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Reportage L’élevage sénégalais, secteur clé, prend en main son développement

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Sous l’impulsion d’un leader, Ismaïla Sow, l’élevage, un secteur clé de l’économie, de la vie sociale et du foncier au Sénégal, se structure en organisations professionnelles, pour prendre en main son développement. Un développement urgent, pour faire face à la pauvreté, à la montée des importations de viande et de produits laitiers, et à la pression foncière.

Le monde des éleveurs sénagalais parvient enfin à se structurer. Début janvier Voir Agra-Presse Hebdo n° 3 136 du 14/01/2008, les 11 « maisons des éleveurs » que compte le pays (une par région administrative) sont parvenues à se fédérer en un conseil national, le CNMDE (Conseil national des maisons des éleveurs). De quoi s’agit-il ? D’organisations où sont représentés les éleveurs et les bouchers. L’administration, à travers les inspections régionales de l’élevage y est conviée pour donner des avis consultatifs. Ces inspections régionales de l’élevage dépendent de la direction de l’élevage, une des directions du ministère de l’Agriculture sénégalais.

Une « longue marche » vers l’unité

La fédération de ces 11 maisons des éleveurs (MDE) calquées sur les 11 régions « n’a pas été facile à obtenir ! », s’est exclamé Malik Faye, directeur de l’Élevage au ministère de l’Agriculture du pays. Ce jour-là, le 18 janvier, il accueille Ismaïla Sow, éleveur de la région de Thiès et président de ce nouveau CNMDE. Celui-ci est accompagné d’une délégation de l’Afdi Ile-de-France L’Afdi Ile-de-France est la déclinaison françilienne de l’Afdi, Agriculteurs français et développement international. à Dakar pour un entretien. « Une première tentative a été opérée en 2004, mais elle a échoué », explique Malik Faye.

Si le regroupement des maisons des éleveurs en fédération n’a pas été facile, leur création l’a été encore moins. Depuis 1996, de multiples tentatives ont eu lieu. Les seules maisons des éleveurs qui fonctionnaient étaient celle de Saint-Louis, au nord du pays, et celle de Thiès, ville de province située à 72 km à l’est de Dakar. « Au début, personne n’a voulu faire comme nous », explique Ismaïla Sow. Puis, devant les deux exemples de réussite, « les autres régions ont voulu faire de même ».

Le parcours vers la structuration des éleveurs au Sénégal a pris la forme d’une « longue marche », par une série d’avancées et de reculs, les premières gagnant peu à peu sur les seconds.

La conviction déterminée d’Ismaïla Sow y est pour quelque chose. Ses mots d’ordre, patiemment expliqués, tant devant la base que devant les inspecteurs de l’élevage, ont fini par porter : « Les éleveurs ne resteront pas les bras croisés » ; « Notre priorité, c’est l’unité des éleveurs » ; « Nous voulons des éleveurs modernes ».

L’évolution de la société a fait le reste. C’est d’abord l’État qui vise davantage d’efficacité économique au Sénégal et moins d’interventionnisme. Un terme souvent entendu chez les décideurs est « coopération décentralisée ». C’est aussi une volonté insufflée de l’extérieur : la structuration des professionnels en organisations est souhaitée par la FAO, par l’UE et bien sûr encouragée par l’Afdi ; elle est aussi la marque d’une société qui se démocratise.

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L’élevage a pris du pouvoir

Aujourd’hui, l’élevage est reconnu et respecté. Malik Faye a raconté avec une pointe d’humour à la délégation de l’Afdi Ile-de-France qu’en 1988, l’administration avait demandé à plusieurs fonctionnaires, dont lui, de concevoir un plan d’amélioration de l’élevage. « Nous devions travailler entre quatre murs, bien sûr sans consulter les professionnels, et cela dans un délai très court ». Le résultat a été un échec. Le plan n’a pas été appliqué, parce qu’il ne collait pas aux réalités du terrain.

Depuis, les éleveurs ont pris du pouvoir face à l’administration, et celle-ci joue le jeu désormais. Ces derniers mois encore, des responsables régionaux de l’élevage, formés à l’ancienne école, ne l’entendaient pas ainsi. Mais le réalisme l’a emporté. La priorité étant que le pays sorte de son ornière, ils appuient les maisons des éleveurs en leur fournissant du conseil et des facilités (locaux, ordinateurs, etc.). « Les MDE sont un cadre de concertation des organisations d’éleveurs », a résumé le directeur de l’Élevage.

Les maisons des éleveurs désormais en place, qu’est-ce que ça va changer concrètement ? Premier changement, les cartes d’éleveurs, conditions requises pour plusieurs avantages, sont signées par les MDE, alors que jusque là c’étaient les directions régionales de l’élevage qui les octroyaient, témoigne le secrétaire général de la MDE de Thiès, rencontré sur le marché au bétail de la commune le 13 janvier. De plus, maintenant, grâce aux MDE, les professionnels savent quand les bouchers font de l’abattage clandestin, précise Ismaïla Sow.

Négociations des achats

Un projet auquel tient le président du CNMDE est la négociation des achats d’aliments du bétail avec les fournisseurs de matières premières. La carte de membre de la MDE permettra, par exemple, d’acheter des sacs de paille d’arachide, un produit riche en protéines pour le bétail, à des prix pouvant être divisés par deux. Cela, grâce à des achats groupés, pratiqués au bon moment, juste après la saison des pluies, affirme le secrétaire général de la MDE de Thiès.

Un autre projet est l’élaboration d’un code pastoral, qui devrait définir les zones où les éleveurs pourront faire paître leurs troupeaux, sans provoquer de conflits avec les cultivateurs.

Autre dossier du CNMDE en cours : faire en sorte que les vols de bétail soient sanctionnés. Les vols de chèvres, moutons ou bovins empoisonnent la vie quotidienne des éleveurs et tendent les relations avec le voisinage. Le docteur vétérinaire Doune Pathé Ndoye, inspecteur régional de l’élevage de Thiès, a assuré à Ismaïla Sow, lors d’un entretien le 14 janvier, qu’il fera ce qui est en son pouvoir pour que la justice se saisisse de ce dossier.