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Marché international L’Égypte réclame l’aide de la France pour ses achats de blé

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Bercy étudie un appel à l’aide de l’Egypte pour le financement de ses achats de blé et la construction de silos. Cela faciliterait les exportations françaises, dont la qualité passe mal sur cette destination, mais qui ont des atouts à valoriser.

L’Égypte a officiellement demandé à la France des facilités de paiement et du stockage gratuit pour ses importations de céréales, étant en proie à une crise économique prolongée. Paris étudie la requête et se dit ouvert à une telle aide, considérant son aspect vital en termes de sécurité alimentaire, indique une source diplomatique française. La demande d’assistance inclut la construction de silos en Égypte, le stockage du blé acheté jusqu’à six mois en France sans majoration et avec livraison selon les besoins de l’acheteur, des délais de paiement différés entre neuf à douze mois après expédition. Deux ans de troubles politiques et de crise économique ont amenuisé les ressources financières égyptiennes, rendant difficiles ses importations alimentaires et énergétiques. L’office d’achat public des produits alimentaires (Gasc), qui, avec les importateurs privés, acquiert environ 10 Mt de blé par an, est resté inactif sur les marchés internationaux depuis février. Bien que les autorités égyptiennes disent espérer cette année une hausse de la récolte domestique afin de réduire de moitié les achats à l’étranger, elles cherchent aussi assistance auprès des fournisseurs. Bercy étudie maintenant avec les exportateurs céréaliers français une réponse à la demande de l’Égypte, indique la source. La requête a été envoyée, il y a plusieurs semaines, à l’ambassade française au Caire et discutée fin mai entre l’ambassadeur égyptien à Paris et le ministre français de l’agroalimentaire, toujours de même source.

« Le blé français ne passe que par le prix »

Sans coup de pouce, le blé français a-t-il une chance sur le marché égyptien ? Le Gasc semble lui porter un intérêt variable. « Vers l’Egypte, le blé français ne passe que par le prix, signale le président de France Export Céréales Jean-Pierre Langlois-Berthelot. Il subit notamment la concurrence russe, dont la qualité est jugée idéale. Mais des opportunités existent. » Le pays connaît une progression démographique, comme le reste du bassin méditerranéen. Chaque année, sa population grossit de 1,5 M d’Egyptiens, ce qui nécessite 300 000 t de blé supplémentaires. « Le soucis des importateurs est de sécuriser leur approvisionnement, en élargissant les origines possibles », ajoute-t-il. Côté filière française, des atouts sont mis en avant. L’un d’entre eux est la constance de l’offre. La France est régulièrement présente sur les marchés, quand d’autres pays appliquent des restrictions à l’export, notamment la Russie, l’Ukraine, l’Argentine. Sa logistique est performante, avec aussi une qualité d’exécution, une garantie de livraison. « Le blé français présente une qualité de protéine, soutient Jean-Pierre Langlois-Berthelot. Même si ce n’est pas toujours simple d’en convaincre les importateurs. »

Insuffisance en taux protéine

L’offre française n’est pas adaptée à tous les marchés. Elle convient bien pour la fabrication de pain levé, de type baguette. Ce n’est pas le cas dans des pays où la seconde transformation est mal maîtrisée, nécessitant des farines à force boulangère élevée. « Pour certaines destinations, la production française est perçue comme “pas assez protéinée”, observe-t-il. Il ne s’agit pas de faire du blé à 13 %, mais de garantir 11,5 % à 12 % sur l’export pays tiers, contre 11 % actuellement pour l’origine France. » Autres reproches, son caractère humide, pas propre, avec des poussières. Les livraisons françaises ont aussi tendance à respecter le cahier des charges à la lettre, quand d’autres font plutôt un peu mieux.

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