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Colloque L’encadrement des marchés à terme en grandes cultures devrait se renforcer

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A Bruxelles, la réflexion sur la régulation des marchés à terme progresse, notamment en ce qui concerne les produits dérivés non organisés. Pour les spécialistes, il faut néanmoins rester prudent : il s’agit d’un enjeu mondial et il ne faudrait pas que l’Europe devienne plus restrictive que les Etats-Unis. C’est l’un des constats qui se sont dégagés de la table ronde organisée sur ce thème par Coop de France métiers du grain, lors de son assemblée générale, le 9 novembre.

Les Etats-Unis y réfléchissent depuis plusieurs mois mais l’Europe s’y met aussi. Dans les années à venir, les marchés à terme, matières premières agricoles comprises, devraient bénéficier d’un encadrement renforcé. Car « depuis un an, les régulateurs de la planète s’intéressent aux risques systémiques dus à l’explosion du marché des dérivés », a expliqué Wayne Smith, chef du service de la régulation et de la gestion des actifs de l’AMF (Autorité des marchés financiers), lors d’une table ronde organisée par Coop de France métiers du grain dans le cadre de son assemblée générale, le 9 novembre à Paris. Le marché des dérivés au sens large englobe des produits standards comme les contrats d’options qui se négocient sur le marché à terme mais également des instruments plus complexes, bâtis par exemple sur des indices de variations du cours des matières premières. Dans ce cas, les échanges se font de gré à gré et les prix sont privés. Conçus initialement pour aider les professionnels à gérer leurs risques, ces outils ont largement attiré et séduit les spéculateurs.

Les positions des différentes catégories d’intervenants seraient connues
Fin octobre, la Commission européenne a donc présenté une communication dans laquelle elle donne des pistes pour mieux réguler le marché des dérivés. Elle y évoque notamment les chambres de compensation, qui garantissent à tout intervenant du marché organisé une contrepartie pour l’opération qu’il réalise. Celles-ci seraient encadrées sur le plan législatif au niveau européen et non plus national. Comme aux Etats-Unis, le nombre de contrats détenus par les différentes catégories d’intervenants (commercial ou non, par exemple) serait par ailleurs connu. Une demande que portent depuis longtemps un certain nombre d’opérateurs français qui travaillent sur les marchés agricoles. La Commission propose également que les autorités des marchés financiers fixent des limites d’intervention aux opérateurs. Dans la même logique, Bruxelles a diffusé le 28 octobre une communication portant sur l’amélioration des performances de la chaîne d’approvisionnement alimentaire en Europe. Y est incluse l’idée de mettre en place « une série de mesures visant à améliorer la supervision du marché des dérivés des produits agricoles de base afin de limiter la volatilité et la spéculation ». Pour Wayne Smith, de tels dispositifs ne pourront être opérationnels en Europe avant au moins deux ans, compte tenu des délais de procédure.

83 % des coopératives utilisent des produits dérivés
Le principe d’une régulation des marchés dérivés à l’européenne ne réjouit pas tout le monde. Directeur général délégué de Prim’ Finance, Xavier Le Blan demeure réservé. Un tel système « ne peut fonctionner qu’au niveau mondial », a-t-il précisé. « Le risque serait sinon que les opérations se fassent ailleurs », a-t-il ajouté. Quelles que soient les décisions prises, il faudra de toute façon s’habituer à la volatilité accrue des prix. Au moins parce que « la création des marchés d’options déstabilise les marchés comptants », a expliqué Didier Marteau, économiste et professeur à l’ESCP (Ecole supérieure de commerce de Paris). Lorsqu’un OS achète une option sur le marché à terme pour du blé, sa contrepartie qui peut être une banque, par exemple, va vendre lorsqu’elle anticipe une baisse du marché afin de couvrir son risque… Ce qui en fait « un mécanisme évidemment procyclique », a résumé le spécialiste.
Régulés ou non, les marchés « papiers » prennent en tout cas de l’ampleur dans le monde agricole. D’après Coop de France, 83 % des coopératives utilisent des produits dérivés. Les spécialistes invitent tout de même à la prudence. « Certains financiers peuvent présenter des produits très compliqués, et l’on voit passer des choses surprenantes », a indiqué Xavier Le Blan. Pour Wayne Smith, « le banquier doit mesurer les compétences du client qu’il a en face de lui ».

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