Une expertise scientifique détaille les effets agronomiques et environnementaux de l'épandage des matières fertilisantes d'origine résiduaire (Mafor). Si l'apport d'agents biologiques pathogènes apparaît « maîtrisable », la contamination chimique des sols sur le long terme semble plus problématique, a montré le colloque de restitution le 3 juillet.
«ENFIN ! », s'est exclamé Didier Marteau, président de la commission Environnement à l'APCA (Assemblée permanente des chambres d'agriculture), en saluant l'expertise menée par l'Inra (1), le CNRS (2) et l'Irstea (3). « On a besoin de connaître la valeur agronomique (des Mafor), leurs contaminants et les risques » associés, a-t-il expliqué lors d'une table ronde. Le travail scientifique, commandé par les ministères en charge de l'Agriculture et de l'Ecologie, souligne un pouvoir fertilisant variable. Point positif, la plupart des Mafor contient les trois principaux éléments fertilisants (N, P et K) pour partie sous forme organique. « Si la gestion de la fertilisation par épandage de Mafor est moins aisée que le recours aux engrais minéraux, les Mafor présentent l'avantage agronomique de constituer une voie d'apport de matière organique au sol, et la seule source renouvelable de phosphore », ont souligné les auteurs.
La transmission de maladie non démontréeLe débat avec la salle a fait état d'inquiétudes quant aux dangers liés à l'épandage de résidus. Les effluents d'élevage et les boues d'épuration urbaines, du fait de leur origine fécale, sont susceptibles de véhiculer des agents biologiques pathogènes, tels que bactéries, virus, parasites, et peuvent participer à la dissémination de l'antibiorésistance. « À ce jour, aucune étude publiée n'établit de lien causal entre épandage de Mafor et transmission de maladie animale, les voies multiples de contamination possible rendant difficile l'appréciation de ce lien causal », ont rassuré les scientifiques. Leur bilan des études publiées montre qu'il est en outre difficile d'évaluer la contribution des Mafor à la dissémination de l'antibiorésistance des bactéries pathogènes. « Même si les travaux sont rares, certains traitements permettent de diminuer fortement la prévalence des agents pathogènes dans les Mafor, sans toutefois les éliminer », ont-ils ajouté.
Une part variable de contaminants chimiques dans les solsLa majorité des contaminants (organiques ou minéraux) susceptibles d'être apportés par les Mafor le sont également par d'autres voies de contamination : retombées atmosphériques, traitements phytosanitaires, irrigation… « Si les teneurs des Mafor actuellement épandues en France sont inférieures aux seuils réglementaires pour les contaminants réglementés, la lente accumulation dans les sols de contaminants difficilement dégradables pourrait, sur le long terme, conduire à une contamination des sols difficile à maitriser », ont reconnu les experts.
Leur travail doit maintenant permettre d'améliorer la perception des Mafor, à la fois chez les utilisateurs et dans l'opinion publique. Des freins sont identifiés chez les agriculteurs : la crainte d'un discrédit pour les récoltes concernées, le prix de certains résidus. Côté grand public, l'expertise montre une certaine « méconnaissance ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
(1) Institut national de la recherche agronomique
(2) Centre national de la recherche scientifique
(3) Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture