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L’enseignement supérieur agricole français se concentre

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L’Esitpa et La Salle Beauvais, deux écoles agricoles privées, ont fusionné depuis le 1er janvier 2016. La concentration des établissements d’enseignement supérieur en agriculture publics et privés est en cours. Un des objectifs ? Être davantage visible à l’international.

« La fusion de l’Esitpa et de LaSalle Beauvais est efficiente depuis le 1er janvier », a déclaré Philippe Choquet, directeur de la nouvelle école privée d’agriculture, lors d’une conférence à Paris, le 6 janvier. Les deux sites (Rouen et Beauvais) seront conservés « durablement ». La fusion doit permettre, entre autres, d’augmenter l’offre de formation aux étudiants, de former à la pluridisciplinarité et d’avoir une plus grande visibilité à l’international. « Quand on discute avec les États-Unis ou la Chine, on parle “chiffres”. On sera plus “fréquentable” pour les échanges d’élèves. » De fait, la nouvelle école privée d’ingénieurs rassemble 2 500 élèves et un vaste réseau d’anciens (13 000 au total). À titre de comparaison, l’université néerlandaise de Wageningen, internationalement reconnue dans le domaine des sciences du vivant, regroupe 9 500 étudiants.

Restructuration à l’échelle nationale

Mais Sébastien Windsor, président de LaSalle Beauvais Esitpa, rappelle qu’il s’agit également de gagner en visibilité en France « face aux universités et aux Comues ». Depuis 2013, les universités se rassemblent et forment des communautés d’universités et établissements (Comue). L’État préconise ainsi la coordination des offres de formation. Outre les universités, la concentration des établissements publics d’enseignement supérieur est aussi en cours pour les écoles d’ingénieurs. En 2007, Agro Paris Tech voit le jour avec la fusion de trois écoles d’ingénieurs agronomes (Engref, Ensia et Inapg). L’école regroupe 2 000 étudiants, 230 enseignants, 450 chercheurs associés et un réseau de 14 000 anciens. Ce regroupement est une volonté de l’État dans le public, mais aussi dans le privé, c’est en tout cas le sentiment de Sébastien Windsor : « On donne un signe positif au ministre de l’Agriculture. » Pour Guy Vasseur, président de l’APCA (chambres d’agriculture), « cela s’inscrit dans la stratégie du ministère de l’Agriculture ».

Economies d’échelle controversées

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La reconnaissance de l’enseignement agricole français à l’international est loin d’être la seule raison de ces regroupements. Le manque de financements pousse aussi à la concentration. « Le contexte économique et du financement public est restreint », déplore Philippe Choquet. Les économies d’échelle apparaissent donc comme un salut pour l’enseignement supérieur. Le directeur d’établissement illustre : « Le système informatique fonctionne pour 2000 élèves, il fonctionnera pour 5 000 élèves. Nous devons, le plus rapidement, mettre en commun nos outils. Cela nous dégagera des marges de manœuvre. » Ces économies permettront d’investir sur les deux sites. Un projet de formation continu est aussi dans les tuyaux, mais doit être finalisé.

Le prix de cette effervescence ne fait pas l’unanimité. Agro Paris Tech devrait, en 2019-2020, suivre le mouvement de nombreux établissements qui se sont concentrés sur le plateau de Saclay. Le château de Grignon, site historique de l’InaPG et propriété d’Agro Paris Tech, est mis en vente depuis le printemps dernier. Les dirigeants de l’équipe de football du Paris Saint-Germain ont déjà un œil dessus. La transaction, qui est encore loin d’être faite, soulève les protestations de bon nombre d’anciens élèves. Si l’objectif admis est de pérenniser l’enseignement supérieur agricole français, le chemin pour y parvenir divise encore.

La France compte sept écoles d’ingénieurs agronomes publiques en 2015 contre neuf en 2007.