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Space L'élevage investit malgré des marchés difficiles

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Au Space 2014, l'économie a pris le dessus sur les revendications politiques qui avaient, les années précédentes, souvent occupé ses allées. Aujourd'hui, les éleveurs investissent, surtout en lait, afin de faire face aux aléas de marchés.

SAMEDI 13 septembre tard dans la nuit, les premiers animaux rentraient dans ce qu'on appelle « la ferme des 1 000 vaches », près d'Abbeville (Somme). Le ton du Space, le salon international des productions animales, qui s'est tenu du 16 au 19 septembre à Rennes, était donné : ce sera l'industrialisation de l'élevage, disent certains, ou la modernisation, la professionnalisation ou la restructuration, disent d'autres.

Car sans aller au cas extrême de la ferme des 1000 vaches, qui embarrasse les professionnels, les éleveurs investissent dans leurs exploitations pour faire face à des cours des produits agricoles qui semblent toujours plus volatils, soumis à mille tempêtes climatiques, économiques ou géopolitiques.

« Il ne s'agit pas de faire des fermes de 1 000 vaches, mais des exploitations modernes de 70/100 vaches, il faut évoluer », s'agace Xavier Beulin, président de la FNSEA sur le stand de son syndicat.

De l'optimisme pour les filières animales

Le climat du Space 2014 était à l'optimisme pour les éleveurs, malgré un marché morose en porc et baissier en lait, soumis à un embargo russe sur les produits agroalimentaires européens (voir rubrique Productions animales). « Nous avons un nombre record d'exposants, ils savent qu'ils vont avoir des contacts avec des clients potentiels », affirme Marcel Denieul, président du Space. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll s'est lui aussi montré optimiste pour l'élevage français. « Si je suis ici, c'est aussi pour une visite de confiance », a-t-il lancé, en référence au vote de confiance des députés au nouveau gouvernement, le même jour que sa venue, le 16 septembre, l'obligeant à une visite express. « J'ai parfaitement conscience des difficultés, j'ai parfaitement en tête les sujets qui préoccupent les éleveurs », a-t-il poursuivi. Se voulant optimiste, il a affirmé qu'il y avait « beaucoup de potentiel en élevage », évoquant la « réhabilitation » de la filière volaille export, et « les choses qui bougent dans le bon sens » pour Gad.

Des investissements pour préparer la fin des quotas

La filière laitière, tête de gondole du salon breton, lui donne raison. Même si les cours des produits laitiers se dégradent depuis quelques semaines, les éleveurs semblent investir en vue de la fin des quotas laitiers, en avril 2015. Le Crédit agricole a constaté des investissements records au secteur laitier (+26% entre 2012 et 2013, et toujours +22,3% au premier semestre 2014 par rapport à la même période en 2013). La Bretagne est particulièrement dynamique : plus 45% de prêts aux exploitations laitières pour les six premiers mois. Une augmentation « qui correspond aux financements de la modernisation des exploitations laitières, en anticipation de l'après-quota de 2015 », analyse la banque. Les allées bien remplies du hall réservé au matériel de traite au Space ne semblent pas démentir cette tendance.

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« La conjoncture économique est bonne, même si la conjoncture politique l'est moins », commente Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). « De nombreux économistes disent qu'il y a un avenir pour la filière laitière française, que nous aurons des débouchés : il y aura besoin de lait, et les producteurs ont besoin d'investir pour avoir des bonnes conditions de travail ». Et selon lui, « les éleveurs n'investissent pas n'importe comment : changer une salle de traite, un outil où l'on travaille matin et soir, c'est quelque chose de primordial ».

Des investisseurs extérieurs dans l'élevage porcin

Sans mesure avec la confiance du secteur laitier, l'élevage porcin, fortement touché par l'embargo russe depuis le début de l'année, veut toutefois rester optimiste. L'avenir s'éclaircit pour GAD, dont l'abattoir de Josselin pourrait être repris par la SVA Jean Rozé, filiale d'Intermarché. Mais les cours de la viande sont en berne. « L'ambiance est un peu lourde », commente Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine (FNP). Pourtant, il croit que « c'est en période difficile que les gens qui ont le plus d'audace tirent leur épingle du jeu ». Ainsi, la filière porcine innove pour la reprise d'exploitations de plus en plus grandes et coûteuses : le fonds d'investissement Labeliance a signé au Space un partenariat avec Cooperl Arc Atlantique. Le dispositif permet à un jeune de s'installer en société avec 51% des parts, le reste étant détenu par Labeliance (48%), grâce à des fonds d'investisseurs à haut revenu qui bénéficient d'une défiscalisation.

La Confédération paysanne met en garde contre le surinvestissement

La Confédération paysanne est plus mitigée. Elle met en garde contre les conséquences négatives pour l'emploi de l'agrandissement des exploitations, et contre « un risque de surinvestissement » des éleveurs laitiers en vue de la fin des quotas alors qu'aucun mécanisme de gestion de crise n'est mis en place par l'Europe. C'est ce qu'elle a affirmé lors d'une conférence de presse au Space le 17 septembre. « La moitié des éleveurs laitiers devront être remplacés dans les 10 prochaines années. Si on n'y prend pas garde, ces fermes vont partir à l'agrandissement. Et l'agrandissement des fermes, c'est des emplois en moins », développe Dominique Raulo, porte-parole du syndicat pour la Bretagne.

Lait : Agrial, Eurial, et Coralis deviennent partenaires d'une coopérative de génétique

LES coopératives laitières Eurial, Coralis et Agrial ont signé un partenariat avec la coopérative de génétique animale Evolution, le 17 septembre au Space, à Rennes. Leur objectif est de collaborer en recherche et développement et de former les éleveurs, pour leur faire profiter des biotechnologies comme la génomique, le génotypage et le sexage de semences. Pour les coopératives, l'intérêt est de sécuriser leur collecte en quantité comme en qualité, à l'aube de la fin des quotas, pour profiter d'une forte demande internationale sur les produits laitiers.

Au sujet du nombre de paysans, le reste du monde agricole semble résigné. Un scénario médian sur la filière laitière en 2020 présenté par les Chambres d'agriculture en février prévoyait plus de 30% d'exploitations laitières en moins en 2020, a-t-il été rappelé lors d'une conférence sur l'après quota.