Les biocarburants ne sont plus les seuls à être un sujet d'étude des critères de durabilité du changement d'affectation des sols. Une journée scientifique de l'Inra qui s'est tenue le 29 mars a mis en lumière des études et simulations de chercheurs sur l'incidence de l’élevage sur l'utilisation des sols. De même l’artificialisation des terres passe aussi au crible.
Après les biocarburants, l’élevage et l’artificialisation des terres entrent peu à peu dans les laboratoires, sous la loupe des scientifiques. L’étude du changement d'affectation des sols date d’il y a environ dix ans, quand des ONG ont critiqué le mode de production des biocarburants, estimant que ceux-ci contribuent à réduire la part de l’alimentation dans le monde. Cette critique a mené à des travaux d’une grande complexité, car il s’est agi de quantifier les terres mobilisées directement pour la production de biocarburants (par exemple une forêt tropicale défrichée), ou indirectement quand la production de biocarburants mobilise des terres déjà cultivées pour l’alimentation, nécessitant le défrichage de nouvelles terres pour l’alimentation.
Élevage à l’herbe ou industriel, des résultats parfois inattendus
Par contagion, l’importance de l’élevage est maintenant étudiée. La progression de la consommation mondiale de viande provoque des changements d'affectation des sols. Mais le type d’élevage aussi. L’incidence sur l’emploi du sol n’est pas la même selon qu’il s’agit d'élevage à l'herbe ou au contraire d’industrialisation de l’élevage par des aliments concentrés fabriqués à partir de cultures céréalières. Une étude réalisée par l’Inra avec notamment les chercheurs Agneta Forslund et Fabrice Levert a révélé des « effets inattendus ». En effet, l’industrialisation des élevages dans les pays émergents (Asie surtout) peut conduire, paradoxalement, à accroître le changement d'affectation des sols, d’une part parce que les surfaces de cultures augmentent, et d’autre part parce que face à la forte demande de concentrés, les prix de ces produits s’élèvent et entraînent une substitution dans les rations du bétail en faveur de l’herbe. « C’est ce mouvement qui est à l’origine de l’expansion des pâtures au niveau mondial ». Ces résultats inattendus montrent que la recherche en est à ses tout débuts dans l’exploration cette discipline balbutiante.
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La corrélation entre modes alimentaires et utilisation des sols commence donc à être examinée. De même, sera étudiée l'empreinte sur le sol des centrales de co-génération avec du bois. Enfin, l'artificialisation des sols, phénomène plus redouté, car irréversible, commence lui aussi à passer au crible des critères de durabilité, d'autant plus qu'il touche au potentiel même de production de l'agriculture. Une étude de FranceAgriMer est en cours : « Évolution de la surface agricole utile et occupation des sols agricoles en France métropolitiane (2000-2014) ». Elle sera terminée en juin prochain.
À en croire Philippe Mauguin, p.-d.g. de l’Inra, cette extrapolation de l’étude du changement d'affectation des sols à partir des biocarburants vers l’élevage, le bois-énergie et l’urbanisation des terres est une avancée de la recherche française, du moins sous cette forme aussi explicite telle qu’elle a été exposée lors de cette journée du 29 mars.
L'artificialisation des sols commence elle aussi à passer au crible des critères de durabilité, d'autant plus qu'elle touche au potentiel même de production de l'agriculture