Les éleveurs de porc vont mieux. Mi-décembre, le cours était à 1,25 euro, soit 40 centimes au-dessus du cours de l’année précédente. Les perspectives sont bonnes à court terme et la FNP s’attend à voir le cours franchir 1,3 euro d’ici la fin de l’année. Reste que de nombreux éleveurs sortent particulièrement endettés de la crise et auront du mal à refaire surface avant la prochaine. Dans cette perspective, la FNP aimerait que la filière se structure et que le gouvernement prévoie un fonds de gestion des crises. Mais le véritable sujet du moment est la taxe d’équarrissage qui empoisonne les relations au sein de l’interprofession. Les éleveurs acceptent de mettre la main à la poche, à condition de l’Etat s’engage davantage.
Les producteurs de porcs vont plutôt mieux. Et c’est la Fédération nationale porcine qui le dit. « A l’approche des fêtes de Noël, le cours est à 1,25 euro le kilo, alors que nous étions à 0,85 euro l’an dernier», se réjouit Jacques Lemaître, président de la FNP. L’ouverture à l’Est a été bénéfique, les nouveaux pays entrants ayant augmenté significativement leurs importations. Les choses se sont améliorées aussi au Japon et en Corée, ainsi qu’en Russie. Dans ces pays, les exportations se font sans restitution. Ajoutons que la production européenne est en baisse et que les promotions de rentrée vont bientôt se préparer, et l’on comprend pourquoi les producteurs ont le sourire en ce moment. Jacques Lemaître s’attend à un cours à 1,3 euro d’ici la fin de l’année.
Ce qui ne veut pas dire que tout va bien. Nombre de producteurs sont toujours largement surendettés et sont dans l’attente de solutions. D’après la FNP, « plus de 25% des éleveurs ont un niveau d’endettement supérieur à 100%. Certains ne s’étaient pas remis de la précédente crise et ne seront pas prêts pour la prochaine si rien n’est fait ». Le plan de cessation d’activité, qui se terminait le 15 décembre, n’a pas eu les effets escomptés car Bruxelles exigeait l’arrêt de toute activité agricole, et pas seulement de l’activité porcine. On comprend que les éleveurs aient hésité. La section spécialisée de la FNSEA plaide pour un véritable plan de désendettement. La FNP voudrait aussi que la filière se prépare en vue de la prochaine crise, par l’émergence d’entreprises de taille européenne. « La méthode française, c’est un peu de grossir sur le dos du voisin. Il faudrait peut-être envisager d’autres solutions. Il existe un dispositif à l’Ofival. Ce serait bien que les entreprises l’utilisent », estime Jacques Lemaître. Le président de la FNP voudrait bien aussi que les pouvoirs publics pensent à préparer la prochaine crise. « L’Europe autorise les Etats membres à utiliser 1% du taux de modulation à destination d’un fonds de gestion des crises, ce qui permettrait d’obtenir environ 100 millions d’euros par an pour l’ensemble des filières», calcule Jacques Lemaître.
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Les « promesses non tenues » de Gaymard et Raffarin
Mais le véritable sujet du moment, qui occupe tous les esprits est sans conteste l’équarrissage. Son coût est estimé à 31,5 millions pour la filière porcine, dont 13 millions sont pris en charge par l’Etat. Les abattoirs, qui supportent actuellement l’intégralité du coût, ne parviennent pas à le répercuter entièrement vers l’aval et menacent de faire payer l’amont, c’est-à-dire les producteurs. Or, la FNP se souvient que Hervé Gaymard avait promis l’an dernier que les producteurs ne supporteraient pas le coût de l’équarrissage. Propos confirmés un an plus tard par Jean-Pierre Raffarin. Promesses non tenues puisque la loi de finance 2005 ne prévoit rien dans ce sens. Faisant le deuil de ses espoirs, la FNP accepterait que les éleveurs supportent une partie du coût, à condition que l’Etat s’engage sur la totalité de ce que permet Bruxelles, soit 27,5 millions. Le solde de 4 millions d’euros représenterait pour les éleveurs 0,09 euro par porc produit. « Le sujet empoisonne l’interprofession », regrette M. Lemaître. « Actuellement nous ne parvenons pas à parler d’autre chose et les éleveurs sur le terrain reprochent à l’Inaporc de ne servir à rien. » Les représentants des éleveurs et des interprofessions de la viande ont rencontré Dominique Bussereau le 17 décembre pour en discuter.