Dix ans après la mise en place de l’embargo sur les exportations de bœuf et de bovins britanniques pour cause d’ESB, les experts vétérinaires de l’UE ont donné leur feu vert le 8 mars à sa levée. La reprise de ce commerce du Royaume-Uni vers les États membres et les pays tiers potentiellement clients devrait intervenir d’ici fin avril, le temps de formaliser la décision. Les experts ne s’attendent toutefois à un retour que très progressif des produits bovins britanniques sur le marché.
Mettant fin à 6 mois de discussions techniques, les experts vétérinaires des Vingt-cinq, réunis au sein du Comité permanent pour la chaîne alimentaire et la santé animale, le 8 mars à Bruxelles, ont donné un feu vert unanime à la proposition de la Commission européenne visant à lever les principales restrictions aux exportations de bovins vivants, de viande de bœuf et autres produits carnés britanniques en vigueur depuis 1996, moyennant l’ajout d’une condition. Les experts estimaient à 6 semaines le temps nécessaire pour que la Commission puisse formaliser la décision, le Parlement européen disposant d’un droit de regard (sur la procédure utilisée mais pas sur le fond, ce qui ne devrait pas présenter de problèmes). Comme le proposait Bruxelles, le Royaume-Uni pourra alors exporter, dans des conditions identiques à celles valables pour les autres États membres, des bovins sur pied nés après le 1er août 1996 (date de l’interdiction effective des farines animales) et la viande bovine et autres dérivés issus de ces animaux. Toutefois, pour lever les dernières réticences émises par plusieurs États membres (France, Allemagne, Autriche, Italie, Espagne), la Commission a accepté d’ajouter une clause précisant que la viande et autres dérivés carnés ne doivent pas avoir été produits avant le 15 juin 2005, date à laquelle une mission d’inspection de l’Office alimentaire et vétérinaire de l’UE s’était rendue au Royaume-Uni avant de remettre un rapport favorable à la levée de l’embargo.
Par ailleurs, Londres devra abaisser de 30 à 24 mois l’âge maximal fixé pour le retrait de la colonne vertébrale des bovins pour s’aligner sur les autres États membres.
Selon les chiffres de la Commission, les cas d’ESB au Royaume-Uni ont chuté de 32 280 lors du pic de la maladie en 1992 à 165 en 2005, dont la majorité enregistrée sur des bovins nés avant 1996.
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Retour très progressif sur les marchés
Selon les experts, la réouverture des frontières ne devrait pas provoquer de retour massif de bœuf britannique faute de demande à l’heure actuelle, à l’exception de quelques niches pour l’Angus écossais ou les bovins vivants de races à viande (mais les influentes organisations britanniques de protection du bien-être animal comptent peser de tout leur poids contre la reprise de ce type d’exportations). En 1995, avant la mise en place de l’embargo, les exportations britanniques s’élevaient à 246 000 tonnes de viande bovine et 470 000 têtes de bovins vivants (veaux), dont plus de 80 % étaient destinés au marché communautaire. Des allégements de l’embargo avaient eu lieu en 1998 (reprise des exportations du nord de l’Irlande) et en 2000 (système d’exportation basé sur la date ou DBES), qui avaient réautorisé les exportations de viande désossée et dénervée selon des conditions très strictes (viande de bovins âgés de 6 à 30 mois, dont la mère n’avait pas été atteinte par la maladie, découpée dans des établissements certifiés, etc.).
Le feu vert des Vingt-cinq salué au Royaume-Uni
Cette « excellente nouvelle (...) rend justice aux contrôles mis en place et à nos efforts pour combattre l’ESB », s’est félicitée la ministre de l’Agriculture Margaret Beckett. « Nous savons que notre bœuf est au moins aussi sûr que la viande bovine produite partout ailleurs dans l’UE», a-t-elle ajouté.
« C’est la meilleure nouvelle en une décennie pour le secteur bovin britannique», a déclaré de son côté Peter Kendall, président de la National Farmers Union (NFU) : « Nous sommes désormais impatients de reconquérir le marché de 675 millions (de livres (soit 984 millions d’euros) perdu quand l’embargo a été instauré ». « Nous sommes maintenant à nouveau sur un pied d’égalité avec nos concurrents européens, et je crois que la qualité des produits britanniques nous permettra de commencer à reprendre notre part des ventes de bœuf en Europe dès que l’embargo sera officiellement levé », a-t-il ajouté.