fois à la porte de la sélection animale. En l’occurrence, il est difficile de savoir si la résistance au virus SRRP, en elle-même, est intéressante pour la filière. Certes en Europe, le virus coûterait 1,5 Mrd € par an, estime Genus. Mais jusqu’ici, la recherche d’animaux résistants à une pathologie est « une voix que l’on s’est toujours refusé à prendre », explique Joël Bidanel. Car incertaine à moyen terme.
Micro-cochons chinois
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Au-delà du cas du SRRP, la rapidité avec laquelle les techniques d’édition de gène ont trouvé leur application en sélection animale est impressionnante et laisse présager de nombreuses annonces du même type à l’avenir. « C’est un joli résultat scientifique et une voie ouverte sur une nouvelle technologie, qui pose la question suivante : doit-on se contenter de la variabilité naturelle du génome ou se permettra-t-on de créer une variabilité supplémentaire ? », réagit le directeur du département génétique animale de l’Inra, Denis Milan. « À partir du moment où l’on arrive à apporter des variations dans l’expression du gène, on peut imaginer obtenir des animaux plus efficaces », estime Joël Bidanel. Cette technique semble avoir le potentiel d’accélerer considérablement la sélection animale, et l’interroge sur ses objectifs à long terme, qui se voient soudainement rapprochés à moyen voire court terme. « C’est une technologie potentiellement de tout premier ordre, explique Denis Milan. La question est de savoir comment la société va accepter cette technique, quel usage en sera fait, et à qui bénéficie ce progrès ? » Dans le domaine de l’édition de gènes, la recherche chinoise est déjà très dynamique ; le laboratoire chinois de biotechs BGI a présenté, le 23 septembre à Shenzhen, des « micro-cochons » de 15 kilos à taille adulte, obtenus par des techniques d’édition de gène, et destinés au marché des animaux domestiques. Que nous réserve-t-elle demain ?