Quatre mois après l’adhésion des nouveaux pays d’Europe centrale et orientale (Peco), le big-bang économique redouté par certains n’a pas eu lieu. Loin d’être une menace, l’élargissement apparaît de plus en plus comme une opportunité commerciale pour les industriels français de la viande (Sniv) qui étaient réunis le 28 septembre en assemblée générale.
« Il n’y a pas de péril en la demeure». Jean-Paul Bigard, le président du Syndicat national de l’industrie des viandes, a tenu un discours rassurant aux principaux professionnels du secteur (Alliance, Bigard, Charal, Socopa...) réunis à Paris le 28 septembre. Les 10 nouveaux pays adhérents sont moins de nouveaux concurrents que de futurs acheteurs dont le pouvoir d’achat est amené à croître dans les prochaines années, explique le chef de file du Sniv. « Il n’y a pas de craintes à avoir », renchérit Denis Sibille, le président de l’interprofession bétail et viande (Interbev), expliquant que la plupart des professionnels des pays de l’Est qu’il a pu rencontrer ces derniers mois sont « demandeurs d’animaux, de services et de produits ». « L’Europe à 25, cela représente 10% de production de viande bovine en plus, et 20% de consommation en plus ; ce sont donc de nouveaux marchés qui s’offrent à nous » insiste Hubert Cornu, le président du Club Viande bovine Europe, chiffres à l’appui. De fait, si certains pays peuvent représenter une menace commerciale pour la France, c’est davantage en matière de céréales (Hongrie, Pologne ou Tchéquie...) qu’en viande bovine.
Frilosité française
Invité à faire part de son expérience, Giampaolo Schiratti, le directeur général de Bonduelle (légumes), appelle les industriels français à sortir de leur frilosité : « Les pays d’Europe centrale et orientale furent pour nous une opportunité, et je vous encourage à y aller le plus rapidement possible», explique t-il, insistant sur l’idée que plus les professionnels y seront tôt, plus leurs chances d’y réussir seront grandes. « Ce qui est vrai en fruits et légumes n’est pas totalement adaptable en viande bovine », tempère Jospeh Daul, le président de la commission agricole au Parlement européen. Sur le fond, cependant, le député européen ne dit pas autre chose : « Il faut que la filière française s’implante dans ces pays » car « la France a un savoir-faire et a le devoir d’y aller», insiste-t-il.
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Sensible à ces messages, Jean-Paul Bigard acquiesce mais sans se départir totalement d’une certaine prudence. Et en réponse au plaidoyer européen de Joseph Daul, le président du Sniv finit par lacher : « L’enthousiasme est peut-être ce qui manque parfois dans la filière viande ». L’Europe de l’Est ne fait plus peur. Reste à savoir si les encouragements prononcés lors de l’assemblée générale du Sniv suffiront à donner envie...
« Sur-réglementation »
Au-delà de ce débat, Jean-Paul Bigard a profité de la présence de Nicolas Forissier, le secrétaire d’Etat à l’Agriculture, pour dénoncer les freins pesant sur les entreprises : « sur-réglementation», « usage frénétique du principe de précaution », et « surcoûts outranciers» de la taxe d’abattage mise en place en 2004 (sur ce dernier point, voir encadré). « Il faut que les industries agro-alimentaires retrouvent le chemin du ministère de l’Agriculture car c’est leur ministère », a répondu Nicolas Forissier. Au chapitre des annonces, le secrétaire d’Etat a déclaré que la France allait adresser pour le 25 octobre une proposition à la Commission européenne concernant notamment la mise en place de la chaîne d’informations sanitaires entre élevages et abattoirs. Le texte qui sera envoyé « prend en compte les observations et avis émis par les professionnels», a-t-il assuré, précisant que le ministère de l’Agriculture sera « particulièrement attentif» à ce que ce dispositif ne devienne pas une « usine à gaz». Nicolas Forissier a précisé que le plan de modernisation des bâtiments d’élevage qui va débuter en 2005 sera doté dès son entrée en vigueur de plus de 60 millions d’euros et que ce montant sera appelé à doubler dans les 3 ans avec le concours de l’Union européenne. Enfin, se félicitant de la baisse du nombre de cas d’ESB en France – « sans doute deux fois moins de cas cette année que l’an passé» –, le secrétaire d’Etat a estimé que cela « doit nous conduire à nous interroger sur le maintien de certaines mesures (sanitaires, ndlr) », tout en précisant « cela ne peut se faire que sous réserve d’une base scientifique ».
Le Sniv rassemble les principales entreprises industrielles de la viande françaises, soit 19 000 salariés, 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 840 000 tonnes-équivalent-carcasses (tec) abattues (boeuf et veau), et 300 500 tonnes de produits élaborés.